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Notes de voyage : l'Indonésie, d'une beauté extrême

Par
Stéphan Bureau

Bienvenue en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde et le quatrième plus populeux, aussi! Un territoire qui pourrait ressembler à un tableau pointilliste avec ses 18 000 îles.

Écoutez Notes de voyage sur l'Indonésie
Écoutez Notes de voyage sur l'Indonésie

Diffusion : 5 mai 2019

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Comme plusieurs pays que j’ai beaucoup aimés, l’Indonésie est animée par des forces et des pulsions parfois contradictoires. La beauté extrême du pays et son apparente volupté toute calme cohabitent avec une sourde violence qui semble menacer continuellement.

Pour connaître le titre d'une œuvre entendue à l'émission, consultez la page Musiques diffusées du site d’ICI Musique.

La géologie de l’Indonésie est la parfaite métaphore d’une tension tellurique qui nourrit aussi l’histoire du pays. Les nombreux volcans et leurs irruptions redoutables, les

tremblements de terre, les inondations et les raz de marée sont les manifestations palpables des forces profondes qui agitent le subconscient du pays.

Djakarta, la tentaculaire et très polluée capitale.

Ceux qui entretiennent une nostalgie toute romantique de l’Asie coloniale nourrie, peut-être, par de vieilles photos jaunies de Batavia avant qu’elle devienne Djakarta seront amèrement déçus. La mégapole que j’ai découverte en 1997 donnait déjà le tournis.

J’adore les grandes villes, je n’y perds jamais pied, et je suis toujours partant pour explorer, mais Djakarta ne m’a jamais procuré de vrais moments de bonheur. Et ce, malgré mes meilleurs efforts!

Construite sur de vastes marais, la capitale indonésienne s’enfonce un peu comme Venise. Combinée à la pollution, la chaleur étouffante, rend les excursions souvent désagréables. Le gigantisme qui frappe la ville donne souvent aux avenues des allures d’autoroutes infranchissables.

Bali, l’île convoitée

Si vous choisissez de ne pas vous arrêter à Djakarta, votre point d’entrée en Indonésie risque fort d’être l’aéroport international de Denpasar, à Bali, une destination vedette pour les grandes compagnies aériennes.

Chose certaine, aucun vol direct n’existe à partir de l’Amérique du Nord. De chez nous, il faut donc compter généralement deux escales.

La petite île de rêve fascine les voyageurs depuis qu’elle s’est imposée comme destination alternative pour « baba cool uber-branchés » à la fin des années 60. Les Rolling Stones et plusieurs mégavedettes ont ensuite donné une patine sophistiquée à ce paradis parfaitement atypique du reste de l’Indonésie.

Il ne reste rien de l’époque rétro- cool. Bali est aujourd’hui débordée par son succès. Elle garde, malgré tout, un cachet, une ambiance, parfaitement sensuelle et exotique. Cette île de beauté unique sera notre plat de résistance pour la semaine prochaine à l’émission.

Java

Première destination : Java, le centre de gravité de l’archipel indonésien. Elle s’étire d’est en ouest sur une distance de près de 1000 km et elle est, de loin, la portion la plus occidentalisée du pays.

Même si elle est très malmenée par le développement (souvent assez sauvage), la forêt tropicale occupe encore près de 30 % de la surface de l’île. C’est aussi une terre de volcans très actifs, assez pour avoir des répercussions fréquentes sur le trafic aérien.

C’est justement à l’ombre du majestueux et inquiétant Merapi que nous allons nous poser. Son cône, souvent incandescent, culmine à près de 3000 m d’altitude et projette ponctuellement des quantités importantes de cendre et de débris sur toute la région.

Lors de mon dernier voyage, en 2012, les sites de Prambanan et de Borobudur étaient rouverts depuis quelques jours à peine, à la suite d’une opération de balayage et de nettoyage intense qui avait duré plus d’une semaine.

Quand la cendre tombe du ciel, c’est un peu comme la neige chez nous. Imaginez 10 ou 15 cm de cendre qui recouvrent tout le paysage.

Yogyakarta

Yogyakarta est la deuxième ville la plus populeuse de Java, derrière la monstrueuse capitale. Rien, cependant, de comparable entre les deux villes. Yogya est véritablement enchanteresse.

C’est le centre culturel de Java, et c’est là que sont probablement le mieux conservées les riches traditions javanaises. La ville est aussi le foyer le plus authentique de la langue javanaise, à ne pas confondre avec l’indonésien moderne –- le malais-, qui a été plus ou moins imposé après l’indépendance comme lingua franca.

Yogyakarta est souvent perçue comme une simple porte d’entrée pour les deux grands sites de Borobudur et de Prambanan, qui attirent des millions de touristes et se trouvent à proximité de la ville.

Elle est pourtant charmante et a vraiment un esprit routard que j’apprécie. Je suggère, sans l’ombre d’une hésitation, de consacrer quelques jours à cette belle ville, surtout si vous en faites votre point de départ pour explorer le pays. C’est la ville parfaite pour s’accoutumer progressivement à la vie locale.

