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Notes de voyage : l’Égypte, majestueuse et cinématographique

Par
Stéphan Bureau

Nous sommes aujourd’hui au départ pour un pays fascinant et riche d’histoire; un pays qui est à cheval entre plusieurs mondes : l’Europe (par certaines de ses aspirations), le Proche-Orient (par son influence politique et religieuse) et l’Afrique (par sa géographie). Fécondée par le Nil majestueux, l’Égypte est l’endroit où nous partons aujourd’hui.

L'émission de ce dimanche matin a été enregistrée avant d'apprendre la nouvelle de l'attentat contre des touristes au Caire.

Écoutez <em>Notes de voyage</em> sur l'Égypte
Écoutez Notes de voyage sur l'Égypte

Diffusion : 19 mai 2019

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L’Égypte dans la culture populaire

On aurait probablement pu construire toute une émission sur la musique de films dont l’action se déroule en Égypte. La géographie de ce pays, ses monuments (bien évidemment) et son histoire encore assez mystérieuse sont des ingrédients irrésistibles pour le grand écran. J’ajouterais qu’il ne faut pas passer sous silence le très grand potentiel comique de l’Égypte, que le génie de René Goscinny a su mettre à profit – pour le plus grand bonheur des lecteurs d’Astérix et Obélix !

Je vous promets qu’on reviendra au cinéma, d’autant qu’il a été fondamental dans mon désir de partir à la découverte du pays des pharaons. Tintin n’est pas parfaitement étranger non plus aux premières images que je m’étais faites du pays.

On s’entend que l’Égypte moderne n’a cependant pas grand-chose à voir avec cette image qui est charriée par le cinéma ou la littérature. Le quatuor d’Alexandrie, de Durrell, Le patient anglais et même Mort sur le Nil, d’Agatha Christie, puisent leur saveur dans une nostalgie qui n’a plus cours depuis longtemps.

L’importance du tourisme

L’Égypte d’aujourd’hui traverse des crises à répétition, se modernise à la marge d’une population pour l’essentiel encore très pauvre et tangue entre intégrisme et laïcité. Un cocktail parfois explosif, qui est accentué par une démographie galopante et qui donne à la jeunesse du pays une puissance faisant vaciller le pouvoir et continuant de faire peur aux militaires, lesquels ont repris les choses en main depuis quelques années.

Un scénario sombre pour le tourisme, qui fait vivre beaucoup de monde en Égypte. Jusqu’à 15 % du produit intérieur brut (PIB) est directement lié à l’activité touristique. Au risque de m’exposer une fois encore à toute ma banalité, je pense que le premier coup d’œil sur la Grande Pyramide ou sur le temple de Karnak ne peut que laisser un peu pantois. Malgré, justement, tout le conditionnement et les images qu’on a vues, ces sites gardent leur caractère spectaculaire.

Le temple de Karnak

Les vestiges laissés par la civilisation égyptienne au fil des millénaires nourrissent ce que l’on peut aussi qualifier d’industrie touristique… millénaire. Le grec Hérodote, peut-être Platon et toute une ribambelle de Romains ont été intrigués par l’extraordinaire sophistication de la civilisation égyptienne et ont parcouru le pays avec une avidité de découvrir qui n’est peut-être pas tellement différente de la nôtre aujourd’hui.

Une curiosité que savent manipuler et faire fructifier – avec un génie inégalable – tous les Égyptiens que j’ai rencontrés. Je prendrai le risque de la généralisation culturelle (qui va me coûter cher au tribunal de la rectitude politique!), mais je suis certain qu’il n’y a pas un peuple qui soit plus capable de négocier matin, midi et soir avec le touriste de passage.

Il faut être prévenu, en prendre son parti, en rire et, surtout, ne jamais se fâcher : négocier est au cœur de l’ADN social. Toute transaction n’est que le début de la suivante; c’est implicite. Je n’ai jamais senti cette insistance marchande comme une agression, mais j’admets que ça peut tester l’aspiration zen du voyageur !

Le chaos sympathique du Caire

Le Caire est généralement la porte d’entrée de l’Égypte, même s’il est possible d’arriver directement à Louxor, pour ceux qui voudraient court-circuiter la mégapole et partir directement vers la vallée des Rois ou celle des Reines.

Je conseille, au contraire, de sauter dans la marmite cairote et de profiter au maximum de son chaos sympathique.

Vous excuserez cette parenthèse, mais il m’est impossible de ne pas penser à cette comédie d’anthologie : Le Caire, nid d’espions, avec Jean Dujardin. Je vous assure que j’ai essayé de construire l’émission en faisant fi de la scène où Hubert Bonisseur de la Bath, alias OSS 117, se retrouve à interpréter en arabe (avec un groupe de musique traditionnelle) Bambino, de Dalida.

Le Caire, il faut le dire, n’a plus l’élégance surannée qui fait le décor d’OSS, mais offre certainement autre chose de tout aussi excitant : son énergie. C’est indiscutablement l’une des villes les plus électrisantes du monde.

