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Notes de voyage : redécouvrir le Maine

Par
Stéphan Bureau

Nous mettons le cap sur un grand classique des vacances pour ceux qui vivent dans l’est du pays. Il s’agit d’une destination qui est souvent associée à nos premiers souvenirs de dépaysement en famille. Bonjour à tous, bienvenus à bord de Notes de voyage à destination du Maine, « the Vacationland ».

Écoutez <em>Notes de voyage</em> sur le Maine
Écoutez Notes de voyage sur le Maine

Diffusion : 26 mai 2019

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Un lieu de pèlerinage familial

Le Maine est intimement associé aux vacances pour des dizaines de milliers de Canadiens, particulièrement celles de la construction au Québec. C’est une vocation naturelle pour cet état magnifique et très peu peuplé du nord-est des États-Unis et dont la population explose pendant les trop courtes belles semaines de l’été.

Le Maine est aussi la destination des villégiateurs américains de la côte est depuis longtemps. Les riches familles des grandes villes comme New York, Philadelphie, Washington et même Boston, fuyaient la canicule pour trouver refuge à la montagne ou sur les plages, beaucoup moins chaudes, du Maine.

C’est généralement à l’approche des grandes vacances estivales que les plans de location d’une maison près de la plage, dans le Maine, commençaient à s’élaborer avec les parents. Biddeford Pool était le lieu de pèlerinage familial depuis toujours, et le plaisir anticipé de retrouver nos habitudes en terre étrangère était toujours source de grandes attentes.

Les lobster rolls (guédilles au homard) de notre kiosque préféré seraient-ils aussi bons que ce dont nous nous souvenions? Le vieil hôtel près de la plage avait-il bien traversé l’hiver? Les amis américains de l’été précédent allaient-ils encore être là? Autant de questions qui nous donnaient un peu l’impression de retourner chez nous!

Justement parce que je sais que les villages mythiques associés aux plages du Maine n’ont plus de secret pour plusieurs d’entre vous, je propose d’explorer des zones peut-être un peu moins fréquentées.

Saco, Kennebunk – Port ou Beach –, Ogunquit, Wells, Old Orchard, je les laisse pour une autre émission peut-être. Explorons plutôt davantage le nord : l’île Mount Desert, un tronçon de la fabuleuse route 1 pour le plaisir de traverser des villages que l’on fréquente moins, le majestueux mont Katahdin, et Portland, où l’on se réfugie souvent les jours de pluie pour aller au cinéma ou faire un peu de magasinage dans le port, mais qui a beaucoup plus que cela à offrir.

Portland : une ville à découvrir

Portland est tranquillement en train de se transformer, depuis une quinzaine d’années, en un haut lieu de la branchitude cool et légèrement alternative. C’est en habitant au New Hampshire, à deux heures de route, que j’ai commencé à prendre la mesure de ce qui s’y passait. La petite ville du Maine avait toujours eu pour moi un air provincial que je n’avais jamais vraiment associé à l’excellence gastronomique, par exemple. Pourtant, la restauration y est en ébullition, et c’est beaucoup à cause de jeunes gens très talentueux qui ont décidé de sortir des sentiers battus en démarrant leurs affaires à Portland.

En 2018, le vénérable magazine Bon Appétit l’a consacrée ville de l’année en matière de restauration, un titre qui ne reflète pas la profondeur de l’offre qu’on peut trouver à New York ou à Los Angeles, bien entendu, mais certainement l’originalité et le dynamisme des chefs locaux. On est très très loin de l’époque des grilladeries mal éclairées et des assiettes du capitaine offertes aux touristes qui arpentaient le port.

Où manger

Le Maine produit 90 % de tous les cure-dents et de tout le homard vendus aux États-Unis. Je ne sais pas s’il faut établir un lien. Chose certaine, cure-dents et homards font bon ménage dans les lobster rolls qu’on ne doit pas bouder à Portland.

J’s Oyster est mon endroit préféré pour en manger. Ce resto est carrément sur le port, là où arrivent les bateaux. Ils en font des délicieux, et ils sont généreux sur la précieuse chair de crustacé. Les meilleurs dans le Maine sont probablement servis au Clam Shack de Kennebunk, mais ça vous ferait un gros détour si vous êtes en train d’explorer Portland.

