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Notes de voyage : l’irrésistible Charleston

Par
Stéphan Bureau

Cette semaine, nous glissons tranquillement vers le sud des États-Unis pour nous rendre vers la plus dynamique et excitante des villes de ce coin de pays : Charleston.

Écoutez Notes de voyage sur Charleston
Écoutez Notes de voyage sur Charleston

Diffusion : 16 juin 2019

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Vous aurez compris que ce titre que je lui accorde est très subjectif. Atlanta pourrait certainement en revendiquer le titre, mais je ne suis pas fou de cette gigantesque ville. Charleston est incontestablement la perle de la Caroline du Sud et recueillerait d’autres voix que la mienne. Cette vieille ville connaît un nouvel âge d’or depuis une quinzaine d’années. Charleston attire les touristes pour beaucoup de bonnes raisons, mais elle attire aussi des entreprises dynamiques qui redonnent une vigueur à l’économie locale. La gastronomie est un des principaux facteurs attrayants de cette petite communauté, qui rivalise vraiment avec des villes américaines beaucoup plus grandes.

Pour connaître le titre d'une œuvre entendue à l'émission, consultez la page Musiques diffusées du site d’ICI Musique.

Une ville complète

Je n’avais pas mis les pieds à Charleston depuis les difficiles années qui ont suivi la crise financière de 2008 qui avaient, comme ailleurs au pays, violemment freiné les ambitions. Force est de constater que ce hiatus dans le développement de Charleston est bien oublié. La ville est grouillante d’activités, magnifique et aussi très fréquentée. La combinaison des attraits de cette belle du Sud, on le comprend vite, la rend irrésistible. C’est le parfait calibrage entre histoire, culture, plaisir de bien manger et taille qui facilite les déplacements. En fait, pour l’essentiel, il est possible de visiter la ville à pied. Avec des plages hallucinantes à quelques minutes du centre, franchement, c’est difficile à battre. Nous y sommes restés trois jours et c’était vraiment trop court. La prochaine fois, je me promets deux bonnes semaines pour vraiment m’ajuster à cette lenteur méridionale qui permet de bien infuser le bonheur.

Charleston

Le Musée du marché aux esclaves

La ville est un véritable musée à ciel ouvert qui permet de retracer les débuts de l’histoire coloniale, de comprendre comment le nord et le sud des États-Unis ont rapidement fait chambre à part et, bien entendu, d’entendre l’écho très lointain des coups de canon qui ont déclenché la guerre de Sécession en avril 1861. Les villes de Charleston et Savannah, à 150 km, étaient les plaques tournantes du florissant marché des esclaves jusqu’à la guerre.

Le petit musée du Old Slave Mart sur Chalmers Street, dernier marché d’esclaves à Charleston, est, je pense, une bonne façon de s’initier à ce chapitre sombre de l’histoire de nos voisins. Il y a peu d’artéfacts, la visite complète ne demande pas plus qu’une quarantaine de minutes, mais le parcours didactique est bien construit et compense plusieurs angles morts de notre éducation.

Le Old Slavery Museum

Le paradis de la marche

Les abonnés de l’émission savent que la marche figure toujours très haut dans mes recommandations. De ce point de vue, Charleston est un véritable paradis. C’est aussi en parcourant les rues de la ville que l’on peut le mieux comprendre son histoire. Après avoir été une des villes les plus riches du pays aux 18e et 19e siècles, Charleston a connu la relative pauvreté après la défaite du Sud lors de la guerre de Sécession, ce qui a fait en sorte que les habitants n’ont pas eu les moyens de détruire le vieux patrimoine pour construire du neuf, comme on le fait souvent. Résultat : une ville intacte qui devient attrayante justement pour son cachet historique. Charleston a depuis une centaine d’années un très rigoureux code de protection de son patrimoine. La Preservation Society of Charleston veille au grain et participe à encadrer de très près tous les projets de développement. Le Rainbow Row, une série de maisons restaurées et peintes aux couleurs de l’arc-en-ciel, est un peu le point de départ du mouvement de préservation et de protection des magnifiques maisons dans les années 1920. C’est aujourd’hui l’image de marque de la ville, mais je vous assure que toutes les rues valent la peine d’y flâner. Le magnifique Battery Park, partout recommandé, est le point d’aboutissement agréable à toutes vos déambulations, particulièrement en fin de journée quand la lumière est oblique.

