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Notes de voyage : sur la route des États-Unis

Par
Stéphan Bureau

C’est aujourd’hui le départ pour un long voyage en voiture, un road trip à travers les États-Unis. Cette grande traversée nous fait partir des plages de la Californie et nous mènera, par les routes 10, 20 et 40, jusqu’à l’Atlantique, en Caroline du Sud, avant de nous faire remonter la côte est vers Washington et New York. C’est une aventure de près de 6000 kilomètres sur les routes de l’Amérique!

Écoutez Notes de voyage sur les routes des États-Unis
Écoutez Notes de voyage sur les routes des États-Unis

Diffusion : 9 juin 2019

Audio

J’adore sauter dans la voiture, avaler les kilomètres et partir à la découverte des États-Unis. Je ne m’en suis jamais lassé, même si j’ai probablement traversé le territoire américain une vingtaine de fois, d’est en ouest et du nord au sud. Il y a encore quelque chose de magique pour moi à l’idée de remplir sa valise, de boucler sa ceinture, de mettre le contact et de partir à l’aventure.

On est loin de celles de Jack Kerouac dans son roman On the Road, mais l’expérience est pour moi la promesse renouvelée de retrouver le souvenir intact de mes premières amours avec ce pays fabuleux. La route est encore la métaphore la plus efficace pour décrire et comprendre la force de vie qui anime les États-Unis... même si je constate avec le temps que ses artères, très congestionnées, donnent à penser que le pays souffre d’arthrose chronique.

Shibumi

Nous amorçons nos aventures à Los Angeles, une ville qui ne cesse de me surprendre. C’est de loin encore la plus congestionnée de toutes les zones urbaines américaines. La pollution n’est pas sympathique. Pourtant, le charme opère. Chaque nouvelle visite me fait regretter de ne pas avoir trouvé un prétexte pour y faire ma vie!

À chaque visite, je suis soufflé par la vitalité de la mégapole et constate d’ailleurs que beaucoup de jeunes gens de la côte est viennent s’y installer.

C’est le cas de Eric, brillant barman et sommelier, spécialiste du saké, que vous trouverez peut-être au resto-bar Shibumi. C’était une chaude recommandation du défunt critique Jonathan Gold. Le restaurant est au centre-ville, une zone considérée jusqu’à récemment comme infréquentable après 18 h, et témoigne de la renaissance du quartier, devenu très jeune et branché.

De l’extérieur, ça ne paye pas de mine. Le décor est minimaliste, mais de bon goût. Le bar, taillé dans le tronc d’un cyprès de 400 ans, est là où il faut s’installer, pour la beauté de l’objet, mais surtout pour le plaisir d’échanger avec l’équipe compétente, qui vous fera découvrir des vins et alcools uniques. L’essentiel se fait cependant en cuisine.

Les algues et condiments marinés, servis en début de repas, donnent le ton! Quand les choses les plus simples sont traitées comme les plats les plus complexes, j’ai tendance à anticiper la suite. Je n’ai pas été déçu. Shibumi est au sommet de mes recommandations. C’est au 815, Hill Street.

Un bon plan pour le repas

Si vous avez un peu voyagé en Italie ou même dans quelques grandes villes américaines, vous êtes probablement familiers avec le concept Eataly, le IKEA de la bouffe italienne. Los Angeles en a maintenant sa vaste succursale depuis plus d’un an.

Cet investissement, probablement colossal, participe à la revitalisation du vaste centre commercial Westwood de Century City. C’est, à mon goût, leur plus belle réussite aux États-Unis. Les comptoirs gourmands sont moins congestionnés qu’à New York et sont parfaits avant ou après un film au magnifique cinéma voisin.

Le restaurant de la terrasse, Terra, est ma nouvelle adresse de prédilection à Los Angeles. Tout le menu est composé de légumes, de viandes et de poissons travaillés sur feu de bois. La vue sur les collines de la ville est splendide.

S’engager sur la 10, à deux pas de la plage de Santa Monica, est un peu comme regarder au travers d’un télescope qui permettrait de voir de l’autre côté du continent.

Une route à partager

À peine monté sur la route, on peut entrapercevoir avec un peu d’imagination que l’Atlantique nous attend! Que nenni! Malheureusement, je dirais que le réseau autoroutier américain commence à montrer un sérieux coup de vieux. Les routes sont malmenées et surtout pleines à ras bord.

Jamais avant ce périple je n’avais autant senti cette arthrose sur les grandes artères du pays qui réduisent, un peu, le plaisir du road trip. Los Angeles en est une bonne illustration. Les travaux titanesques, mais nécessaires, de réfection et d’agrandissement de la route 10 rendent les temps de déplacement imprévisibles.

On peut mettre plusieurs heures à entrer ou à sortir de la ville, selon les heures. Désormais, je choisis toujours de partir à 5 h le matin et m’efforce d’arriver le samedi ou dimanche matin, tôt, une logique de planification que je recommande d’appliquer à l’ensemble des déplacements sur le réseau autoroutier américain.

Ceux qui rêvent de rouler le cœur léger, inspirés par le mythe de la route 66, devront se faire à l’idée que la route, encombrée par les convois interminables de poids lourds, n’est plus exactement conforme aux images de film qu’on s’est faites au fil du temps.

En fait, l’endroit optimal pour vivre les grands espaces et rouler le cœur léger existe encore dans le Sud-Ouest et dans une portion importante du Texas. Il y a évidemment plein de chemins de traverse sympathiques et de coins de pays plus tranquilles partout aux États-Unis, mais dans une perspective de traversée continentale, les zones vierges de circulation sont rarissimes.

Plus au nord, les Dakota, l’Iowa et le Nebraska offrent encore aussi la possibilité de rouler avec la sensation agréable d’être seul au monde.

Pour accompagner le paysage texan

Le Texas sera probablement au menu de la prochaine saison de Notes de voyage. Le Lone Star State est fascinant par ses dimensions – deuxième plus grand État, après l’Alaska –, mais surtout par son histoire et sa culture, beaucoup plus complexe que l’image simplette du royaume des red necks que l’on aime parfois entretenir.

La faune politique issue du Texas et les mœurs locales qui ont façonné certains destins, je pense à Lyndon Johnson, sont des prismes très riches pour s’initier à ce monde parallèle qu’on appelle le Texas. La monumentale biographie de ce politicien sur laquelle Robert Caro travaille depuis plus de 20 ans est au genre ce que la cathédrale est à l’architecture.

Grandiose, d’une ambition folle et longue à construire, cette histoire, captivante, et encore inachevée, fait plus de 200 heures en livre audio et m’accompagne depuis quelques années dans mes longues aventures sur les routes de l’Amérique. Chaque traversée du Texas me fait l’effet d’un voyage dans le voyage, ne serait-ce que par le temps qu’il faut consacrer pour parcourir cet État.

Accompagné par le récit riche et coloré de Robert Caro, le paysage texan, particulièrement, me paraît se révéler autrement.

Memphis

Mon objectif était d’arriver le plus rapidement possible aux portes du Tennessee après avoir quitté Tucson, dans le sud de l’Arizona. Il m’a fallu parcourir 20 heures de route en 32 heures, avec en prime une pluie torrentielle de nuit, avant d’arriver à Fort Worth.

Heureusement, toute la première portion de l’équipée, avant et après El Paso, avait été faite sous un ciel d’azur et sur des routes que l’on dirait conçues pour une douce forme de contemplation.

Memphis était la première étape prolongée de ce voyage, une étape conçue très précisément pour rafraîchir mes souvenirs en vue de préparer une émission sur cette langoureuse et pauvre ville, qui sort peu à peu d’un long coma affreux.

Depuis la grève des éboueurs et l’assassinat de Martin Luther King, en 1968, la ville ne s’était jamais vraiment remise de la turbulence engendrée par la campagne de lutte pour les droits civiques.

Pendant une trentaine d’années, l’histoire de Memphis, comme celle de plusieurs autres villes du Sud, a été celle d’une lente dévitalisation. Les populations blanches ont fui la ville, le centre s’est transformé en zone fantôme, les devantures de commerces ont été placardées, et les belles tours d’habitation se sont vidées. C’est une désolation urbaine affligeante.

Heureusement, les choses changent pour le mieux depuis quelques années. Je dirais que Memphis a été mon grand coup de cœur de ce voyage, en raison, pour beaucoup, de sa beauté fragile et de la très émouvante fierté de ces habitants, qui saisissent parfaitement que la ville a frôlé la mort.

Les rues commerciales sont à nouveau innervées par des commerces originaux qui donnent le ton. Pas de GAP, de Starbucks ou de Zara; les jeunes entrepreneurs locaux créent un écosystème commercial parallèle et très attractif dans le centre de Memphis, longtemps et encore délaissé par les grandes marques habituelles. Le cœur de cette renaissance formidable est le Orpheum Theater, un gigantesque temple de la musique qui se destinait à la démolition au début des années 90.

Lors de mon passage, le chanteur Leon Bridges était à l’affiche. J’ai eu le sentiment que la foule, bigarrée, joyeuse et tellement résiliente, célébrait aussi le bonheur de vivre dans cette ville un peu miraculée.

Allez manger au Gray Canary, restaurant nouvellement installé dans un ancien entrepôt abandonné pendant 35 ans! C’est une des cuisines les plus inspirées que j’ai goûtées pendant toute ma traversée des États-Unis.

