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Musique et urbanisme : un mariage d’amour

Par
François Lemay

La musique est partout, tout le temps et elle fait partie intrinsèquement de nos vies. Imaginez, par exemple, une soirée de mariage, une fête, un bon vieux party ou un souper entre amis sans musique. Il manquerait quelque chose, n’est-ce pas? Imaginez maintenant une ville sans concerts, sans salles de spectacle ou sans festivals, petits ou grands. Auriez-vous envie de vous y installer? Il y a de bonnes chances que non.

D’ailleurs, la majorité des études démographiques réalisées au cours des dernières années tendent à démontrer que les jeunes adultes qui choisissent de s’installer dans une ville incluent l’accessibilité à des salles de spectacle parmi leurs critères de sélection. Bref, la musique façonne l’environnement urbain au point où, selon plusieurs spécialistes en la matière, on devrait peut-être songer à l’inclure dans les plans d’urbanisme. Pourquoi pas?

Qu'est-ce que l’urbanisme, exactement? Peut-il être musical?

L’urbanisme désigne l'ensemble des sciences, des techniques et des arts relatifs à l'organisation et à l'aménagement des espaces urbains. Ça a l’air simple, dit comme ça, mais c’est extrêmement complexe et les décisions que prennent les villes, lorsque vient le temps d’établir leurs plans d’urbanisme, peuvent avoir des conséquences désastreuses à court, à moyen et à long terme. Une rue principale mal entretenue peut amoindrir la qualité de vie de la population d’un quartier tout comme une planification inadéquate peut contribuer à détruire le tissu social. S’ensuit, généralement, un exode des gens qui en ont les moyens et qui ont envie de maintenir une certaine qualité de vie, point de départ d’une spirale qui mène généralement à l’appauvrissement général de ce même quartier. Et quand je parle d’appauvrissement, il n’est pas nécessairement question de revenu moyen, mais plutôt de vitalité culturelle, sociologique et éducationnelle.

Par contre, une planification adéquate et intelligente peut attirer des gens plus enclins à participer activement à la vie de leur quartier, contribuant à en améliorer la qualité de vie en général. Bref, l’urbanisme, ce n’est pas seulement de la planification immobilière, c’est aussi un état d’esprit. Par exemple, le péage urbain, instauré à Stockholm en 2006, et la création d’un réseau de 750 km pistes cyclables ont contribué à réduire significativement la circulation, en plus de créer une source de revenus supplémentaires.

Pour ce qui est de la musique, de plus en plus d’exemples démontrent à quel point son intégration dans un plan de développement urbanistique peut avoir des effets bénéfiques non négligeables.

Prenons pour exemple la ville de Denver, au Colorado, où le département d’Urbanisme a décidé d’inclure un volet musical dans le programme de revitalisation d’un quartier défavorisé. En plus d’y construire des logements sociaux et appartements à coût abordable, on y a créé un programme d’enseignement de la musique pour les jeunes et on a placé l’école au rez-de-chaussée de l’un des complexes d’habitation. Le programme, appelé Youth on Record (le lien mène vers une page en anglais), est consacré à l’enseignement de l’écriture de chansons et de la production musicale, et connaît un succès immense. Le quartier a vu la délinquance juvénile être réduite de moitié, surtout que les élèves ne pouvaient s’inscrire aux cours de musique sans aller à l’école. Depuis l’ouverture de cette école de musique, on y a enregistré des albums, créé un festival de musique et amélioré la qualité de vie de centaines de résidents et résidentes du quartier.

(Une jeune artiste ayant participé au programme Youth on Record)

Ce genre de programme existe aussi dans des villes comme Memphis, Boston ou Detroit, où l’on a connu le même genre de succès.

L’approche traditionnelle

Cela étant dit, il est aussi possible de modifier le paysage urbain d’une ville avec des approches plus traditionnelles. Il est démontré que la construction d’une salle de spectacle a des effets bénéfiques immédiats sur son environnement. Par exemple, la salle multifonction 02, inaugurée en 2007 à Londres, était considérée comme un flop lors de son ouverture; trop grosse, trop chère et mal située. Une dizaine d’années plus tard, on s’est rendu compte que cette salle de 20 000 places avait contribué en partie à la revitalisation du quartier de la péninsule de Greenwich, qui en avait bien besoin. Des centaines d’emplois ont été créés dans les alentours et c’est des centaines de millions de livres sterling qui ont été injectées dans l’économie locale.

Par contre, cela vient aussi avec des inconvénients. Le prix des appartements dans le quartier a augmenté drastiquement et plusieurs personnes ont dû partir, n’ayant plus les moyens d’habiter leur quartier.

Montréal et le Quartier des spectacles

Un exemple concret, et près de nous, est bien entendu le Quartier des spectacles, à Montréal. Situé en plein cœur du centre-ville de la métropole, ce quartier, dont la construction a commencé en 2007, permet le regroupement de plusieurs salles de spectacles et d’établissements culturels importants. Il accueille aussi plusieurs festivals importants, dont le Festival international de jazz de Montréal, les Francos, Juste pour rire et Présence autochtone.

Une étude menée par la firme KPMG de septembre à décembre 2017 a permis d’établir que les retombées économiques se chiffraient à près de 26 millions de dollars pour les établissements avoisinants. Cette étude démontre aussi que les gens ayant fréquenté le site ont dépensé en moyenne 115 $ lors d’une sortie pour un spectacle.

Le Partenariat du Quartier des spectacles, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et la Ville de Montréal, pour leur part, dévoilaient en 2015 que les retombées économiques immobilières étaient de l'ordre de 1,5 milliard de dollars, et ce, depuis l'annonce de son aménagement, en 2007.

Oui, je sais que les chiffres lancés dans le cas d’études de retombées économiques varient souvent selon la manière dont on les calcule, mais il n’en demeure pas moins que cette décision, celle de créer un tel endroit, a directement contribué à la relance du secteur de l’ancien quartier chaud de Montréal, une destination pas très prisée…