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De la tragédie à la coquinerie : l’amour au temps du trad en 10 chansons

Par
Nathan LeLièvre

Quand on pense aux grandes histoires d’amour racontées en chanson, on pense d’emblée aux ballades pop (surtout celles des années 80 et 90, il faut l’avouer) ou encore aux airs romantiques de l’opéra ou de la mélodie classique (Mon cœur s’ouvre à ta voix, de Saint-Saëns, la fatidique rencontre entre Rodolfo et Mimi dans La bohème, Ah, Chloris, de Reynaldo Hahn). Hélas, aucun genre ne détient le monopole de l’amour en musique! Les répertoires traditionnel et folklorique regorgent de complaintes plus épiques les unes que les autres qui racontent des amours tantôt impossibles, tantôt fusionnelles, tantôt tragiques. On y trouve aussi des coquineries tacites qui, lorsqu’on prend un moment pour lire entre les lignes, révèlent des histoires à faire rougir et rigoler.

Tragédies et drames

Floristène (Genticorum)

Floristène

Genticorum

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La plus simple et la plus tragique des histoires à la fois. Un jeune homme emmène sa belle Floristène pour une balade en montagne et lui annonce (pour une raison qui n’est pas précisée) qu’il meurt, à l’âge de 18 ans. Il lui enjoint de ne pas pleurer, puisqu’elle connaîtra à nouveau l’amour.

Wing Tra La (Hélène Baillargeon)

Un chevalier et une demoiselle se plaisent. Elle dit vouloir le marier, mais son père le lui refuse en raison du métier dudit chevalier : « Je ne donne pas ma fille à un vil couturier, car avec ses aiguilles, il pourrait la piquer. » L’histoire témoigne de la place que prenaient à la fois l’implication parentale et le statut social dans le consentement au mariage.

La belle s’est endormie (Hart Rouge)

Cet arrangement du groupe Hart Rouge a déjà plus de 20 ans, mais il nous rappelle à quel point ce groupe fransaskois a laissé sa marque dans le paysage musical. Leur adaptation de cette complainte traduit bien la tristesse et le désarroi d’une jeune femme qui feint la mort – elle va jusqu’à passer trois jours vivante dans un tombeau – pour préserver son amour-propre et éviter d’être agressée par un capitaine qui lui faisait la cour et qui voulait impérativement passer la nuit avec elle.

Le jardinier du couvent (1755)

Ce ne sont pas toutes les complaintes à teneur dramatique qui finissent mal. Dans Le jardinier du couvent, le prétendant d’une demoiselle admise au couvent de force se fait passer pour un jardinier et le subterfuge obtient le succès escompté : il extirpe sa belle Éléonore du sommeil et, ensemble, les amoureux prennent la fuite.

Écrivez-moi (Bélivo)

C’est un chapitre dans ce qui semble être une histoire épistolaire des plus classiques : des amants séparés. Par la guerre? Par le travail? Par leurs familles? Le texte ne le précise pas. Mais ce qui est bel et bien clair, c’est l’amour dont le cœur de ces amants brûle l’un pour l’autre.

Amours coquines

On trouve aussi bien des allusions à la sexualité – et à plusieurs sujets qui l’entourent – dans la musique traditionnelle. Certes, les paroles étaient composées à une époque où l’emprise de l’église empêchait de dire « les vraies affaires ». Mais pas besoin d’un esprit très tordu pour saisir ce qui se cache derrière certaines poésies plutôt coquines...

Victoria (Garolou)

Ici, on a affaire à un hommage à la libido, rien de moins. Victoria se marie avec l’impression qu’il faut endurer les rapports conjugaux (« Endure, endure, ma fille, tu ne mourras pas de ça »), mais on comprend, au fil de la narration, qu’elle ne trouve pas ça si mal, en fin de compte. Comme quoi on ne peut nier sa propre nature!

Mystificoté (Suroît)

Ici, la narratrice de l’histoire se fait envoyer à la fontaine, par sa « méchante mère », pour y chercher de l’eau. Chemin faisant, elle rencontre un bien gentil cavalier qui lui parle d’amourettes et avec qui elle s’est « si longtemps mystificoté ‘musée ». En fin de compte, elle est bien contente d’avoir été envoyée à la fontaine; elle aura comme mensonge à raconter que l’eau était « mystificoté brouillée » parce que « les oiseaux du ciel » s’y baignaient… Je vous laisse deviner ce qui s’est véritablement passé.

Les jambes en l’air (Borlico)

À première vue, le titre de la chanson a l’air d’une simple ritournelle coquine qui se répète d’un couplet à l’autre. Mais plus l’histoire avance, plus cette ritournelle change le sens de ce qui précède, ou à tout le moins, elle y ajoute une dimension de plus. Et le tout se fait dans un suspense absolument rigolo!

La poule à Colin (La bottine souriante)

Qui dit amours dit aussi potentielles infidélités. Si la perception de la fidélité peut avoir évolué de nos jours, à l’époque des textes traditionnels, c’était une offense impardonnable. Vous pourrez donc me dire que j’en fais une « analyse à cin’ cennes » si vous voulez, mais quand on s’attarde au texte de la fameuse Poule à Colin, il est difficile de ne pas y voir un genre de récit édifiant qui met en garde contre l’infidélité. Lorsque la poule de Colin est allée « faire sa ponte dans la cour à Martin, Martin a pris sa fourche, lui a cassé les reins » (comme pour la punir de vouloir perturber son ménage) et tout le monde de la paroisse est venu célébrer cette correction dans un grand festin. L’humiliation publique. Même monsieur l’curé est de la partie pour donner son aval au châtiment.

Je voudrais changer d’chapeau (La bottine souriante)

« J’ai rêvé cette nuit que vous étiez le pain béni, [...] que j’étais le beurre fondu, que je m’étendais dessus! » Ai-je vraiment besoin d’en rajouter? Joyeuse Saint-Valentin!