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30 ans après la sortie de Menteur, Jean Leloup avait-il raison de renier cet album?

Par
Olivier Robillard Laveaux

La scène se passe il y a 30 ans, sur le plateau de télé de l’émission de critique artistique La bande des six. Une jeune Marie-France Bazzo encense Menteur, le premier disque d’un certain Jean Leloup. « C’est un coup de poing dans le concept de relève québécoise où l'on a l’impression de voir des petits louveteaux qui courent derrière Michel Rivard. Pas Jean Leloup », lance Bazzo. Si la chroniqueuse prouve qu’elle a du flair, la suite a des allures rocambolesques.

Dans le même segment, on présente ensuite une vidéo de Jean Leloup affirmant que la bande n’a pas compris son disque, que c’est un album mauvais, parce que les vrais instruments ont été remplacés par des machines et que les guitares ne sont pas assez rock. Leloup est déjà rendu plus loin, prêt à asséner son deuxième coup de poing sur la gueule de l’industrie musicale québécoise.

La bande des six, 9 septembre 1989

La légende veut que si Jean Leloup s’était habillé en clown la journée du lancement de Menteur, c’était pour protester, puisqu’il pensait depuis le jour 1 que le disque était mauvais. Le titre n’y serait pas étranger. Il n’assumait pas la réalisation plutôt synthétique de l’album, confiée à Paul Pagé, qui venait de coréalisé les albums Un trou dans les nuages, de Michel Rivard, et Le parfum du hasard, de Pierre Flynn.

Fortement attirés par la quincaillerie électro primitive des années 80, Paul Pagé et ses acolytes ont pris plusieurs des compositions de Leloup pour les habiller d’instruments digitaux. Leloup devait-il pour autant renier son disque? Analyse des chansons de Menteur, parmi lesquelles se trouvent le pire, le meilleur et quelques perles sous-estimées.

1- Laura

Laura est l’une des rares chansons de Menteur qui n'a pas été reléguée aux oubliettes. Pourtant, dès l’introduction, elle affiche les couleurs synthétiques de l’album. Tout est « faux », pour reprendre l’expression de Leloup : la batterie, le piano, la basse… Seul le saxophone a vraiment été enregistré. Or, Laura, son amie Simone et la fameuse minijupe seront rescapées par Leloup, qui continuera de jouer la pièce en concert. Elle révèle tout le potentiel du musicien : son excentricité, son talent de raconteur et son aptitude mélodique. C’est la preuve que peu importe ses arrangements, une bonne chanson restera une bonne chanson. Rien à renier ici.
Menteur 1 - Leloup 0

2- Bar danse

Bar danse fait partie, à mon sens, des perles cachées de Menteur. Avec son rythme lancinant, la pièce a quelque chose d’hypnotique et demeure malgré tout en phase avec la transe qui peut habiter ces Vietnamiens qui dansaient tard le soir à la fin des années 80. Quasi tous les instruments proviennent des machines, mais ça cadre avec l’époque décrite. Et avouons que le refrain reste en tête.
Menteur 2 - Leloup 0

3- Les mendiants de bars

Ouf, ici, les machines font mal. Dès les premières mesures, les cuivres en boîte et le son de piano cheap agressent les oreilles. Alors que le texte aborde une certaine forme de révolte des exclus de la société, l’ambiance contraste avec une production beaucoup trop sage et sans véritable âme. Même sur le plan de la composition, Les mendiants de bars manque d’éclat. « Chou hibou genou pou hou hou yeah yeah coucou » n’est pas la meilleure ligne de Jean.
Menteur 2 - Leloup 1

4- Débuts des temps

Il s’agit d’une autre chanson plus ordinaire sur laquelle Leloup philosophe sur la création du monde, parfois avec intelligence (ce poisson-bulle qui devra apprendre à ramper, à marcher et à respirer), mais parfois de manière plus anecdotique (que veut dire le mot « tchibliblix »?). La production musicale n’aide en rien la composition qui, à défaut de s’imposer, annonce tout de même un thème présent sur Le dôme : le rôle de Dieu dans la création du monde (est à pleurer).
Menteur 2 - Leloup 2

5- Cow boy

Cow boy aurait eu sa place sur L’amour est sans pitié. Malgré les machines, la chanson conserve un côté rock, presque punk, qui a été mis de l’avant sur le deuxième album de Leloup. Appel à la liberté et critique du système capitaliste, la composition à la dégaine de rebelle avait tout pour s'incruster dans le répertoire de Leloup. Les musiciens de La Sale Affaire auraient pu lui donner le mordant nécessaire. Dommage qu’on ait laissé tomber cette autre perle sous-estimée.
Menteur 3 - Leloup 2

6- Alger

La chanson a fait connaître Jean Leloup à toute une frange de son public. On y découvre le créateur-voyageur, le premier jalon de tous ces périples qui inspireront Leloup. La mélodie est irrésistible et les frissons nous envahissent vers la fin, lorsque la voix de Jean casse sous le poids de l’émotion liée à la perte de son premier amour en face de la Casbah, des enfants, des macs, des fathma, des olives et des oliviers, et de la mer Méditerranée.
Menteur 4 - Leloup 2

7- Miss Mary Popper

Le clavier agressant et épileptique de Miss Mary Popper est, disons-le, une catastrophe. Même chose pour son refrain anglophone des plus prévisibles. Si l’idée de personnifier les pilules prises par les fêtards, les adolescents, les motards et les gens de la haute société demeure une bonne idée, le résultat déçoit.
Menteur 4 - Leloup 3

8- Je sors avec une fille qui a

C’est une autre chanson oubliable à propos d’une peine d’amour plutôt confuse. Jean aurait fréquenté une créature mi-femme mi-oiseau qui s’est envolée par la fenêtre. Le couplet « Et même mon ami, mon meilleur copain, il m’a dit ben… à demain » est à l’image de la chanson : sans grande pertinence. Et le passage blues sans chaleur qui ferme la marche achève ceux qui se sont rendus au bout de celle-ci.
Menteur 4 - Leloup 4

9- Printemps été

C’est un classique, une chanson parfaite, irrévérencieuse, rythmée et accrocheuse. Seule composition du disque qui échappe aux machines, elle incarne la direction musicale que Jean Leloup aurait souhaitée, celle qu’il prendra sur L’amour est sans pitié. Il s’agit de la seule pièce de Menteur dont les arrangements sont signés par le guitariste Michel Dagenais. Pas étonnant qu’il deviendra un pilier sur l’album suivant.
Menteur 5 - Leloup 4

10- Sorcières

Sorcières appartient au mauvais côté de l’histoire. Sur une piste musicale aux accents nouvel âge 100 % synthétiseurs, Leloup scande plus qu’il ne chante. Rien ne va sur cette chanson à des lieux de la personnalité de l’artiste. Juste après Printemps été, on appelle ça une méchante débarque.
Menteur 5 - Leloup 5

Match nul : cinq points pour Menteur et cinq pour Leloup, qui a renié le disque. On peut comprendre son désaveu, mais sans la trop grande présence des machines et les compromis pop de Menteur, le chanteur aurait-il autant eu le couteau entre les dents au moment de produire L’amour est sans pitié? Aurait-il eu la même fougue et la même envie de nous en mettre plein la gueule? Si on est la somme de tous nos gestes, Menteur avait bel et bien sa raison d’être. N’est-ce pas, Jean?

(photo : Guillaume D. Cyr)

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