Nashville

Nashville est à peine à un peu plus de deux heures de route de Memphis, mais on pourrait presque croire être dans un autre pays, sinon même sur une autre planète. La ville est en ébullition, un succès qui s’exprime dans le prix des choses.

Si Hollywood est la capitale mondiale du cinéma, Nashville joue parfaitement son rôle de capitale mondiale du country. Cette attitude n’a rien d’une façade; l’industrie est ici un puissant moteur de l’économie locale.

Peut-être à cause de la populaire série télé homonyme, Nashville est devenue très à la mode et beaucoup visitée. Après quelques jours d’exploration sérieuse, je ne sais pas si je recommanderais d’en faire le cœur d’un voyage. À moins, bien sûr, d’être grand amateur de country.

Je suis certain d’une chose cependant, j’y ai mangé parmi mes meilleures pâtes à vie, aventures en Italie comprises! C’est un chef belge qui est à la manœuvre chez Rolf and Daughters, et il fait des miracles.

Knoxville et Charleston

Knoxville, à l’est du Tennessee, presque à la jonction de la 40 et de la 81, est souvent une ville où j’aime arrêter pour faire une courte pause. En avril dernier, c’était pour goûter au plaisir du farniente dominical, dans le très coquet petit centre-ville.

J’y ai fait une courte escale, le temps d’un brunch, avant de filer vers Charleston, que je n’avais pas revue depuis les difficiles années qui ont suivi la crise financière de 2008 aux États-Unis.

Charleston, ancienne métropole du sud des États-Unis, n’a plus la même importance, mais s’est trouvé une autre vocation depuis le siècle dernier.

Elle peut faire penser à Québec avec son patrimoine architectural parfaitement préservé. Cette ville-musée attire les touristes depuis longtemps, mais a encaissé durement la grande récession. Ne montrant plus aucune trace de cette « noirceur », Charleston gère plutôt l’abondance.

La proximité des plages en fait aussi une destination à géométrie variable parfaite pour combiner repos, soleil, culture, histoire et bonne bouffe. Charleston est considérée par les amateurs de bonnes chères comme un des hauts lieux de la gastronomie américaine.

Ce qui me plaît surtout à Charleston, c’est que mon appétit pour l’histoire américaine, plus grand que pour la bonne cuisine, est ici parfaitement comblé. Les premiers coups de canon de la terrible guerre de Sécession ont retenti à Fort Sumter, en face de Charleston.

Il me semble mieux comprendre la fracture entre le monde du nord et du sud depuis ma première visite à Charleston.

Washington

À ceux qui pensent aller vers Washington pendant les vacances, je propose de visiter Alexandria, la belle banlieue de la capitale, mais aussi une ville historique en bonne et due forme. C’est une bonne option pour se poser quelques jours, d’autant que le métro vous mène au centre de Washington en quelques minutes.

Vous êtes aussi alors à deux pas de Mount Vernon, la ferme et aujourd’hui mausolée consacré à la mémoire du premier président, Georges Washington. Le lieu est évidemment très fréquenté, mais je pense que ça devrait être une figure imposée quand on aime un peu l’histoire américaine.

L’idéal est toujours d’y aller en novembre, après l’Action de grâce américaine; vous y serez seuls.

Aussi, si vous pensez passer du temps dans les musées de la Smithsonian Institution, gardez-vous du temps pour aller luncher ou dîner au restaurant Centrolina. Si vous n’arrivez pas à réserver, arrivez un peu plus tôt et installez-vous au bar. C’est de loin le meilleur resto italien de la capitale.

New York

Je termine mon périple à New York. J’étais très curieux de passer un peu de temps à Hudson Yard, le gigantesque chantier de construction qui est en train d’accoucher d’un nouveau quartier.

On dit que c’est le plus gros projet immobilier privé aux États-Unis. Les dollars et autres statistiques associés à cette opération donnent le vertige, tout comme les tours qui s’y construisent.

J’étais surtout curieux de voir le nouveau complexe culturel, The Shed, qui est le plus gros investissement d’infrastructure depuis la construction de Lincoln Center. Je suis encore un peu dubitatif. Pas certain du tout de cette affaire, qui sent l’argent à plein nez et m’a donné l’impression d’un objet très froid.

J’ai assisté cependant à une prestation qui faisait se marier les œuvres du peintre Gerhardt Richter et la musique de Steve Reich ainsi que celle d’Arvo Part. Le chœur qui s’est mis à chanter, à battre, parmi les gens qui regardaient les tableaux m’a complètement bouleversé.

Bali, l'Australie le Japon... Pour trouver toutes les destinations des Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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