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Notes de voyage : Florence, le paradis des amoureux d’art et d’histoire

Par
Stéphan Bureau

Nous partons une fois encore aujourd’hui pour l’Italie… Pourquoi, après tout, bouder notre plaisir? Cette fois-ci, nous mettons le cap sur une petite ville, mais qui pèse lourd dans l’histoire mondiale de l’art, qui pèse lourd aussi dans l’histoire de son pays, une ville dont la taille est inversement proportionnelle à la place qu’elle occupe dans le cœur des touristes du monde, Florence.

Florence, comme Venise probablement, doit être sur la liste des 10 destinations rêvées de la grande majorité des voyageurs. C’est un aimant à touristes.

J’ai longtemps résisté, soucieux de cultiver mon originalité et mon profil de voyageur alternatif. Je le dis avec toute l’ironie qui sied à tant de stupidité juvénile. À force d’éviter le cliché, on finit par en devenir un. Pire, on risque surtout de passer à côté de belles choses. Ce n’est pas un hasard si la capitale de la Toscane attire et fascine tant les gens.

Écoutez Notes de voyage sur Florence
Écoutez Notes de voyage sur Florence

Diffusion : 21 avril 2019

Audio

Pour connaître le titre d'une œuvre entendue à l'émission, consultez la page Musiques diffusées du site d’ICI Musique.

On dit que 25 % des œuvres qui constituent le patrimoine culturel italien logent à Florence.
Une abondance qui serait à l’origine de ce syndrome de Stendhal, une espèce de commotion esthétique qui plonge les visiteurs dans un état de vertige anxieux. Je suis certain d’avoir vécu ce choc lors de ma première visite.

J’avais aimé la ville, mais je garde le souvenir de nuits troublées par des rêves intenses et des moments d’anxiété inexplicables qui ont entamé une partie de mon bonheur. C’est lors de mes visites suivantes que j’ai véritablement goûté tous les plaisirs de cette ville envoûtante.

Hannibal et le parfum

Curieusement, c’est Ridley Scott, avec Hannibal, chapitre glacial des aventures du bon Dr Lecter, qui m’a donné envie de retourner à Florence pour jouir pleinement de toute sa beauté. Quel monstre se tapit en moi pour avoir été sensible aux voluptés de la Toscane décrites avec la gourmandise sadique du personnage qu’incarne si bien Anthony Hopkins? Il faut dire que Ridley Scott donne à la ville une sensualité inquiétante qui est aussi irrésistible. Les déplacements du monstre dans les rues sont autant de prétextes à ce que la caméra caresse les vieilles pierres de la ville. C’est d’ailleurs l’amour du beau qui va perdre Hannibal.

Cette odeur unique qui met les enquêteurs du FBI sur la piste de Lecter est celle d’un parfum de l’Officine pharmaceutique de Santa Maria Novella, apothicaire et parfumeur à Florence depuis le 13e siècle. Les moines dominicains cultivaient au départ des plantes médicinales pour lutter contre les grandes épidémies.

Un savoir-faire qui a évolué vers la parfumerie et qui a mis les dominicains, c’est le cas de le dire, en odeur de sainteté auprès des Medici et autres têtes couronnées. Une tradition qui a failli s’éteindre à la fin des années 80 alors que la profumeria ne semblait plus intéresser personne. L’affaire a été, depuis, très bien relancée, – le monstre Hannibal est-il en partie responsable du succès? –, les parfums Santa Maria Novella se vendent aujourd’hui dans quelques chics magasins du monde entier.

Aucun ne peut se dérober au plaisir d’aller passer du temps dans la boutique historique de Florence, qui abrite aussi un très joli petit musée. Je confesse avoir passé trop de temps dans cet atelier laboratoire lambrissé où les bouquets d’odeurs peuvent longtemps titiller les narines.

Florence et son vaste patrimoine culturel

La densité culturelle de Florence n’est absolument pas proportionnelle à sa taille. La petite capitale provinciale offre davantage à faire et à voir que quelques-unes des plus grandes métropoles du monde.

