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Les 20 ans de Tricycle, de Daniel Bélanger 

Par
Mathieu Valiquette

Le 22 juin 1999 paraissait Tricycle, un coffret triple qui témoigne des trois premières tournées de Daniel Bélanger. Retour sur cet objet unique dans la discographie du monstre sacré de la chanson québécoise.

Les albums en concert, de manière générale, sont souvent mal aimés. Certains ne voient pas l’intérêt d’écouter l’enregistrement d’un événement auquel ils n’ont pas assisté, ou encore les sons de la foule les irritent. Pourtant, certains spectacles se devaient d’être mis sur disque. On pense, par exemple, à l’album de Johnny Cash At Folsom Prison, ou encore au mythique Unplugged in New York de Nirvana. Au Québec, Tricycle, de Daniel Bélanger, fait certainement partie de ces albums en spectacle plus que pertinents. Peut-être aussi parce qu’il est plus que ça.

Le meilleur des années 90

Qu'est-ce qui faisait chanter Alain Bashung, Les Colocs, Richard Desjardins, Marie Carmen et Niagara dans les années 1990? L'amour, toujours, la société, l'environnement (tranquillement) et, comme dit Jean Leloup, « l'ère des communications » (1990). Découvrez les chansons qui ont marqué cette décennie, dont certaines, indémodables, qu'on connaît tous par cœur.

Également dans cette webradio : Zébulon, Alain Souchon, Diane Tell, Axelle Red, Lynda Lemay, Stephan Eicher, etc.

Cette webradio est une liste de lecture aléatoire gratuite créée avec soin par nos programmateurs musicaux.

Un coffret généreux

Depuis la sortie de son premier album en 1992, Bélanger s’est imposé comme un auteur-compositeur-interprète incontournable. Pour plusieurs, il fait partie des rares artistes de la première moitié des années 90 qui ont sorti la chanson québécoise de son marasme post-référendaire. En 1999, sa popularité est indéniable, et la sortie d’un coffret triple en concert de 3 heures 40 – le genre de produit qu’on réserve habituellement aux gros noms de la musique – le confirme.

Sorti entre les albums Quatre saisons dans le désordre et Rêver mieux, le coffret couvre les années 1994-1998 du chanteur, soit les tournées Les insomniaques s’amusent, Quatre saisons dans le désordre et Seul dans l’espace.

CD 1

La majorité du premier CD a été enregistré au Théâtre du Forum de Montréal (rien de moins!) le 2 décembre 1994. Il faut dire que Bélanger avait fait la première partie de Céline Dion au même endroit l’année précédente. Sur la douzaine de chansons interprétées ce soir-là, trois sont tirées de son futur album Quatre saisons dans le désordre : Cruel (il fait froid, on gèle), qui a été coupée du disque, une version de neuf minutes du Parapluie, et Sortez-moi de moi, que le chanteur présente avec une boutade : « La prochaine chanson est une nouvelle chanson que je fais depuis un an et demi. »

Comme c’est souvent le cas pour un premier spectacle, faute d’avoir suffisamment de matériel, cette première tournée contenait des reprises de chansons. On en trouve quelques-unes sur le premier CD, la plus intéressante étant Sensation, de Robert Charlebois, tirée d’un spectacle au Vieux Clocher de Magog.

CD 2

L’un des intérêts de Tricycle est de pouvoir constater l’évolution de Daniel Bélanger en si peu de temps. À ce chapitre, la comparaison avec la version de Sortez-moi de moi sur le deuxième disque, avec les nouveaux arrangements et le mordant que le chanteur lui ajoute, est révélatrice. Cette deuxième partie nous ramène en 1997, au défunt Spectrum – dont on s’ennuie toujours. Ceux et celles qui ont assisté à l’un des spectacles de cette tournée nous en parlent encore. Bélanger est entouré de musiciens hors pair (Rick Haworth, Jean-François Lemieux, Marc Lessard, Guy Kaye et Rémi Malo) qui rendent justice à la beauté des chansons de Quatre saisons dans le désordre. Mention d’honneur à la version parfaite d’Imparfait.

CD 3

Le dernier volet du coffret est la captation du spectacle Seul dans l’espace à Jonquière le 8 mai 1998. Comme le nom de la tournée l’indique, l’auteur de Sèche tes pleurs est seul sur scène et interprète des morceaux de ses deux premiers albums, mais il fait aussi une très belle reprise de California, de Robert Charlebois. Avec sa facture dépouillée voix-guitare acoustique, l’album rappelle la formule Unplugged de MTV qui avait cours à l’époque.

Bélanger y est au sommet de son art et déploie tout son talent. C’est sur le troisième disque que l’on trouve le bonbon de l’album, la chanson inédite enregistrée en studio, En mon bonheur (Tout toi me manque). Cette pièce, qui fait le pont entre le style de Quatre saison dans le désordre et les explorations électroniques que l’on entendra deux ans plus tard sur Rêver mieux, est sans doute l’une des meilleures pièces de son répertoire.

Un objet promotionnel inusité

Quelques jours avant la sortie de l’album, les médias avaient reçu un objet promotionnel bien spécial : une carte routière au style rétro qui retraçait de façon très complète le parcours du chanteur lors des trois tournées présentées dans le coffret.

Au verso de la carte, on trouvait, en petits caractères, toutes les entrées de Carnet de route, un blogue que tenait Daniel Bélanger tout au long de sa tournée Seul dans l’espace et dans lequel il racontait des anecdotes de tournées, parlait des villes visitées et des disques écoutés, le tout souvent écrit à partir d’un café Internet, époque oblige. Il faut dire qu’il était plutôt avant-gardiste pour un artiste d’avoir son blogue en 1998, lors des débuts de « l’autoroute de l’information 

Un album atypique

L’écoute de Tricycle nous rappelle également tout le sens de l’humour de Daniel Bélanger, qui, à l’instar d’un Michel Rivard, a toujours aimé raconter des histoires amusantes durant ses spectacles. Ainsi, les délires que sont Poulet tandouri, Assurancez-vous ou la (trop?) longue anecdote mettant en vedette le chien du guitariste Rick Haworth sur Est-ce en sol sont la preuve que l’auteur-compositeur ne s’est jamais pris très au sérieux. Était-ce pour contre-balancer les propos sérieux de ses pièces? Peut-être bien.

L’idée derrière Tricycle vient de Daniel Bélanger et de Patrice Duchesne, directeur artistique à Audiogram. Le boîtier, le livret, la carte routière, les reprises étonnantes, les longs monologues et les moments de grâce en font un objet atypique qui a une place entière dans l’œuvre de Bélanger. Laissons le dernier mot à Patrick Marsolais, qui dans sa critique de l’album dans le Voir, lui accordait quatre étoiles et demie : « Que vous dire de Tricycle, […] sinon qu’il taquine de très près la perfection et le bonheur absolu […]. Ce Tricycle transpire la générosité d’un bout à l’autre. Essentiel. »