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Le retour du country (qui n’était jamais vraiment parti)

Par
François Lemay

Depuis quelques années, nous assistons avec plaisir à un retour progressif de la musique country à l’avant-plan du paysage musical québécois, et ce n’est pas parce que le genre avait perdu de sa vivacité ou de sa pertinence. S’il a toujours été porté par de vieux routiers comme Patrick Norman et tous ces artistes qui sillonnent le Québec, allant de festival en festival, le style était plutôt snobé, jusqu’à tout récemment, par les artistes qui font les unes des médias musicaux et culturels, qui n’avaient pas, de toute façon, vraiment envie de s’y intéresser. Pourquoi maintenant?

À vue de nez et sans mener d’études scientifiques sur le sujet, il semble que l’on entende de plus en plus de country. Chez les jeunes artistes ou certains diffuseurs, la tendance est maintenant de se réclamer d’un genre qu’on avouait aimer du bout des lèvres, derrière les portes closes, il n’y a pas si longtemps. Bien entendu, il y a toujours eu quelques ovnis musicaux, comme les premiers et excellents albums de Mara Tremblay ou de WD-40. Toutefois, comme c’était du country alternatif, c’était bien vu d’en écouter.

Puis, il y a eu un retour au folk avec Vincent Vallières ou Tire le Coyote par exemple, marchant dans les traces d’un inclassable Fred Fortin. La guitare acoustique est redevenue à la mode et le terrain a été préparé pour le retour du country. Ce retour s’est matérialisé en 2011 avec Volume 1, d’Éric Goulet (un des architectes de la scène rock alternatif des années 90 et du début des années 2000). Cet album country est totalement décomplexé, à des lieux d’une certaine approche ironiquement acceptable du genre.

L’ironie n’est pas country

Pour comprendre pourquoi le genre semble prendre un certain envol, il faut peut-être chercher du côté du climat politique actuel. L’ère est à l’ironie, on ne distingue plus le vrai du faux et on en est venu à soupçonner quiconque propose quelque chose de nouveau en se demandant constamment à qui profite le crime. C’est une posture normale, dans les circonstances, mais il est épuisant d’avoir à se méfier de tout ce qu’on lit, regarde ou écoute.

Pour comprendre à quel point la musique country peut servir de mécanisme de défense à cette ambiance franchement morose, il faut fouiller dans ses origines. De prime abord, le country est un genre qui fait figure de racine, de couleur primaire musicale, de laquelle découlent plusieurs genres. Mélangez du country, du swing et du blues, et ça peut commencer à ressembler à un genre de rock’n’roll. Comme c’est aussi un genre qui descend des musiques folkloriques dont les chansons se transmettaient oralement, cela donne une esthétique dont l’essence est la simplicité et l’honnêteté sentimentale.

(La famille Carter fait partie des pionniers du genre)

C’est une musique proche du cœur et qui doit s’apprendre facilement, si l’on veut en maîtriser le répertoire, puisque la majorité des musiciens qui ont contribué à son développement et à son épanouissement, durant les années 1920, n’étaient pas formés académiquement .

(Jimmie Rogers, une des premières grandes vedettes du country)

L’art de l’interprétation

Comme c’est un genre musical simple à apprendre (et non simpliste), il laisse beaucoup d’espace à l’interprétation. Cela explique peut-être pourquoi autant de comédiens (salutations à Gildor Roy, à Sandra Dumaresq, à Sylvie Moreau, et à Catherine-Audrey Lachapelle, entre autres) s’y mettent. Parce qu’au fond, le country, c’est l’art de raconter une histoire simple à laquelle tout le monde peut s’accrocher. Soit on s’ennuie de sa blonde que l’on va rejoindre, soit on a le cœur brisé et faire de la route, à cheval ou en camion, représente la seule vraie façon d’oublier ses peines. On chante aussi sa patrie, son coin de pays, ainsi que ses problèmes de boisson ou d’argent, et la nostalgie d’un temps où les choses semblaient plus simples.