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Sidney Bechet et Paris : l’amour entre une ville, le jazz et un musicien

Par
François Lemay

Durant la première partie du 20e siècle, Paris est au centre du monde. Particulièrement pendant les années 20, surnommées à raison les Années folles, la Ville lumière célèbre tout ce qu’il y a à fêter : la Grande Guerre est terminée, c’est la prospérité économique et les artistes du monde entier s’y donnent rendez-vous pour refaire le monde.

Ce n’est pas pour rien que plusieurs musiciens jazz sont attirés par la capitale française. Il n’y a pas de ségrégation à Paris et les Parisiens eux-mêmes sont fascinés par cette musique encore nouvelle et résolument moderne, qui vient d’Amérique et qui représente le futur.

(Le premier album sur lequel on peut entendre Sidney Bechet, qui joue avec l’orchestre de Clarence Williams, les Blue Five – 1923)

Un drôle de premier séjour sur le Vieux Continent

C’est dans ce contexte que débarque un clarinettiste d’exception, Sidney Bechet. Né à La Nouvelle-Orléans le 14 mai 1897 et d’origine créole, le musicien a 28 ans lorsqu’il pose les pieds en France pour la première fois, en septembre 1925. Après une tournée européenne qui s’étale sur plusieurs mois et qui l’amène jusqu’en Russie en 1926, Bechet passe 11 mois en prison pour avoir tiré, accidentellement, sur une femme à la suite d’une altercation à la sortie d’un club de Montmartre.

Après avoir purgé sa peine, Bechet retourne à New York juste après le krach boursier de 1929. C’est le début de la Grande Dépression.

Le retour en France

À part une tournée européenne au début des années 30, Bechet passe son temps aux États-Unis avant de retourner jouer en France en 1949, alors qu’il est invité au Festival de jazz de Paris.

(On peut entendre et voir Bechet dans cet extrait de film allemand tourné en 1930.)

Le clarinettiste est fatigué de la vie de tournée et de la précarité financière, et l’accueil immense qu’il reçoit au festival parisien le convainc de s’installer pour de bon en France, ce qu’il fait en 1950. Pourquoi galérer dans son pays d’origine alors que l’on peut être traité à sa juste valeur dans un pays qui adore sa musique et qui ne fait pas grand cas de ses origines ethniques?

Il signe, en 1953, un contrat de disque avec les Disques Vogues, une entente qui dure jusqu’à la fin de la vie du clarinettiste. C’est à cette époque qu’il grave ses pièces les plus significatives, dont la fameuse Petite fleur.

Surnommé « Dieu » par les intellectuels existentialistes français du Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre, Bechet a une influence immense sur le développement du jazz français. Il collabore, entre autres, avec un clarinettiste influent d’origine française, Claude Luter, avec qui il enregistre une autre de ses pièces signatures, Les oignons.

Affaibli par un cancer, Bechet continue de jouer jusqu’à la fin de sa vie, ayant même planifié une tournée américaine en 1959. Malheureusement, il meurt avant, le jour de son anniversaire, le 14 mai 1959, il y a de cela 60 ans.

(Sidney Bechet, Louis Armstrong et Django Reinhardt dans La route du bonheur, 1952)