La première fois que je suis parti vers Portland avec l’intention de tester les nouvelles frontières gastronomiques de la ville, c’est à la suggestion pressante d’une amie au New Hampshire qui ne jurait que par Duckfat, un tout petit resto où il faut souvent faire la queue pour avoir une table. Duckfat, comme son nom l’indique, n’est pas un paradis pour véganes.

L’espace, étroit, n’est pas représentatif de l’onde de choc qu’il crée sur le quartier et sur la ville. Il y a fort à parier que l’équipe en cuisine avait observé de près ce que Martin Picard avait réussi à faire à Montréal avec son Pied de Cochon. Ceci étant dit, les joyeux drilles du Duckfat ont développé leur propre personnalité et ne sont surtout pas des imitateurs! On vient ici pour manger des sandwichs décadents et surtout pour les frites que l’on déguste à la manière classique ou en poutine. C’est délicieux, jamais prétentieux et pas très cher.

Dans un esprit beaucoup plus gastronomique, Hugo’s, presque en face de Duckfat, a été pour moi l’occasion de goûter à une cuisine raffinée qui n’a absolument rien à envier aux grandes tables du monde. Son menu dégustation n’a rien à voir avec ce qu’on vous sert au Duckfat – je pense qu’il faut compter 90 $ par personne –, mais je n’ai jamais été déçu.

Juste à côté, Eventide Oyster Co. offre une des plus belles sélections d’huîtres qu’on puisse trouver sur la côte. Le menu assez simple repose pour l’essentiel sur des produits toujours magnifiques, frais pêchés ça va sans dire, et très peu traités en cuisine. Le mijoté de homard est une des exceptions où la touche du chef fait la différence. Vraiment exquis. L’ambiance est sympathique et très décontractée. J’aime beaucoup la petite terrasse qui s’improvise sur le trottoir pendant les belles journées d’été.

L’avenue Washington, qui avait la mine triste il y a quelques années à peine, revendique aujourd’hui le titre de « Restaurant Row ». On parle pour l’instant d’une partie de l’avenue seulement, mais qui compte de belles adresses.

Portland a quelques bons restaurants vietnamiens, Cong Tu Bot étant l’un des meilleurs. On peut même y manger quelques plats typiques du nord du pays, une affaire assez rare sur la carte de restaurants souvent fondés par des familles qui viennent du sud du Vietnam. Le bun cha, plat fait avec des nouilles et du porc grillé, était divin la dernière fois que j’y étais.

Quelques portes plus loin, Izakaya Minato est indiscutablement le meilleur japonais en ville. Cette distinction est beaucoup liée au bon usage que le chef fait de la proximité de la mer. Je termine avec mon gros coup de cœur, tout simple : le Tandem Coffee + Bakery, établi dans une ancienne station-service, est mon endroit pour partir la journée. Le café et les viennoiseries sont succulents et les sandwichs, délicieux.

Pour vous simplifier la vie et maximiser votre bonheur au petit matin si vous passez du temps à Portland, louez une chambre au très chouette Francis Hotel qui est juste en face de la boulangerie Tandem. Je vous assure que vous allez vous endormir en pensant à votre p’tit déj!

Les suggestions de nos auditeurs :

Le Barnacle's Billy à Ogunquit
le Lobster Shack à Ogunquit

Cet endroit à Kennebunk pour les clams, les steakhouse de Portland (York's steak house), on pourrait parler aussi du Barnacle's sur le quai d'Ogunquit, de la Boston pizza d'Old Orchard. Merci! Vous me donnez tellement le goût d'y retourner... Sans mes parents (j'ai 57 ans!)

Quoi voir à Portland

Portland n’est pas une très grosse ville, mais elle dispose d’un très joli et dynamique musée d’art. Le Portland Art Museum est au cœur de la vie culturelle de la petite communauté depuis 1882.