Traverser les grandes avenues congestionnées de la capitale est une forme de surf extrême où il faut naviguer avec souplesse entre les autos, qui prennent un malin plaisir à accélérer vers les piétons audacieux s’aventurant sur leur territoire.

Malgré sa pollution étouffante, sa chaleur, sa poussière et sa pauvreté parfois affligeante, Le Caire m’est toujours paru souriante. Chaos et anarchie ne la rendent pas moins accueillante. Je ne peux dire pourquoi, mais je me sens traversé par une charge électrique qui donne de la légèreté à mes pas dès que j’arrive dans cette folle métropole.

Le Caire

Les gens viennent généralement au Caire pour faire la visite du grand musée égyptien et se rendre sur le site de Gizeh, en banlieue de la ville, en vue de contempler les pyramides et le Sphinx. La visite de ces sites est évidemment incontournable, mais elle ne devrait pas se faire aux dépens de celle du reste de la ville, qui a beaucoup à offrir. Sur l’échelle des merveilles du monde, rien ne se compare à Khéops ou aux trésors de Toutânkhamon, mais je vous assure qu’une journée passée à la Cité des morts laisse aussi en mémoire des images indélébiles.

On est dans un autre registre, j’en conviens, mais cet endroit est très émouvant. Près de 500 000 personnes vivent dans cette nécropole, qui ressemble à une grosse ville où cohabitent les morts et les vivants. Je n’ai croisé que des sourires sur le visage de ses enfants et je ne m’y suis jamais senti en danger, même après m’être perdu à la tombée du jour. Une famille m’avait invité à prendre le thé avant de m’indiquer comment retrouver mon chemin. Aujourd’hui, ce souvenir est presque plus prégnant que mon premier contact avec le vieux Musée égyptien (dont je vous parle dans quelques lignes), que je rêvais de voir depuis mes premières lectures d’enfant sur les momies.

Le Musée égyptien du Caire

Le Musée égyptien du Caire est une station obligée. Rien n’est plus impressionnant que les grands sites de Gizeh ou de Louxor, mais j’ai finalement passé pas mal plus de temps dans ce vieux musée poussiéreux, qui ressemble davantage à un décor de cinéma – une fois encore, je pense à une ambiance de type Indiana Jones – qu’à une grande institution à la fine pointe de la recherche archéologique.

Il ne faut pas compter sur l’organisation didactique des lieux pour percer les grands mystères de l’égyptologie : le musée est riche de ces fabuleuses collections, mais très mal organisé. C’est limite bordélique, mais je me permettrais de dire, sans aucun paternalisme, que c’est aussi ce qui fait son charme.

Une statue dans le musée du Caire.

Il faut s’accrocher, faire des efforts et prendre le temps de se laisser gagner par les trésors de l’endroit. Y consacrer une demi-journée me paraît un minimum pour ce faire. La section consacrée aux trésors de Toutânkhamon est la mieux organisée du musée, mais les pièces clés voyagent beaucoup; vérifiez avant de vous rendre. Chose certaine, avec ou sans les merveilles du bon Toutânkhamon, ce musée représente une grosse étape dans tout voyage au Caire.

Un beau souvenir de Garden City

Je pense qu’une longue balade dans les rues paisibles et ombragées de Garden City est une très bonne idée après les heures passées au musée. La distance se fait à pied et facilement. Garden City est un peu le poumon malmené de cette ville devenue asthmatique. Le quartier est fatigué, mais conserve toute la force d’espoir qu’il a canalisée au moment de son développement. Plusieurs ambassades importantes sont installées dans cet espace qui rappelle une Europe aujourd’hui disparue.

C’est à Garden City que j’étais d’abord allé à la rencontre d’Alaa Al-Aswany, l’auteur du roman L’immeuble Yacoubian. Je préparais une émission avec lui. Le romancier, qui est aussi dentiste, possède son petit cabinet dans l’un des édifices du quartier. Il alterne donc entre la plume et la fraise; deux manières de creuser la souffrance humaine, mais toujours en écoutant la grande Oum Kalthoum.

Je ne conserve que des souvenirs émus de ces journées de tournage en compagnie d’Al-Aswany. Nous avions réussi, après avoir payé mille petits bakchichs, à installer notre équipement sur le toit du fameux édifice Yacoubian pour y tourner des séquences, et je me souviens de l’amour profond avec lequel cet homme nous parlait de son Égypte et de la ville grouillante qui s’étendait devant nous.

L’incomparable Khéops

Perceptible à l’horizon (même avec la pollution), la masse imposante que forme la grande pyramide de Khéops pouvait, je pense, être aperçue du toit de l’immeuble Yacoubian. Je fais l’hypothèse que le plateau de Gizeh est l’une des premières destinations touristiques de l’humanité. Après tout, même le bon Panoramix y avait précédé Napoléon.

City Garden

À ma première visite, il y a une trentaine d’années, il était encore relativement facile d’entrer dans le ventre de la pyramide et de tester les limites de sa propre claustrophobie. La combinaison des odeurs rances et de l’inconfort extrême des déplacements en position accroupie avait rapidement eu raison de mon enthousiasme. Le coup d’œil initial sur la grande pyramide est cependant gravé à jamais dans ma mémoire.

