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La musique numérique, ça pollue!

Par
François Lemay

« Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme », disait le chimiste français Antoine Laurent de Lavoisier. La consommation musicale numérique n’échappe malheureusement pas à cette loi, comme le démontre une étude portant sur les conséquences environnementales de l’écoute en continu. Et dans ce cas-ci, tout se transforme, du moins en partie, en CO2.

Intitulée The Cost of Music (le coût de la musique) et menée conjointement par l’Université de Glasgow et d’Oslo, cette recherche arrive à deux conclusions : la première étant que la musique coûte de moins en moins cher, et la deuxième, qu’elle est de plus en plus polluante, davantage même qu’à l’époque du disque vinyle ou du compact.

De moins en moins cher

Cette première constatation n’est pas très surprenante. La dématérialisation et la numérisation des supports sur lesquels nous consommons notre musique ont fait en sorte qu’il est maintenant possible d’offrir des albums à coût moindre. Alors qu’il en coûtait, en dollars constants américains, 13,88 $ pour acheter un album sur cylindre de cire en 1907, il en coûte aujourd’hui 11,11 $ pour acheter un album sur une plateforme numérique. Le prix le plus élevé, quant à lui, a été atteint en 1977 alors qu’il fallait débourser 28,55 $ pour se procurer un disque vinyle.

De plus, le pourcentage du salaire hebdomadaire moyen nécessaire à l’achat d’un album est lui aussi en baisse. En 1977, par exemple, il fallait consacrer environ 5 % d’une semaine de paye pour se procurer un disque. Ce pourcentage chute à environ 1 % aujourd’hui. Il faut donc travailler moins longtemps pour sa musique, ce qui n’est pas une mauvaise chose pour le consommateur.

Comment diantre un album numérique peut-il polluer plus qu’un disque compact fait de plastique?

C’est une conclusion qui, à première vue, peut paraître des plus surprenantes en effet. Parce que du vinyle et du plastique, ça pollue en titi quand il faut en disposer! Oui, mais non. Parce que la musique que vous êtes peut-être en train d’écouter en ce moment sur votre application numérique préférée n’arrive pas de nulle part. Cela prend énormément d’énergie pour la stocker sur de puissants serveurs (qu’il faut refroidir, aussi), la transmettre à votre fournisseur Internet (encore des serveurs énergivores), jusqu’à votre appareil qui, lui aussi, consomme de l’énergie.

Par exemple, en 2000 (une des années où il s’est vendu le plus de disques compacts), l’industrie américaine du disque a utilisé 61 millions de kilogrammes de plastique pour produire ceux-ci. Cela équivaut à 157 millions de kilogrammes de gaz à effet de serre (CO2) relâchés dans l’atmosphère.

En 2016, l’énergie nécessaire à la production et à la transmission de musique par les voies numériques a généré entre 200 et 350 millions de kilogrammes de CO2. C’est presque le double, et c’est beaucoup.

Et surtout, cela contribue au grand questionnement qui turlupine une partie de l’industrie numérique : la gestion intelligente de l’énergie et ses répercussions sur l’environnement.

Une cause globale

Si, de prime abord, ces chiffres ne sont pas très encourageants, il faut quand même les contextualiser. Le très crédible magazine scientifique américain American Scientific (le lien est en anglais) rapportait, en décembre dernier, que c’est 37 milliards de tonnes métriques qui ont été relâchées dans l’atmosphère en 2018. Les quelque 300 millions de kilogrammes produits par l’industrie musicale n’en représentent qu’une infime partie et, comme le dit Matt Brennan, un des chercheurs ayant participé à cette étude :

Le but de cette recherche n’est pas d’empêcher les consommateurs de consommer de la musique sur les plateformes numériques. Il est plutôt question de leur rappeler ce comportement n’est pas sans conséquence.

Il faut aussi comprendre que les technologies numériques représentent près de 4 % de la production de gaz à effet de serre, selon The Shift Project, un groupe de réflexion qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone.

L’information numérique que nous consommons, incluant la musique, doit être emmagasinée quelque part. Imaginez d’immenses entrepôts remplis de milliers de serveurs qui consomment de l’électricité à la fois pour leur fonctionnement et pour leur refroidissement. Cette énergie n’est, malheureusement, pas souvent propre. Ce sont ces usines à serveurs qu’il faut repenser en les installant, par exemple, dans des pays qui proposent de l’énergie propre (comme l’hydro-électricité) et qui ont un climat froid.

Le nord du Québec, par exemple.…