Au fil du temps et avec la croissance de la collection permanente, le musée s’est même payé un agrandissement dans un nouvel édifice signé par le grand architecte Ieoh Ming Pei. La collection compte quelques tableaux de grands maîtres et aussi de magnifiques toiles de peintres américains qui ont été inspirés par les paysages du Maine, Winslow Homer n’étant pas le moindre.

Les amateurs d’architecture voudront probablement faire un arrêt à la Victoria House, une maison qui ressemble davantage à un palace, construite au milieu du 19e siècle pour une riche famille de la Louisiane qui venait y passer ses étés. La visite permet d’entrer dans l’intimité de la vie des grandes familles de l’époque et d’imaginer l’allure de Portland alors que la ville pesait plus lourd dans le paysage américain. C’est ouvert tous les jours du début mai à la fin octobre. J’en profiterais pour partir à la découverte des autres belles maisons du quartier. Le West End en compte plusieurs.

Une halte à Fryeburg

Un petit tuyau rapide pour les voyageurs en automobile qui traversent souvent les montagnes Blanches en direction du Maine : il faut absolument faire une escale à Fryeburg, mignon petit village qui se trouve de l’autre côté de la frontière du New Hampshire, sur la route 302. L’Oxford House est une ancienne et belle maison qui a été transformée en petit hôtel coquet, avec un restaurant qui ne donne pas l’impression d’être à la campagne.

Dîner sur la vaste terrasse de l’Oxford House pendant les belles et douces soirées d’été a été une source de bonheur renouvelée pendant plusieurs années. Je ne manque jamais une occasion d’y arrêter quand je suis dans la région. Le chef Jonathan Spak est aux commandes depuis plusieurs années et assure avec constance l’excellence de cette table, ce qui n’est pas toujours évident dans de petits bleds. Ses plats métissés qui combinent des classiques de la cuisine française avec des accents asiatiques sont souvent exceptionnels.

Sur la route 1 vers Camden

Nous avons consacré tout un épisode de Notes de voyage à l’exploration de la grandiose route 1, entre Los Angeles et San Francisco. La 1 sur la côte est n’est peut-être pas aussi légendaire, mais offre quelques segments « bucolesques », expression chère à ma jeune sœur et qui s’avère être la contraction de « bucolique » et « pittoresque ». La portion qui relie Portland à Bar Harbor, dans le nord de l’État, en est probablement un des meilleurs exemples. Elle offre l’occasion d’une sympathique virée en auto qui peut se faire d’un trait ou, mieux encore, à petite vitesse. La côte est ponctuée de points de vue époustouflants qui sont autant de raisons de ne pas appuyer sur l’accélérateur.

Deux heures après avoir quitté Portland, le village de Rockland est la version « Truman Show » du village de pêcheur; c’est presque dérangeant tellement c’est parfait!

On peut arrêter pour un lunch devant la mer chez Archer’s ou profiter de l’ambiance au maximum en restant une nuit sur place. On peut alors passer une heure ou deux au surprenant musée Farnsworth qui dispose d’une belle collection de tableaux, mais qui accueille aussi des expositions temporaires de grand calibre.

Une autre belle option est d’aller dormir à 25 kilomètres au nord, vers Camden. Ce serait d’ailleurs probablement mon choix. La ville est charmante et a gardé son cachet historique, mais ne donne jamais l’impression d’être un décor entretenu pour les touristes. Au contraire, les lieux magnifiquement préservés sont encore aujourd’hui vibrants d’une activité bien réelle.

La Camden Opera House, entièrement restaurée, en est le meilleur exemple. Dans cette magnifique salle, on présente souvent des spectacles à guichet fermé les week-ends. Le district historique, plein d’édifices classés, est lui aussi digne d’un petit safari photo. Je mangerais assurément chez Long Grain, nouvellement installé sur Washington, pour goûter à la meilleure cuisine thaïlandaise dans le Maine. Pour dormir, j’adore le Lincolnville Motel pour son côté rétrochic. Très confortable et tranquille. C’est à quelques minutes du centre de Camden, à Lincolnville – à une distance de moins de 10 kilomètres. Bidu Sayão est la plus célèbre des résidentes de la petite communauté. Grande cantatrice au Met.