Florence regorge de musées exceptionnels. Le palais Pitti et celui des Offices demandent à eux seuls une pleine journée chacun pour en bien faire le tour. Je pense que l’idéal, quand on veut s’attaquer à de pareils monstres, est de le faire en deux temps. Des plages de deux ou trois heures, ponctuées d’une pause pour aller prendre l’air, sont la meilleure manière d’éviter l’indigestion.

Si nous étions entrés ensemble au palais des Offices, j’aurais probablement insisté pour que nous prenions le temps de nous arrêter plus longtemps devant un de mes tableaux préférés; la bataille de San Romano, de Paolo Uccello.

Je devrais parler d’une série de tableaux, puisque deux autres chapitres de la bataille, peints par Uccello, sont accrochés au Louvre et au British Museum à Londres.

Celui qu’on admire à Florence est mon préféré. Uccello, si vous prenez le temps de bien regarder, propose une construction géométrique, quasi abstraite, de la scène de bataille. Le tableau n’est qu’apparemment figuratif… un intrus moderne déguisé en chef-d’œuvre de la Renaissance florentine!

L’autre grande affaire, selon moi, aux Offices, c’est Artemisia Gentileschi et son terrifiant Judith et Holofernes. La légende veut que le visage de celui dont Judith tranche la tête dans le tableau soit celui du peintre qui a violé Gentileschi pendant qu’elle travaillait dans son atelier. Une forme de #MoiAussi, quatre siècles avant son temps. Ce qui n’est pas une légende, c’est que la jeune peintre a dénoncé son agresseur, témoigné contre lui et gagné son procès pour viol, à Rome, en 1612!

Artemisia Gentileschi est devenue un symbole féministe dans l’histoire de la peinture qui se décline beaucoup au masculin. Le portrait biographique de Gentileschi ne doit cependant pas faire d’ombre à son génie créatif. C’est une immense artiste.

Les églises

Comme en visite dans la Sérénissime Venise, il faut, pour apprécier Florence, prendre le temps d’aller respirer l’air de ses grandes églises qui sont autant de marqueurs fondamentaux de son histoire.

De la sienne, mais aussi de la nôtre, puisque la Renaissance change le cours des choses partout en Occident, même si, par moments, cet héritage me semble malmené sur l’autel, contemporain, du relativisme culturel. Je laisse aux guides spécialisés le soin de vous aiguiller en détail sur toutes les étapes possibles de votre exploration.

San Marco

Au sommet, je place la visite de l’église San Marco, et surtout de son cloître, qui est à la Renaissance ce qu’est Lascaux à la préhistoire! Le couvent et ses cellules ont été l’espace créatif privilégié de Fra Giovanni, mieux connu dans l’histoire de l’art sous le nom de Fra Angelico.

Vous avez déjà vu, certainement, sa célèbre Annonciation, une des premières images fortes que l’on découvre lors de la visite du couvent. Ce que l’on trouve moins souvent reproduit dans les livres, ce sont toutes les fresques qu’il a spécialement peintes dans les cellules des moines dominicains qui ne devaient pas soupçonner la valeur de la déco! La dérision du Christ, que vous pouvez découvrir dans la cellule numéro 7, est de loin la fresque que je préfère. On voit le Christ, les yeux bandés, vulnérable, tourmenté par ses bourreaux. L’image est à la lisière du surréalisme; des mains, suspendues et rattachées à aucun corps, un visage de profil, tourmentent le Christ parfaitement paisible.

Fra Angelico refusait apparemment de retoucher ses œuvres et aimait dire qu’il se mettait ainsi au service d’une inspiration divine. Dieu avait peut-être des desseins surréalistes avant d’avoir encore songé à son 20e siècle? Le musée San Marco est très fréquenté, on peut donc attendre en file assez longtemps pour acheter son billet d’entrée, mais il est aussi possible de réserver en ligne.