L’immigration française du 17e siècle a laissé sa marque sur l’aménagement de la ville. Le French Quarter (quartier français), encore très bien préservé, rappelle un peu l’architecture, la tradition à tout le moins, de notre Nouvelle-France. Cette portion de la ville, qui s’étend au sud et au nord entre Broad Street et Market Street, est très fréquentée par les touristes. Le mieux est donc de commencer l’exploration tôt le matin et d’en profiter pour aller y prendre votre café. La ville est très photogénique. Les jolis clochers des centaines d’églises, construites par les différentes religions qui se sont installées dans la baie de Charleston, donnent du relief au cœur de la ville et ponctuent le paysage vierge de structures modernes.

Battery Park

La visite de maisons aristocratiques

Admirer les beaux et très élégants manoirs de la rue est une chose, les découvrir de l’intérieur en est une autre. Plusieurs des plus emblématiques de ces grandes résidences ont pu être sauvées et restaurées en les rendant accessibles au public, curieux de voir comment vivaient les riches et célèbres membres de l’aristocratie sudiste. Il s’agit généralement de visites guidées qui prennent de 30 à 40 minutes et coûtent de 10 à 20 $. Je ne viendrais pas à Charleston sans faire au moins une de ces visites. Je vous en recommande deux. Calhoun Mansion est une des plus vastes demeures que vous puissiez visiter, et elle donne le ton. L’aménagement et l’élégance de la vaste demeure font bien voir l’opulence qui régnait chez les nantis de Charleston. Sinon, ou aussi, j’arrêterais à Edmondston-Alston House, la seule de ces grandes résidences ouvertes au public qui a vue sur le port.

Une maison de Charleston

Fort Sumter

Pour les amateurs d’histoire américaine – et j’en suis –, Fort Sumter, situé à l’entrée de la baie de Charleston, est une sorte de pèlerinage. Place forte détenue par l’armée fédérale, le bastion est assiégé pendant plusieurs mois par les troupes confédérées. Au matin du 11 avril 1861, le général Pierre Beauregard, donne l’ordre de bombarder le fort et déclenche les hostilités entre le Sud et le Nord. Après un échange de quelques milliers de coups de canon, le drapeau confédéré flotte sur Fort Sumter le 14 avril de la même année. Miraculeusement, personne n’est tué lors du bombardement. Toutefois, le sang n’attendra pas longtemps avant de couler; plus de 600 000 Américains sont morts pendant la guerre de Sécession. Des bateaux partent à intervalles réguliers de Charleston pour faire la visite du fort. Il faut compter facilement deux bonnes heures, peut-être même davantage pour toute l’opération.

Fort Sumter

Magnolia

Les économies du nord et du sud des États-Unis au milieu du 19e siècle se sont développées sur des modèles radicalement différents. La culture du coton, longtemps très payante, ordonne beaucoup le rythme des choses en Caroline du Sud comme ailleurs dans le sud des États-Unis. Les esclaves étant la chair à canon de cette agriculture, les gigantesques « plantations » avec leurs manoirs élégants sont souvent des prisons pour leur main-d’œuvre; une cohabitation très contrastée entre la richesse la plus insolente et des conditions de vie sordides. Il y a quelques scènes dans le film Django Unchained, de Quentin Tarantino, qui rendent compte de cette réalité. Si vous êtes curieux de la vie dans une grande plantation, je suggère d’aller vers Magnolia Plantation and Gardens, à une vingtaine de minutes de Charleston. La visite de la maison et des jardins demande une bonne demi-journée et vaut vraiment le coup. Attention aux alligators!

Les jardins de Magnolia

La plage

Le bonheur de Charleston est beaucoup lié à la proximité de la plage. Folly Beach est ma recommandation pour une escapade à la mer. Du centre de Charleston, on est à une trentaine de minutes en voiture de la plage. La petite station balnéaire est encore un peu bohème et n’affiche pas les signes d’un développement tous azimuts. La plage est vaste et belle, et les vagues sont costaudes, assez pour faire du surf. Vous voulez aller prendre votre café du matin au Center Street Coffee, c’est « topissime »!

