Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

Pierre Lapointe 15 ans plus tard : de dandy à génie créatif

Par
Olivier Robillard Laveaux

Quinze ans après la parution de son premier album, Pierre Lapointe est devenu l’artiste le plus prolifique et audacieux du paysage musical québécois des années 2000. Lancé le 4 mai 2004, l’album homonyme de Pierre Lapointe lui a donné des ailes.

« Dites-moi que vous m’aimez, que je suis le plus beau et le meilleur. Autrement, je vous crache au visage et je quitte cette scène. » Des mots comme ça, j'en ai entendu qu’une seule fois en 17 ans de journalisme musical. C’était de la bouche d’un certain Pierre Lapointe, au Lion d’Or de Montréal, en 2003. Et le pire, c’est que la foule a obtempéré, non sans un sourire en coin, comprenant l’humour du jeune prodige de la chanson qui se produisait devant elle.

Pieds nus, costard noir, air austère, Pierre Lapointe venait d’ajouter deux autres centaines de fans à un groupe de plus en plus nombreux depuis sa victoire au Festival international de la chanson de Granby en 2001. Jamais nous n’avions vu un tel narcissisme de la part d’un chanteur sur scène. Ses airs de dandy lui donnaient un côté dadaïste qui sortait de l’ordinaire. Sur le lutrin du piano, à la place des partitions, Lapointe avait mis un miroir pour admirer sa belle gueule de fendant pendant tout le concert.

« C’était pour moi une façon d’éviter la critique. Avec mon air hautain, je pouvais conquérir l’auditeur sans même avoir joué une note », m’avait-il dit quelques mois plus tard en entrevue pour le journal Voir.

Pour que le public accepte ainsi de jouer le jeu, il fallait que les chansons soient bonnes, très bonnes. Interprétées en formule solo piano, Pointant le nord et Debout sur ma tête étaient déjà des moments forts de ses concerts. On se demandait maintenant comment ces chansons allaient vivre sur son premier album officiel, sorties de leur contexte scénique.

La réponse est venue le 4 mai 2004. Réalisé par Jean Massicotte, qui venait de travailler sur l’album The Living Road, de Lhasa, Pierre Lapointe est venu dissiper tous les doutes. Le chanteur n’aurait plus besoin de son personnage pédant. Dans les quelques mois qui ont suivi, 50 000 exemplaires de l’album ont trouvé preneur (128 000 au total). Pierre a obtenu 13 nominations au Gala de l’ADISQ de 2005. Il y a remporté quatre Félix, dont ceux de la révélation de l’année et de l’album de l’année - populaire. Lors de ses remerciements, il a profité de sa tribune pour attaquer le manque d’audace des radios commerciales et faire l’éloge de Malajube : « Merde, réveillez-vous! »

Si le chanteur manquait de confiance au départ, le succès de son premier album lui a donné des ailes et une crédibilité béton qui lui a servi de levier. Il a vite convaincu les FrancoFolies de Montréal de présenter son concert Pépiphonique, une relecture de son répertoire passant par l’électro et offrant au passage un clin d’œil à Jean-Baptiste Lully, le compositeur préféré de Louis XIV. Des supplémentaires ont été ajoutées. Les critiques ont été dithyrambiques. Ça a été le premier d’une longue série de concerts-événements ambitieux en collaboration avec les Francos.

Quinze ans plus tard, Pierre Lapointe a multiplié les croisements entre la musique et les autres formes d’art. Il a collaboré avec les artistes visuels David Altmejd et Dominique Pétrin, l’architecte Jean Verville, le metteur en scène Claude Poissant, le chorégraphe Frédérick Gravel, la comédienne Sophie Cadieux et bien plus. Il est devenu l’un des meilleurs ambassadeurs de l’art au Québec, capable de toucher à la fois le grand public de La voix et celui plus niché du Mile-End.

Aurions-nous pu le deviner lors de ce concert au Lion d’Or en 2003 ou avec ce premier disque? Pas vraiment, mais on pouvait déjà déceler qu’il était brillant, visionnaire et cultivé, une base nécessaire à tout grand créateur.