Île Mount Desert

L’île Mount Desert a été ainsi baptisée par Samuel de Champlain pour son aspect pelé et un peu aride. C’est l’un des endroits aux États-Unis qui m’envoûte le plus.

Après la beauté délicate des villages qui font le charme de la route 1, l’île Mount Desert et la petite communauté de Bar Harbor ont quelque chose d’un bout du monde très enivrant. L’arrêt des grands bateaux de croisière depuis quelques années a un peu bousculé ce fragile écosystème, mais l’endroit a conservé toute sa dignité.

On peut comprendre que Marguerite Yourcenar ait choisi de s’y installer, dans sa maison surnommée Petite Plaisance, pour écrire son chef-d’œuvre Mémoires d’Hadrien. La grâce austère de la nature résonne parfaitement avec le soliloque de l’empereur stoïque! Petite Plaisance est aujourd’hui un joli musée qui nous fait entrer dans la zone intime de cette dame très pudique qu’était cette grande auteure.

Parc national Acadia

Aller à l’île Mount Desert implique nécessairement un passage par le parc national Acadia, seul parc national du Maine. C'est un petit parc par rapport à plusieurs de ceux qu’on trouve dans l’ouest du pays, mais la beauté de ses paysages et la richesse de sa faune compensent largement sa superficie réduite.

Je suis vraiment un abonné des parcs nationaux américains, et je place facilement celui-ci parmi les cinq plus beaux. Une bonne partie de l’île Mount Desert se trouve dans la zone du parc et est donc aussi protégée. Les écosystèmes de la région sont fragiles, ce qui explique sans doute qu’Acadia ait été au nombre des premiers parcs grands nationaux aux États-Unis.

L’endroit est magnifique douze mois par année. L’hiver y est simplement féérique et il n’y a généralement aucun touriste. C’est quasi lunaire. La plus belle saison est évidemment l’été, ou l’automne quand les arbres changent de couleur. Je pense que l’ascension du mont Cadillac est l’une des plus agréables randonnées que l’on puisse faire sur la côte est américaine.

La combinaison montagne et vue sur la mer est absolument parfaite. À la fin de l’été, quand l’Atlantique est à peu près convenable pour la baignade dans le nord du Maine, j’aime finir la journée à Sand Beach pour me rafraîchir un peu après une bonne journée de marche.

Bar Harbor

Bar Harbor est la petite localité où l’on s’installe quand on vient passer quelques jours dans la région. J’adore louer une de ces minuscules cabins, des tout petits chalets, très populaires dans les environs.

Les prix de ce type d’hébergement sont généralement raisonnables, surtout si on évite les deux premières semaines d’août. Le confort est, disons, rustique, mais jamais désagréable. Il y a généralement un espace pour cuisiner un peu, ce que j’aime beaucoup quand je suis longtemps en déplacement.

Sinon, Havana est l’une des tables favorites des habitués de Bar Harbor – je fais partie de ceux qui aiment bien l’endroit. Comme c’est une des options chics du village, l’addition peut être salée, mais c’est toujours très bon. On sert ce que j’appellerais, grosso modo, une nouvelle cuisine américaine.

Le mont Katahdin

Les marcheurs qui rêvent d’un peu d’aventure et de sommets plus élevés que le mont Cadillac doivent poursuivre leur route vers le nord, à trois heures de Bar Harbor, et se rendre au pied du mont Katahdin. Cette redoutable montagne est la pièce de résistance du très beau parc Baxter et le plus haut sommet du Maine.

Le mont Washington au New Hampshire est la grosse vedette de toute la région et fait donc un peu d’ombre au mont Katahdin, mais le plaisir de l’ascension de cette vieille montagne du Maine est aussi grand, sinon meilleur.

C’est aussi, pour les amateurs de randonnée, le terminus nord du légendaire sentier des Appalaches. Il est fréquent, à partir de la mi-septembre, d’atteindre le sommet en compagnie de marcheurs qui ont quitté la Géorgie quelques mois plus tôt avec leur sac sur le dos. L’arrivée est souvent un moment de grande émotion.

Bali, l'Australie le Japon... Pour trouver toutes les destinations des Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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