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2003-2012 : la décennie perdue en musique?

Par
François Lemay

Le journaliste Dave Holmes, dans un long texte qu’il signe pour Esquire (le lien mène vers un site en anglais), y va d’une hypothèse intéressante sur notre perception de l’histoire de la musique. Selon lui, une dizaine d’années musicales (entre 2003 et 2012) seraient perdues dans les méandres de nos vieux baladeurs numériques et autres disques durs mis au recyclage. Cette ère, qu’Holmes nomme « les années oubliées », aurait été au cœur d’une tempête parfaite constituée de la crise de l’industrie musicale et de la numérisation de l’offre. Où est donc passée cette musique?

Ce n’est pas fou, mais il oublie un grand facteur, la nostalgie, sur lequel nous allons revenir plus tard.

Pourquoi spécifiquement 2003 et 2012?

Selon Dave Holmes, les dates de début et de fin des années oubliées sont basées sur deux événements en lien avec l’évolution du marché musical : l’arrivée de l’Apple Music Store en 2003 et la popularisation de Spotify autour de 2012.

Personnellement, j’aurais reculé la date du début au lancement de Napster, en 1999, puisque l’Apple Music Store (en fait, tous les services d’achats musicaux en ligne lancés à cette époque) répondait en partie à la popularité de Napster. Nous avons vite oublié à quel point cette plateforme, qui permettait aux utilisateurs et utilisatrices de partager toutes sortes de fichiers, dont les fameux MP3, a complètement bouleversé notre façon de consommer de la musique.

(C’est la fuite de cette chanson de Metallica, I Disappear, deux semaines avant sa parution officielle en mai 2009, qui a poussé le groupe à déposer sa fameuse poursuite contre Napster)

Premièrement, il n’y avait plus l’obligation de payer, et deuxièmement, la musique était maintenant accessible en quelques clics de souris, ce qui était pratique, même si totalement illégal.

Cela a fait en sorte que nous sommes devenus des collectionneuses et collectionneurs compulsifs de musique et que plusieurs se sont créé des discothèques virtuelles assez impressionnantes tout simplement parce que c’était facile et que tout était accessible en tout temps.

Ajoutez à ça une industrie qui a longtemps refusé de s’adapter en se disant que tout ça n’était, au fond, qu’une mauvaise passe et que tout allait s’arranger à coups de poursuites spectaculaires, et vous avez là tous les ingrédients menant à la crise que nous avons connue.

Or, comme toute bonne industrie qui voit son marché rétrécir comme peau de chagrin et qui est à court de solutions, l’industrie musicale a eu le réflexe de moins investir dans son propre milieu et de se rabattre sur des valeurs sûres. Cela a probablement nui au développement de nouveaux talents et a consolidé la place des artistes qui trônaient déjà en tête des palmarès.

Oui, il y a des exceptions, et oui, il y a des artistes qui ont réussi à s’imposer entre 2003 et 2012 (Lady Gaga, ou Coldplay, entre autres), mais, toute chose étant égale, il est probable que l’industrie soit passée à côté de plusieurs groupes ou artistes qui auraient pu marquer, à leur façon, cette époque.

Cela donne donc des millions de chansons qui se sont retrouvées sur des appareils dont nous ne nous servons plus, les nouveautés produites durant ces années noyées dans des listes musicales comprenant des milliers de chansons de toutes sortes d’époques. Or, la technologie étant ce qu’elle est, il est beaucoup plus difficile de rebrancher notre vieux baladeur numérique ou notre vieil ordinateur afin d’aller fouiller dans notre musique. Avant, nous n’avions qu’à fouiller sur les étagères ou dans une vieille boîte de disques…

Une ère de transition

J’ajoute cependant à l’hypothèse de Holmes le fait qu’en plus de vivre une immense crise financière, l’industrie musicale s’est aussi retrouvée en plein milieu d’une transition qui a vu la musique pop et le rock être détrônés, comme genres dominants, par le hip-hop. Or, ce genre vient avec un public qui a ses propres codes et ses façons de faire, ajoutant du même coup une bonne couche d’incertitude à cette période de changements, l’industrie se retrouvant avec une clientèle qu’elle ne comprenait pas.

(The College Dropout, le premier album de Kanye West, paru en 2004, est considéré par plusieurs critiques comme l’un des plus grands albums, tous genres confondus)

La nostalgie

Le facteur dont Holmes ne tient pas compte, par exemple, est celui de la nostalgie. Il est démontré (j’en ai d’ailleurs parlé à quelques reprises) que nous avons tendance à retourner aux musiques que nous écoutions entre 13 et 16 ans. Or, ceux et celles qui avaient 13 ans en 2003 ont, aujourd’hui, la jeune trentaine, c’est-à-dire l’âge où l’on a envie de revisiter son propre passé. Cela veut dire qu’il ne faut pas trop s’inquiéter, nous risquons de voir arriver de plus en plus de listes de lecture spéciales 2008 dans nos applications d’écoute en continu, je vous le garantis!