Yogyakarta se situe vraiment à la frontière entre l’ancien et le nouveau, entre la tradition javanaise et la modernité la plus débridée. Les cafés Iinternet et magasins de gadgets électroniques cohabitent avec les warungs, ces petits comptoirs où l’on peut déguster la cuisine locale.

L’architecture est bigarrée, mais garde une saveur encore assez authentique, particulièrement dans les quartiers d’habitation – où je recommande d’ailleurs de louer une maison. Il y a une foule d’hôtels à prix très raisonnables, mais la vie dans une maison plus traditionnelle me semble une meilleure expérience.

Malioboro, principale artère commerciale de la ville, est l’incarnation parfaite de la vie grouillante et moderne. Ici, la seule des traditions est celle du consumérisme. On mange, on boit et on dépense 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Certains y voient un espace vulgaire; j’aime, au contraire, l’énergie qui se dégage de cette artère commerciale pulsant sur un peu plus d’un kilomètre. C’est aussi le meilleur rapport calories/roupies que vous trouverez en ville.

Le Kraton

Le Kraton est un vaste complexe où la tradition est encore très perceptible. Près de 20 000 personnes vivent derrière les murs du Kraton, une version javanaise de ce que pouvait être la fameuse cité interdite de Beijing.

Le palais du sultan de Yogyakarta est toujours le cœur vivant de cette ville murée... mais dont les portes sont ouvertes aux visiteurs. C’est aussi l’un des meilleurs endroits pour aller entendre de la musique traditionnelle ou pour voir un spectacle de wayang, des marionnettes plates dont les ombres sont projetées sur un bout de tissu.

Prambanan et Borobodur

À 17 km au nord-est de la ville, Prambanan est l’un des plus importants sites hindous du monde. L’Indonésie est le plus populeux des pays musulmans, mais son territoire, depuis longtemps, a été fertilisé par différents courants spirituels et religieux.

C’est ici que se trouve le plus imposant ensemble shivaïte du pays. On parle ici du Dieu Shiva! Les trois structures centrales qui dominent l’horizon sont les pièces de résistance d’un site absolument époustouflant.

Comme souvent en de pareilles circonstances, les mots sont incapables de décrire ce qui relève essentiellement d’une expérience ressentie. Même les photos n’arrivent pas à donner une juste idée de ce que l’on peut découvrir en arrivant dans de tels lieux.

Comme à Angkor, au Cambodge ou à Borobudur, ces sites nous transforment un peu… au moins le temps de la visite. Je ne saurais trop recommander de vous préparer et de lire avant d’arriver sur place pour vous initier avec la mythologie hindoue afin, ainsi, de mieux apprécier ce que vous allez voir.

Les bas-reliefs qui reprennent les grandes scènes du cycle du Ramayana – une des deux grandes épopées mythologiques de langue sanskrite – sont gigantesques de beauté! L’entrée du site coûte à peine quelques dollars et nécessite au moins deux ou trois bonnes heures.

Borobudur

Borobud est l’autre étape importante sur la route des voyageurs qui vont à Java.

Le site est tellement populaire que l’intégrité de son imposant monument est aujourd’hui menacée par les foules. Le joyau, classé au Patrimoine mondial de l’humanité et restauré pendant de longues années avec l’aide de l’UNESCO, est aujourd’hui victime de son succès.

Si Prambanan témoigne de la forte présence de l’hindouisme dans l’histoire de l’Indonésie, Borobudur est un complément parfait qui laisse voir l’influence du bouddhisme sur la culture locale.

Le monument est la plus importante structure bouddhique jamais construite. Un édifice d’une symétrie parfaite, qui s’élève sur trois niveaux et qui a demandé l’agencement de 1,6 million de blocs de pierre volcanique.

L’allure massive du temple est ponctuée de 72 stupas, des petites niches qui pourraient ressembler à de vieilles cloches de recréation (pour ceux qui ont connu cette époque), et qui abritent autant de statues du bouddha. Plusieurs ont malheureusement été décapitées par des voleurs.

Il est partout recommandé de se pointer à l’aube et de faire l’ascension du temple quand il fait encore noir pour assister, au sommet, au lever du soleil. Je logeais juste à côté de Borobudur et n’ai pas résisté à cette figure imposée. Je ne l’ai pas regretté non plus.

La lumière à la barre du jour avec, à l’horizon, la découpe accidentée des volcans fumants est un pur bonheur. La découverte des détails du temple dans l’air doux et humide du petit matin est idéale.

La sieste que vous ferez en rentrant à l’hôtel, quelques heures plus tard, sera délicieuse et vous fera oublier l’inconfort ressenti au début de l’ascension du temple, vers 4 h 30!

L'Australie, Paris, le Japon... Pour trouver toutes les destinations des Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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