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Boléro de Ravel : une vidéo exclusive et une histoire de convoitises digne de House of Cards!

Par
Frédéric Cardin

Le 22 novembre 1928 était créé à l’Opéra Garnier de Paris le Boléro, de Maurice Ravel, une mélodie envoûtante, répétée inlassablement pendant une quinzaine de minutes, mais orchestralement étoffée dans un crescendo menant à une finale spectaculaire et explosive, désormais célébrissime. « C’est la musique d’un fou », aurait dit une auditrice. « Elle, elle a compris », aurait répliqué Ravel. Le monde entier doit être fou, car le succès du Boléro est planétaire depuis 91 ans, et les convoitises sur son fabuleux héritage s’articulent dans des rebondissements dignes de House of Cards!

Juste avant de plonger dans cette histoire rocambolesque, écoutez la version très personnelle qu’en font les musiciens et musiciennes de l’ensemble Cordâme, enregistrée en exclusivité dans notre studio 12, le 21 mai 2019 :

Le Boléro : tous et toutes pour le magot!

Les droits annuels versés pour le Boléro, de Ravel, s’élèvent à presque 2 millions de dollars canadiens en moyenne. Jusqu’en 1994, le Boléro était en première place du classement mondial des droits d’auteur. Depuis, les Beatles et Michael Jackson sont passés par là, mais l’œuvre demeure une source de revenus importante, d’où la saga presque incroyable que voici et que l’on pourrait titrer comme suit :

Comment la fille de la seconde épouse du mari de la massothérapeute du frère de Maurice Ravel a pu devenir légataire de la fortune d'un chef-d'œuvre musical

Veuillez noter que les détails de ce qui suit proviennent de l'épisode Boléro » de Ravel - Le crescendo qui valait des millions, de l'émission Affaires sensibles diffusée sur France Inter, et que j'ai validé certains éléments en consultant le livre de Maurice Cornejo Maurice Ravel : l'intégrale -Correspondance (1895-1937), écrits et entretiens, paru aux éditions Le Passeur.

    • Les problèmes d’héritage du Boléro débutent lorsque Maurice Ravel meurt en 1937, sans héritier direct (à éviter à tout prix, si vous le pouvez, comme vous le confirmeront plusieurs rois et reines d’Europe médiévale!)

    • Son frère, Édouard, récupère les droits et les conserve jusqu’à sa mort, sans héritier, en 1960. C’est la… massothérapeute de celui-ci qui hérite de tout (après avoir – c’est le moins que l’on puisse dire! – habilement manœuvré pour en arriver là).

    • Jeanne, c’est son nom, et son mari (Alexandre) forment le couple Taverne, désormais bien en selle, de la Fondation Ravel, qui gère la fortune essentiellement associée aux droits d’auteur générés par le Boléro.

    • Après la mort de Jeanne, Alexandre Taverne se remarie avec une coiffeuse rencontrée depuis peu, Georgette. Celle-ci a déjà une fille d’une première union.

    • Georgette devient à son tour la grande bénéficiaire de la fortune du Boléro à la mort d’Alexandre. Elle léguera finalement le trésor à sa fille, Évelyne, à sa mort, en 2012.

    • Rappelons qu’Évelyne est la fille de la seconde épouse du mari de la massothérapeute du frère de Maurice Ravel!

    • En théorie, les droits d’auteur associés au Boléro sont arrivés à échéance le 1er mai 2016, mais c’était sans compter l’arrivée d’un nouveau joueur!

    • Le petit-fils d’Alexandre Benois, concepteur des décors lors de la création du Boléro en 1928, a fait une demande de révision de l’héritage. Apparemment, son grand-père aurait affirmé avoir coécrit le Boléro! Comme il est mort en 1960, les droits arriveraient donc à échéance… en 2039, selon les nouveaux calculs de la Sacem (l’organisme de gestion des droits d’auteur en France)!

    • Eh bien, Évelyne soutient la démarche!

    • Faute de preuve appuyant cette affirmation, la Sacem refuse la prolongation du délai.

    • En juin 2018, les héritiers Benois et les « héritiers » Ravel font appel de la décision.

    • Au moment d’écrire ces lignes, la justice doit encore trancher ce litige rocambolesque.

Si cette histoire vous paraît abracadabrante, sachez que j’ai largement résumé ses péripéties! J’ai volontairement laissé de côté de multiples détails impliquant les éditions Durand, un cousin tromboniste des Ravel, des poursuites et contre-poursuites, du lobbying intense auprès du gouvernement qui a réussi à ajouter 20 années à la limite prescrite pour la perception des droits d’auteur, un ancien administrateur de la Sacem passé dans le camp Taverne, des paradis fiscaux, et j’en passe. 

Restez à l’affût de l’actualité dans les mois qui viennent : de nouveaux rebondissements auront peut-être lieu!

Maurice Ravel doit bien se marrer en regardant tout cela, lui qui a été le premier surpris devant l’engouement du public!

Coordonnées de la vidéo de Cordâme

Musiciens :

Jean Félix Mailloux – contrebasse

Marie Neige Lavigne – violon

Sheila Hannigan – violoncelle

Guillaume Martineau – piano

Éveline Grégoire-Rousseau – harpe

Mark Nelson – percussions

Équipe de production :

Directeur de la photographie : André Perron

Caméramans : Luc St-Pierre et Vincent Leblanc (assistant-caméraman)

Réalisateur vidéo : Mathieu Lavoie

Réalisatrice audio : Guylaine Picard

Assistance à la réalisation : Chantal Henry

Preneur de son : Guy Charbonneau

Technicien de son plateau : Jean Lemieux

Maquilleuse : Sophie Parrot

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