Folly Beach

Savannah

Un mot sur Savannah, une autre formidable destination pour les amateurs d’histoire. La ville est à moins de deux heures de Charleston et je ferais absolument le détour. J’éviterais un aller-retour dans la même journée et passerais au moins une nuit pour bien profiter de ce petit bijou. La vingtaine de squares qui ponctuent le plan de la ville sont parmi les plus beaux d’Amérique et ce n’est pas un excès d’enthousiasme. Les cimetières sont légendaires et apparemment hantés. Tous les sites web culinaires vont vous recommander d’essayer la table de la chef afro-américaine Mashama Bailey. The Grey est le restaurant de l’heure et je suis obligé de le confirmer. Madame Bailey transforme les grands classiques de la cuisine du Sud en quelque chose de moderne et parfois d’inattendu. Toutefois, n’arrivez pas à l’improviste!

Le saviez-vous?

  • Charleston est la deuxième ville la plus peuplée de la Caroline du Sud.
  • La She-crab soup est une spécialité culinaire de la ville. Il s’agit d’une bisque faite de crème, de crabe et de bouillon de poisson dont le succès a dépassé les frontières de la ville.
  • La ville est le siège de plusieurs universités, dont le College of Charleston, treizième université créée aux États-Unis, en 1770.
  • De nombreux films ont été tournés à Charleston, dont : La légende de Bagger VanceCold MountainDear JohnThe NotebookThe Patriot.
  • C’est également à Charleston que l’on a tourné la série Nord et Sud, dont de nombreuses scènes ont été filmées dans différentes demeures historiques de la ville, notamment dans le quartier historique The Battery, où figurent Fabray’s House et  Calhoun Mansion.

Où loger

Les options d’hébergement sont plus qu’abondantes à Charleston. Plusieurs hôtels-boutiques installés dans de belles et vieilles maisons de Charleston offrent quelque chose de moins « générique » que les grandes chaînes, mais la note peut être costaude. J’étais au Hyatt Place la dernière fois, qui est sur la grande rue King, légèrement excentrée, mais à deux pas de beaucoup de bons restos. Il faut compter de 200 à 250 dollars canadiens la nuit. Autant dire que les prix sont rarement sympathiques puisque Charleston est une destination maintenant très prisée. Le Days Inn, dans le centre historique de la ville, offre probablement les meilleures aubaines.

Où manger

Le restaurant FIG est à l’origine de la renaissance gastronomique de Charleston. L’endroit, toujours bondé, est devenu l’adresse que tout le monde veut cocher sur sa liste de choses à faire.

Beaucoup des bonnes adresses se trouvent sur la rue King, la grande artère commerciale sur laquelle vous risquez de vous retrouver souvent. Pour les coquillages et poissons, The Ordinary arrive au sommet. Le très sympathique Darling Oyster Bar, presque en face, est l’endroit désigné pour prendre l’apéro accompagné d’huîtres délicieuses, question de bien amorcer la soirée.

Le Darling Oyster Bar

The Grocery remporte la palme du meilleur repas lors de mon dernier séjour. L’endroit est chaleureux et l’équipe en cuisine est exceptionnelle. Le menu fait la part belle aux produits de saison et les légumes sont particulièrement bien travaillés.

Sorghum and Salt, beaucoup plus discret avec son adresse au 186 de la rue Coming, est un restaurant gastronomique qui ne paye donc pas de mine, mais qui risque d’être bientôt très à la mode. Les variations du chef sur le thème du dim sum me font encore saliver. C’est un menu à prix fixe qui change continuellement. Il faut absolument réserver, car l’endroit est tout petit.

Impossible de ne pas goûter un biscuit, cette espèce de scone du Sud qu’on mange également avec de la confiture ou du poulet frit. On fait la queue chez HLB (pour Hot Little Biscuit), presque en tout temps, pour ce qui serait les meilleurs biscuits en ville.

Le restaurant HLB

Budapest, le Liban, la Nouvelle-Zélande... Pour trouver toutes les Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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