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La musique : langage universel

Par
François Lemay

La musique est-elle vraiment un langage universel capable d’être compris par tous les individus, peu importe leur origine culturelle? Est-on capable intuitivement de comprendre le sens ou la fonction d’une chanson écrite à une autre époque, dans un contexte totalement différent? Si on se doutait bien que oui, maintenant, on le sait.

La musique, et surtout sa compréhension, est le résultat d’une convention culturelle. On ne conçoit pas, et on n’écoute pas, la musique de la même façon selon la culture dans laquelle on a grandi. La musique indienne, par exemple, n’a pas le même rapport à l’harmonie et utilise des gammes différentes de la musique occidentale.

À un point tel, par exemple, que d’écouter une musique qui vient d’une culture totalement différente de la sienne peut provoquer un certain malaise. Comme l'appréciation de la musique est, en partie, basée sur sa prédictibilité (la musique pop occidentale repose majoritairement sur ce principe, celui du plaisir d’être capable de prédire ce que l’on va entendre), il est normal de trouver déstabilisante la musique lorsqu’elle est imprévisible. C’est le cas pour les musiques dites sérielles, ou atonales, qui reposent sur des codes différents. En fait, on pourrait même dire que ce genre de musique est basé sur des fondements contraires à ceux de la musique pop!

Bref, il y a plus de chances que l’on aime ce que l’on a l’habitude d’entendre. Mais est-ce que cela veut dire qu’il nous est impossible de comprendre une musique écrite dans un contexte qui ne nous est pas familier?

C’est la question que s’est posée une équipe de recherche (The Music Lab) en ethnomusicologie (la science humaine qui étudie les rapports entre la musique et la société), rattachée à l’Université Harvard. L’idée était de déterminer si la musique était bel et bien un langage universel capable de transmettre des émotions comprises par tout le monde, peu importe l’origine culturelle (le lien mène vers une page en anglais).

L’histoire naturelle de la chanson

Pour ce faire, l’équipe a construit une base de données pour laquelle elle a passé plusieurs années à fouiller dans des archives et des discothèques pour trouver des enregistrements qui ne sont pas accessibles en ligne, dans le but d’éviter de présenter des extraits déjà connus du public. Après un long travail de classification à l’aide de 60 variables (l’origine ethnique des interprètes, la durée, la présence d’instruments ou de costumes, par exemple), ce sont 118 chansons, en provenance de 30 régions du monde, qui ont été retenues.

Les genres musicaux

À partir de cette base de données, l’équipe a constaté que certains genres musicaux étaient présents, peu importe l’origine culturelle de la chanson. Principalement les berceuses, les musiques pour danser et les chants à caractère religieux sont présents dans toutes les cultures étudiées.

Par la suite, on a demandé à des personnes d’écouter des pièces musicales, sans aucune indication autre que de déterminer si la pièce servait à faire danser, à endormir un bébé, à soigner une personne malade ou à exprimer de l’amour. Vous pouvez d’ailleurs vous aussi vérifier si vous êtes en mesure de reconnaître les émotions véhiculées par les pièces musicales (le site est en anglais).

Les résultats ont été concluants : peu importe le contexte ou l’origine des pièces musicales, nous sommes capables d’en reconnaître l’intention émotionnelle sans nécessairement en comprendre les paroles. La musique est donc, à cet effet, un langage universel.

Et le fait de comprendre ces résultats pourrait, à moyen ou long terme, avoir des effets sur notre compréhension de la communication en général. Alors qu’il est de plus en plus facile de communiquer rapidement avec des individus éparpillés partout sur la planète et qui ont été élevés dans des contextes culturels différents, la musique pourrait servir de base de discussion commune et, peut-être, éviter certains malentendus.

Mais, une chose est certaine, le fait de comprendre un peu mieux comment communiquer et comment notre cerveau traite la musique est, en soi, déjà une bonne chose!