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La crise climatique résonne jusqu'en musique classique

Par
Frédéric Cardin

Les transformations naturelles et climatiques constatées à l’échelle mondiale ont-elles une incidence sur le milieu pourtant intemporel de la musique classique? Force est de constater que oui! Autant la fabrication d’instruments que la composition d’œuvres contemporaines qui traitent du sujet témoignent de l’influence de la crise climatique aussi bien dans la vie quotidienne que sur la créativité des musiciens et musiciennes.

Les compositrices et compositeurs du passé se sont largement inspirés de la nature, de la faune et de la flore pour écrire leur musique. De Beethoven à Mahler en passant par Saint-Saëns, Vivaldi et Debussy, les exemples sont nombreux. Mais leurs héritières et héritiers d’aujourd’hui doivent travailler avec une autre réalité : la crise climatique.

Voici quelques suggestions d’œuvres contemporaines qui traitent et creusent le sujet de façon purement musicale. Préparez-vous à faire de belles découvertes!

Le pianiste et compositeur italien Ludovico Einaudi joue une de ses compositions, Elegy for the Arctic, bien installé… parmi les glaciers!

Roman Zavada, un autre pianiste et compositeur, Montréalais celui-là, s’est inspiré des aurores boréales pour sa musique… qu’il est allé interpréter dans le Grand Nord!

Cent cinquante ans de données climatiques résumés en 90 secondes de musique : c’est le projet audacieux réalisé par l’équipe du Guardian de Londres. Plus la température moyenne est élevée, plus les notes sont aiguës, et plus le dioxyde de carbone (CO2) est présent dans l’atmosphère, plus les notes sont fortes (en volume sonore). Si une image vaut mille mots, une musique vaut mille articles scientifiques! Et attention au dernier accord!

Un violoncelliste étudiant à l’Université du Minnesota, Daniel Crawford, a décidé lui aussi d’utiliser la musique pour véhiculer d’une façon originale les données scientifiques sur les changements climatiques. Même principe qu’avec la pièce précédente : plus la température globale est basse, plus les notes sont graves, plus elle monte, plus la musique devient aiguë. « Plutôt que d’offrir au public des graphiques à regarder, on leur offre des données à “ressentir”. » La pièce s’intitule A Song of Our Warming Planet.

L’opéra n’est pas en reste, avec deux œuvres créées dans les dernières années. The Force of Things: An Opera for Objects, d’Ashley Fure, tente d’interpréter à la fois l’incroyable rapidité des changements actuels et la difficulté qu’ont les êtres humains à les percevoir pour ce qu’ils sont. Pensons aussi à Second Nature, par Matthew Aucoin, qui transporte le spectateur un siècle dans le futur, dans un monde où les êtres humains doivent vivre dans un environnement artificiel clos, après que la nature réelle a été détruite.

L’album The Drop That Contained the Sea, de Christopher Tin, a remporté énormément de succès lors de sa sortie, en 2014. Il s’agit d’une sorte d’oratorio moderne qui raconte le voyage d’une goutte d’eau sur la terre. C’est chanté en une dizaine de langues, dont le sanskrit, le grec ancien, le vieux norrois, le xhosa et le bulgare.

En prévision de la Conférence sur les changements climatiques qui se tiendra à Bonn en 2020 (et en conjonction avec le 250e anniversaire de naissance de Beethoven), on a lancé un appel aux compositeurs et compositrices du monde entier pour écrire des œuvres inspirées de la Symphonie pastorale du compositeur allemand et qui souligneront la nécessité de protéger la planète. De futurs chefs-d’œuvre à venir!

À écouter d’urgence (climatique) :

l’entrevue du metteur en scène Peter Sellars réalisée par Sylvia L’Écuyer où l’artiste audacieux parle de sa mise en scène d’Idomeneo de Mozart inspirée de la question des bouleversements climatiques

Les compositeurs et compositrices composent, mais que font les interprètes ainsi que les facteurs et factrices d’instruments? Les choix qui s’imposent parfois ne sont pas aisés.

  • Après l’implication désormais mondialement connue de sa fille Greta (Thunberg), la mère de la jeune fille, soprano de carrière, a mis fin à sa carrière professionnelle, qui exigeait d’elle des déplacements continuels en avion à travers le monde, qui laissent une empreinte écologique non négligeable.

  • La chanteuse et compositrice de musique pop celtique canadienne Loreena McKennitt a elle aussi mis fin à sa carrière en invoquant les traces carbone laissées par toutes les nécessités mobiles des nombreuses tournées qu’elle doit faire, ainsi que les enjeux technologiques liés à la création d’albums.

  • Les archets des violonistes ne seront plus les mêmes! Depuis le 18e siècle, on utilise du pernambouc, « le bois du Brésil » pour fabriquer une partie des archets utilisés par la crème des violonistes du monde. Or, ce bois a été déclaré espèce protégée par la Convention sur le commerce des espèces menacées d'extinction en 2007. Un seul archet qui contient 60 g de pernambouc vaut 120 000 euros! Des solutions de rechange? Pour l’instant, rien n’est certain, sinon d’opter pour la chimie et le synthétique… très polluants!

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