Santa Croce

L’autre étape que je recommande d’intégrer à votre parcours est probablement l’église Santa Croce. Un site qui a inventé le concept du Walk of Fame (l’allée des célébrités) longtemps avant que les Américains ne fassent fructifier le concept sur les trottoirs de Hollywood. Santa Croce est le lieu de repos éternel, mais pas toujours parfaitement avéré, de plusieurs grands personnages de l’histoire italienne. Galilée, Michel-Ange, Machiavel et plusieurs autres forment une espèce de panthéon à l’italienne.

L’église est aussi un véritable musée. J’ai été époustouflé par l’ambition du projet d’Agnelo Gaddi, qui raconte l’histoire de la Sainte Croix en plusieurs tableaux qui sont comme de la proto-bande dessinée. C’était beaucoup la vocation des églises que de faire l’éducation religieuse des masses illettrées avec la peinture. Je n’oserais pas dire qu’à toute chose malheur est bon, mais il est vrai que l’absence d’éducation, à une certaine époque, a aussi été un puissant moteur de création artistique! Les églises en sont le témoignage éloquent. Comme à San Marco, la file pour entrer peut être assez longue. Un billet coûte 8 euros, mais peut se réserver en ligne, ce que je suggère fortement de faire.

Duomo, de Brunellschi

Mais, me direz-vous, nous ne sommes même pas montés dans le majestueux dôme, le duomo de Filippo Brunelleschi, premier ingénieur moderne et architecte de ce qui est aujourd’hui le symbole par excellence de Florence? Vrai. Et c’est exactement ce qui m’est arrivé lors de mes deux premiers voyages. Chaque fois, j’ai quitté la ville sans avoir eu le temps de visiter l’attraction numéro 1. Chaque fois, je me suis dit que c’était le meilleur prétexte pour revenir rapidement. Pensez-y, c’est un vrai bon truc…

Écoutez en direct l'émission Notes de voyage tous les dimanches de 10 h à 12 h sur les ondes d'ICI Musique, ou en rattrapage en cliquant juste ici.

Où manger?

Il n’est pas interdit de nourrir autre chose que son amour de la beauté à Florence. On y mange divinement bien. Je vais laisser davantage de références sur le site et ne retiens ici que quelques classiques de mes aventures florentines qui gardent le cap.

Mon adresse favorite est un petit troquet familial qui offrait le lunch pour moins de 10 euros, dessert et verre de vin inclus, jusqu’à récemment. Une amie qui est passée par le Il Desco me dit que les prix sont un peu moins familiaux, mais que la table est toujours impeccable. J’ai dû manger tous mes repas chez eux lors d’un voyage sans jamais regretter mon manque d’imagination. Le Il Desco est au cœur de tout, Via Cavour, no 27.

Cibreo est devenu, avec le temps, une étape obligée pour les passionnés de cuisine foodies un peu chichiteux qui veulent se faire la totale. C’est aussi une histoire à succès qui se décline maintenant en différentes propositions qui ont toute leur identité propre. J’ai dîné trois ou quatre fois à leur grande table et garde des souvenirs vraiment éblouis de leur savoir-faire. La carte est toujours le reflet de l’humeur du chef et ne compte jamais plus que quelques plats. Il faut accepter la convention, sinon, le jeu n’en vaut pas la chandelle… et je vous assure que le prix de la chandelle est corsé. C’est formidable, mais seulement si on a les moyens de dépenser sans gâcher le reste du voyage avec des remords.

Le Latini, homonyme lointain de ce qui a longtemps été une adresse célèbre à Montréal, est l’endroit que je recommanderais pour les amateurs de viande qui rêvent à leur steak à la florentine. Les tables communales ne sont pas un obstacle aux prix, qui n’ont rien de communautaire, mais, franchement, ils savent ce qu’ils font.

D'autres adresses pour manger ?

- Eataly Firenze (Via de Martelli, 22r)

- Cibreo Caffè (Via Andrea del Verrocchio, 5R)

- Cibrèo Trattoria (Via Dei Macci, 122r)

- Cantinetta Antinori (Piazza degli Antinori, 3r)

L'Australie, Paris, le Japon... Pour trouver toutes les destinations des Notes de voyage, consultez la page de l'émission.

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