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Quand la musique nous aide à comprendre l'apprentissage

Par
François Lemay

On dira ce qu’on voudra, le cerveau est une machine extrêmement bien conçue et en constante évolution. Par exemple, il a appris, en quelques milliers d’années, à prédire comment une situation pourrait évoluer à partir d’une structure qu’il échafaude en se basant sur quelques faits. De là la satisfaction ressentie lorsque nous nous rendons que nous avions raison. Par contre, nous pouvons aussi ressentir du plaisir lorsque nous nous trompons, si le résultat est différent de ce à quoi nous nous attendions, pourvu que ce résultat ne soit pas totalement négatif. Pourquoi? La réponse à cette énigme réside peut-être dans la compréhension de notre rapport à la musique et à l’apprentissage, selon une nouvelle étude scientifique réalisée à l’Université McGill, à Montréal.

Les erreurs de prédictions sont au cœur de notre processus d’apprentissage. En fait, ce qu’on pourrait appeler de la sagesse, ou de l’expérience, est cette capacité que nous avons de prédire le futur à partir d’éléments dont nous disposons. Par exemple, nous savons que si nous roulons à vélo à contresens sur l’autoroute Métropolitaine, nos chances de survie sont passablement basses. Pas besoin de l’avoir déjà essayé.

C’est, d’ailleurs, cette même aptitude, poussée à l’extrême, que l’on retrouve chez les individus adeptes des théories du complot. Ils prennent quelques éléments disparates et les placent dans une structure mentale qui explique, généralement, pourquoi ils n’ont pas le contrôle qu’ils voudraient avoir sur leur vie. Ils ne réussissent pas à obtenir de promotion, par exemple, parce que les patrons et les collègues ont peur de leur intelligence et complotent afin de les maintenir dans une situation où, selon eux, ils ne sont pas menaçants. C’est une explication beaucoup plus simple, et rassurante, que de faire une auto-évaluation pour se rendre compte qu’ils ne sont peut-être pas si compétents.

D’un autre côté, nous savons aussi que le cerveau aime se tromper. Ce processus d’apprentissage s’appelle l’erreur de prédiction, et il participe à l’évolution individuelle. En ce sens, le cerveau ressent une forme de satisfaction lorsqu’il commet ce genre d’erreur parce qu’il vient d’apprendre quelque chose.

C’est bien beau la psycho, mais la musique dans tout ça?

Si nous parlons de tout ça, maintenant, c’est que des chercheurs de l’Université McGill viennent de publier une recherche qui utilise la musique afin de démontrer que le cerveau utilise non seulement l’erreur de prédiction afin de consolider le processus d’apprentissage, (le lien mène vers un texte écrit en anglais) mais qu’il active, pour ce faire, les zones liées à la récompense.
On savait déjà que le cerveau aime prédire ce qu’il va entendre et qu’il en tire une immense satisfaction. Une grosse partie de la musique pop est basée sur ce phénomène. La chanson commence, et nous avons l’impression que nous « entendons » venir certaines notes, même si c’est la première fois que nous l’écoutons.

Cette vidéo, malheureusement en anglais, explique très bien pourquoi cela se produit.

Aussi, une grande partie de la composition musicale repose sur la création de tension et leur résolution. Si on laisse une phrase musicale en suspens, notre cerveau n’est pas satisfait; il lui manque quelque chose.

Ce que cette étude nous apprend est que le cerveau n’est pas seulement content lorsque nous lui fournissons une résolution de tension, mais aussi lorsque c’est exactement le contraire qui se produit. Si la note, ou l’accord, attendue n’est pas jouée, le cerveau réagit en se disant : ha bien tiens, je viens d’apprendre quelque chose de nouveau.

Pour l’étude, on a demandé aux participants de jouer à un jeu dans lequel ils devaient choisir une couleur et une direction (gauche ou droite). Au bout de ces choix, ils entendaient un accord consonant (agréable) ou dissonant (désagréable). Au cours du déroulement de l’expérience, les sujets ont fini par « apprendre » comment choisir pour entendre un accord consonant. Comme le résultat n’était pas garanti – un choix pouvait quand même mener à un accord dissonant même si le participant s’attendait à entendre le contraire –, les chercheurs ont été capables de mesurer les régions cérébrales stimulées par l’anticipation, la récompense et l’apprentissage.

Quand la bonne note jouait, c’est la zone associée à la récompense qui s’activait, et lorsque c’était une mauvaise note, c’est celle associée à l’apprentissage.

La note bleue

Si on pousse la note un peu plus loin, on pourrait associer ce processus avec le plaisir ressenti à écouter des musiques plus complexes, auxquelles le cerveau « s’habitue » à force de les écouter. Par exemple, le fameux malaise plaisant que procure une note bleue, en jazz et en blues, vient peut-être de ce que le cerveau ne s’attend pas à recevoir cette note en pleine poire, et c’est pourquoi elle est si « puissante » lorsque bien utilisée.

Cela explique aussi le « malaise » ressenti lorsque nous écoutons une gamme de musique indienne ou qui est construite différemment de ce pour quoi notre oreille est entraînée. Et cela explique aussi pourquoi nous avons l’impression que notre oreille s’habitue, s’entraîne, à entendre des façons différentes de jouer de la musique.

Parce que, qu’on le veuille ou non, l’apprentissage est l’un des fondements de l’évolution, et la musique n’y échappe pas.