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À qui appartiennent les premiers albums de Taylor Swift?

Par
François Lemay

Taylor Swift vient à peine de lancer son septième album, Lover, qu’elle annonce qu’elle retournera en studio très bientôt. Non pas parce qu’elle a cédé à un excès d’inspiration, mais plutôt pour enregistrer, à nouveau, quelques-uns de ses premiers albums, pour lesquels elle avait signé un contrat avec la maison de disques Big Machine.

On est en droit, bien entendu, d’être un peu dubitatif quant à cette décision. Pourquoi revisiter son propre passé et, surtout, pourquoi le faire maintenant?

(Taylor Swift à 15 ans)

La signature d’un premier contrat

La raison en est toute simple. Comme la majorité des artistes qui commencent leur carrière et signent leur premier contrat, elle ne s’est pas trop posé de questions quand on a mis devant elle un bout de papier à signer, qui faisait en sorte que la chanteuse pouvait, enfin, franchir un énorme pas et se rapprocher ainsi de son rêve le plus fou : devenir une vedette de la chanson.

Sur ce bout de papier, il devait y avoir un tas de chiffres, avec des points de pourcentage concernant des ventes éventuelles d’albums, et plein de petites clauses standards à propos de qui devenait propriétaire de quoi et, surtout, pendant combien de temps. Elle a dû être emballée et faire lire le bout de papier à son agent et à un avocat, qui eux n’ont rien trouvé à redire. De toute façon, une nouvelle chanteuse et son entourage n’ont pas vraiment de poids lorsque vient le temps négocier un premier contrat de disque. Tu prends ce qu’on te donne et tu signes.

(La chanson Have a Cigar, de Pink Floyd, raconte que signer un premier contrat de disque, ce n’est pas toujours jojo!)


Or, la majorité de ces premiers contrats comportent des clauses qui ne sont pas à l’avantage de l’artiste. Bien évidemment, la compagnie de disques prend un risque en investissant des dizaines de milliers de dollars dans quelque chose qui a un très haut potentiel d’échec. Pour compenser, elle demandera généralement à demeurer propriétaire des bandes maîtresses et d’un pourcentage des droits d’édition. Bien entendu, ce n’est pas une tactique frauduleuse ou malhonnête, dans la mesure où le contrat est étudié consciencieusement par les deux parties, mais il n’est clairement pas à l’avantage de l’artiste.

Bandes maîtresses? Édition? C’est donc bien compliqué!

Pas tant. Lorsqu’il est question de droits et de propriété intellectuelle, en musique, on divise le tout en deux parties. La première, la propriété des bandes maîtresses, concerne l’enregistrement en tant que tel. À l’origine, l’artiste enregistrait sa chanson sur du ruban magnétique, de là l’expression bande maîtresse, qui signifie la bande originale sur laquelle se trouve la chanson. C’est physique et palpable.

Pour ce qui est de l’autre aspect, il s’agit de l’édition musicale. Dans ce cas, il est question de l’idée de la chanson, c’est-à-dire les paroles et la musique. Aux États-Unis, si un ou une artiste décide d’enregistrer une chanson composée et enregistrée par une autre personne, cela peut être fait tant et aussi longtemps qu’on paie les droits d’auteur.

(La version originale d’All Along the Watchtower, de Bob Dylan)

Pensez à la chanson All Along the Watchtower, dont la version originale a été écrite et endisquée originalement par Bob Dylan en 1967, avant d’être reprise par Jimi Hendrix un an plus tard.

(La relecture d’Hendrix)

Le cas Taylor Swift concerne la propriété des bandes maîtresses de ses six premiers albums, qu’elle a cédée à sa compagnie de disques de l’époque, Big Machine. Or, cette compagnie vient d’être achetée par Scooter Braun, un entrepreneur, agent et producteur musical que la chanteuse accuse de harcèlement sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années (le lien mène vers une page en anglais).


Un acte de vengeance?

Oui, et non. Bien entendu, Taylor Swift n’ayant aucunement envie de négocier avec Braun pour un rachat éventuel de ses propres bandes maîtresses, comme l’a fait Metallica en 2012 par exemple, elle a tout simplement décidé de retourner en studio pour enregistrer, à nouveau, ses propres albums et ainsi reprendre possession d’une partie de son catalogue. Cela veut donc dire qu’il existera, si elle met sa menace à exécution, deux séries différentes de ses premiers albums, qui se feront concurrence sur le marché.

Ce n’est pas déjà arrivé ici, ça?

En tout ça, il semble que cela se produise plus qu’on ne le pense, mais ni les artistes ni les maisons de disques n’aiment traiter de leurs affaires privées en public.

(Des croissants de soleil, dans sa version originale, alors que Ginette Reno chante sur une bande préenregistrée)

Un cas célèbre, au Québec, est celui de Ginette Reno, qui a dû réenregistrer une grande partie de son catalogue datant des années 70 (de 1969 à 1980 pour être plus précis, puisque les droits de ces albums appartiennent au producteur Denis Pantis, des Disques Mérite). C’est pourquoi plusieurs de ses chansons, que l’on trouve sur un coffret paru durant la première décennie des années 2000, ont été réenregistrées. Encore là, l’affaire est nébuleuse, puisque les deux parties concernées ne sont pas très bavardes à ce sujet et on disait, il y a cela quelques années, que les choses seraient réglées en temps et lieu.

(La même chanson, reprise par Ginette Reno. Remarquez comme cette version, que l’on trouve sur le coffret, n’est pas tout à fait dans la même tonalité que l’originale.)

Au final, tout ceci pose encore une fois une question qui tarabuste bien des artisans de la musique : à qui celle-ci appartient-elle et, surtout, pour combien de temps?

Bref, ne signez jamais, au grand jamais, quoi que soit sans en parler à un avocat spécialisé en la question, parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir…