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Cette mystérieuse chanson qui tracasse les internautes depuis 2007

Par
François Lemay

Nous sommes au début des années 80. Et comme la majorité des ados de l’époque, Darius, qui habite la ville de Wilhelmshaven dans le nord de l’Allemagne, enregistre sur cassette audio des succès diffusés à la radio. Oui oui, on faisait ça avant Internet quand on voulait « pirater » des pièces musicales : on laissait une cassette en permanence dans son appareil et on espérait que l’animateur ne parle pas trop longtemps par-dessus l’intro de la chanson que l’on voulait enregistrer.

Darius le faisait souvent, au point où il a accumulé une pile de cassettes sur lesquelles on peut entendre de nombreux succès du début des années 80. Il les enregistrait principalement durant l’émission Musik für junge Leute (Musique pour les jeunes) diffusée sur NDR 2, une radio publique musicale allemande basée à Hambourg.

Darius était aussi une personne méthodique. Il donnait des noms à ses cassettes, en plus d’y écrire tous les titres des chansons qu’il y avait dessus. C’est sur une de ses compilations, la numéro 4 consacrée à des pièces moins connues, que se trouve celle qu’il n’a jamais pu reconnaître. Celle-ci a toujours titillé Darius; il aurait bien aimé savoir quel groupe la chante et quel en est le titre.

C’est là que le plaisir commence.

Quand Internet s’en mêle

Avance rapide en 2007. Lydia, la sœur de Darius, est elle aussi intriguée par cette mystérieuse chanson et décide d’en mettre un extrait en ligne sur quelques plateformes de partage musical. Il y a bien quelqu’un qui doit savoir d’où vient cette pièce, qui finira par être surnommée Like the Wind puisque ce sont les premiers mots que l’on peut entendre.

Aucun résultat. Like the Wind est aussi mise en ligne sur le populaire site Reddit, de même que sur YouTube. Même constat : personne ne semble en connaître la provenance. Et ce n’est pas parce qu’on ne cherche pas!

Paul Baskerville, l’animateur radio qui aurait pu avoir diffusé la pièce en 1984, a même été retrouvé. Il s'agit d’un Allemand d’origine anglaise, et il anime toujours à la NDR. Dans une entrevue qu’il a accordée au magazine Rolling Stone il y a quelques semaines, il dit ne pas se souvenir de la chanson. Il n’est même pas certain qu’elle aurait pu être diffusée à son émission.

Il raconte aussi qu’il faisait jouer, à l’époque, des démos en provenance de l’Allemagne de l’Est (le mur de Berlin et le rideau de fer existaient encore) ou d’autres pays d’Europe de l’Est. Il est vrai que lorsqu’on s’attarde à l’accent du chanteur, cela ressemble à ce que l’on pourrait entendre dans une de ces régions.

Aussi, si Paul Baskerville a bel et bien fait jouer la chanson, c’est qu’il a conservé la cassette ou le disque original quelque part. Or, sa collection s’élève à 10 000 vinyles, ce qui rend la fouille assez complexe.

Pour l’instant, la NDR a accepté de chercher dans les quelques archives d’émissions de l’époque qu’elle a toujours en sa possession, mais elle n’a pas toutes celles de Paul Baskerville (elle n’en aurait qu’une vingtaine). De plus, Holger Roloff, le propriétaire d’un label hambourgeois, possèderait plusieurs cassettes de l’époque (il enregistrait plein d’émissions de radio dans le but de dénicher de nouveaux groupes). L’homme a accepté de fouiller dans ses archives, mais cela pourrait prendre des mois. Et peut-être que la chanson ne s’y trouve même pas.

Quelques hypothèses

Pour l’instant, quelques hypothèses ont été mises de l’avant. Par exemple, un internaute a affirmé que la chanson s’intitule Check It In et qu’elle aurait été enregistrée en 1982 par un groupe qui s’appelle Isurks, dont le chanteur serait mort dans un accident de voiture durant les années 90. Malheureusement, aucune preuve ne confirme ses dires.

D’autres pensent qu’il s’agirait d’une mauvaise blague et que la chanson aurait été enregistrée en 2007 et modifiée pour sonner comme si elle avait dormi sur une vieille cassette BASF durant 20 ans. C’est plausible.

Et mon hypothèse préférée : un groupe signe un contrat de disques avec une étiquette qui fait faillite ou qui décide de ne pas lancer l’album pour diverses raisons. Il récupère quelques-uns des 45 tours produits et les fait parvenir à des radios, mais pour des raisons contractuelles, il se retrouve dans l’impossibilité de changer de maison de disques et de continuer à se produire.

Ce genre de machination a malheureusement été orchestrée plus souvent que l’on pense dans le merveilleux monde de la musique.