Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

La musique rend-elle le sexe vraiment meilleur? Analyse d’une « étude » sur le sujet

Par
François Lemay

Vous allez probablement, au cours des prochains jours, entendre souvent parler de cette nouvelle « étude » qui démontre, par exemple, que les rapports sexuels sont meilleurs avec de la bonne musique. Ou encore qu’une personne qui partage nos goûts musicaux nous paraît plus séduisante.

De plus, on nous apprend que la musique réduit le stress, qu’elle augmente l’endurance lors des séances d’entraînement et qu’elle aide les humains à tisser des liens. Des évidences scientifiques que nous connaissions depuis longtemps, puisque tous ces champs font, depuis nombre d’années, l’objet d’études scientifiques sérieuses qui arrivent, grosso modo, aux mêmes conclusions.

Ce qui dérange ici, ce ne sont pas ces conclusions consensuelles et prévisibles sur notre rapport à la musique, c’est plutôt le fait que cela soit présenté comme une étude sérieuse qui s’avère, en fin de compte, un immense sondage qui sert de coup d’éclat marketing pour une compagnie de haut-parleurs.

Un titre pas très honnête

D’abord, l’intitulé est douteux : The Science of Listening: How Brilliant Sound Makes For Better Living (La démarche scientifique derrière l’écoute : comment un son extraordinaire rend la vie meilleure). L’idée derrière ce titre est de donner l’impression qu’il s’agît d’une démarche sérieuse contrainte aux règles imposées aux recherches scientifiques. Si la science le dit, c’est que cela doit être vrai!

De plus, il y a, dans le titre original en anglais, l’utilisation des mots « brilliant  » et « sound  », ce qui peut être interprété de deux manières : « un son éclatant » ou « un son génial ». Il est clair que l’intention derrière ce titre est de sous-entendre que, la science le dit, la musique rend votre vie meilleure, et c’est encore mieux lorsque la qualité sonore est géniale!

Autrement dit : la musique est bonne pour vous, aussi bien l’écouter dans les meilleures conditions possibles.

Un sondage n’est pas une étude scientifique

Une étude scientifique, quoique les détracteurs de la science puissent en penser, est soumise à des règles rigoureuses. Premièrement, il est important de connaître les objectifs de cette étude, sa méthodologie et les conclusions. Parce qu’il faut que les résultats soient reproductibles à l’identique dans les mêmes conditions, il faut être en mesure de reproduire ces dernières. Combien de gens ont participé à l’étude? Quels en sont les objectifs? Quels sont le sexe et l’âge des participants? Quelles sont les questions qui ont été posées? Dans quel ordre? Dans quel environnement?

Et ça, ce n’est qu’une partie de ce que nous devons savoir. Oui, c’est compliqué, et c’est la clé de la crédibilité scientifique. Et c’est pourquoi certains résultats sont facilement attaquables si cette méthodologie n’est pas respectée. Et c’est correct comme ça, sinon, sait-on jamais, une mauvaise étude, mal menée, et dont les résultats sont teintés par un objectif pécuniaire pourrait, je dis ça de même, amoindrir la confiance qu’a une certaine couche de la population pour la vaccination, par exemple.

Pour le cas qui nous préoccupe ici, tout ce que nous savons est qu’une série de questions a été posée, en ligne, à 12 000 participants répartis à travers le monde. C’est tout. Nous ne connaissons pas ces questions ni la répartition géographique de ces répondants. Même chose pour le sexe, l’âge ou le niveau de revenu, qui sont pourtant des éléments biologiques et sociologiques qui pourraient influer sur les résultats.

Et, encore pire, dans l’introduction de l’article dans lequel est présenté ce sondage, Daniel Müllensiefen, un professeur de psychologie musicale à l’Université de Londres, est cité à plusieurs reprises, alors qu’il explique, par exemple, que plusieurs études démontrent que la musique a des fonctions importantes dans nos vies. Oui, Daniel Müllensiefen existe, et il occupe bel et bien la fonction mentionnée à l’Université de Londres, mais en aucun cas il n’est fait mention de sa participation, ou non, à cette recherche. En fait, peut-être lui a-t-on demandé de commenter les résultats de ce sondage. Ou, pire encore, peut-être a-t-on utilisé des citations prises dans un autre contexte. Nous ne le saurons jamais, parce que ce n’est expliqué nulle part.

Mais, une chose est certaine, cela donne une aura de crédibilité par association à ce sondage. Nous survolons rapidement l’introduction, nous voyons les citations et nous nous disons que cela doit être sérieux, il y a même un professeur universitaire de mentionné!

Évidemment, rien n’est vraiment faux ici. Seulement le contexte de présentation, qui fait passer un immense sondage pour une étude scientifique sérieuse dans le but de vendre des haut-parleurs.

En cette ère de fausses nouvelles et de doute populaire envers la science, ce n’était pas nécessaire.