Les pyramides de Kheops Gizeh

Tout le site donne le vertige. Un vertige historique, par la force de ces siècles qui nous contemplent, comme l’aurait dit Napoléon… ou était-ce la formule de Panoramix? J’ose à peine dire que la découverte du Sphinx m’a cependant laissé presque indifférent. Est-il acceptable de dire que j’ai été déçu? En fait, c’est en venant assister au spectacle son et lumière, en soirée, que j’ai mieux mesuré la beauté énigmatique du monument.

Le Nil

Majestueux, le Nil est l’artère centrale qui traverse tout le pays et irrigue la courte bande de terre très fertile faisant vivre le pays depuis des millénaires. C’est donc logiquement sur les berges du fleuve que l’on trouve les cités mythiques qui ont marqué l’histoire de l’Égypte : Assouan, Louxor ou Abou Simbel. Plusieurs croisières permettent de le parcourir nonchalamment, et ce, très confortablement. Souvent, aussi, pour un prix assez costaud.

J’ai préféré voler du Caire vers Assouan pour gagner du temps et plonger plus rapidement dans la chaude lumière de l’endroit. Les mois d’hiver sont absolument divins pour non seulement faire un peu d’exploration archéologique, mais aussi simplement goûter aux plaisirs du temps qui passe sous le soleil. Je serais facilement convaincu de consacrer mes hivers à Louxor ou à Assouan tant la vie y est douce.

Assouan

Dans une colline qui se dresse juste en face d’Assouan, sur la rive occidentale du Nil, la vaste nécropole antique où se trouve ce qu’on appelle les tombes des nobles est probablement ma première recommandation. Le site était jusqu’à tout récemment boudé par les croisiéristes et autres voyagistes – une occasion rare de se frotter à l’histoire ancienne de l’Égypte sans le bruit des touristes.

Au petit matin, il suffit de traverser le fleuve en bateau à moteur – une opération qui ne devrait pas coûter plus que quelques livres – et, ensuite, de monter à pied la colline jusqu’à l’entrée du site. L’idéal est d’être sur place assez tôt pour jouir de la lumière du soleil qui éclaire les tombes.

Assouan, l’apaisante

Assouan est vraiment un point de chute que j’affectionne et recommande, même si les activités liées à l’archéologie ne sont pas aussi abondantes qu’à Louxor. Il est facile de se laisser convaincre d’y passer rapidement. Ce serait là une erreur, surtout quand on cherche à se reposer un peu après l’agitation du Caire. Je n’ai absolument pas l’esprit « station balnéaire », mais j’ai adoré mes quelques nuits passées à l’hôtel Mövenpick, sur l’île Éléphantine, qui fait face à Assouan. Luxe, calme et volupté. Les balades en felouque sur les eaux calmes du Nil, à la tombée du jour, valent toutes les visites de la journée.

Louxor

Louxor étant la porte d’entrée de la vallée des Rois et des Reines, la ville est donc beaucoup plus congestionnée que ne l’est Assouan. Le gigantesque et magnifique temple de Karnak ne fait qu’ajouter à cette frénésie. J’ai eu la chance, si on peut dire, d’être sur le Nil après des attentats qui avaient fait fuir beaucoup de touristes, et l’expérience s’est avérée très différente de ce que j’avais vécu antérieurement. Louxor est assez grande, pour ne pas être étouffante, mais quand on se retrouve à la queue leu leu pour faire la visite des nécropoles, c’est un peu moins magique. Je dois dire que la visite très attendue de la vallée des Rois, même sans les foules, n’a jamais été à la hauteur de mes fantasmes. Le temple funéraire d’Hatchepsout, seule femme pharaon de l’histoire égyptienne, a été l’exception. La structure taillée directement dans le calcaire, sur trois niveaux, ne peut que faire réfléchir à notre notion de progrès.

Le temple de Karnak à Louxor

À ne pas manquer

Un mot, en terminant, sur le vaste complexe de Karnak. Le site est colossal et fait près de 2 km2, mais seul le temple d’Amon est, je pense, accessible. D’importantes fouilles y sont toujours en cours. Malgré ces contraintes, Karnak demeure au sommet de tout ce que j’ai vu en Égypte. Le complexe, mis au point et construit sur une période de 2000 ans, est l’équivalent d’un cours d’histoire appliqué. Ne le manquez sous aucun prétexte, et essayez donc de vous trouver un bon prof en la personne d’un guide qui sait de quoi il parle! En fin de journée, faites le bilan de vos aventures au bar du très chic Winter Palace, où les grands de ce monde descendent. Le prix de la chambre est parfaitement déraisonnable, mais un verre ou deux avec une promenade dans les jardins magnifiques de l’hôtel fera largement l’affaire. Juste assez pour sentir l’ombre d’Hercule Poirot… C’est ici qu’Agatha Christie a écrit Mort sur le Nil.

Le temple d'Amon

Bali, l'Australie le Japon... Pour trouver toutes les destinations des Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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