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Des algorithmes pour déterminer les avances payées aux artistes

Par
François Lemay

Vous avez probablement déjà vu passer, dans les nouvelles, qu’un artiste avait signé un contrat de disque pour plusieurs millions de dollars. Généralement, ce sont des vedettes déjà établies ou en devenir qui ont accès à ce genre d’ententes. L’entreprise suédoise Amuse, par le biais de son service Fast Forward qui vient d’être présentée, s’adresse aux artistes qui n’ont pas, historiquement, accès à ce genre de traitement, c’est-à-dire recevoir une avance.

Comment calcule-t-on une avance?

En fait, lorsqu’une maison de disques veut attirer un gros nom, l’avance versée sur les redevances constitue un argument de poids. On lui verse donc d’avance une partie des revenus qu’on pense devoir lui payer au cours des années suivant la parution d’un disque.

Ce n’est donc pas de l’argent gratuit, c’est plutôt une forme d’emprunt à moyen terme basé sur la valeur éventuelle qu’aura le travail d’un artiste. C’est un accès plus rapide à son propre argent, autrement dit.

Par contre, cela signifie aussi que l’artiste ne touchera pas un sou de ses redevances tant et aussi longtemps qu’il n’aura pas généré, en revenus, un montant égal à ce qui lui a déjà été versé. Cet argent fait en sorte que le musicien peut vivre et travailler en toute quiétude en attendant la sortie de l’album.

De l’autre côté, comme ce n’est pas de la charité, la maison de disques calcule au sou près tout l’argent qui est investi dans la promotion de l’album. Chaque heure passée par les relationnistes, chaque broche utilisée pour le dossier de presse, tout est comptabilisé et « facturé » à l’artiste. Une fois que l’album est en vente, la maison de disques se rembourse à hauteur de l’argent dépensé et de l’avance versée avant de commencer à payer des droits d'auteur à l’artiste.

Et que se passe-t-il si l'on ne vend pas assez d’albums pour tout rembourser? Cela dépend des contrats. Traditionnellement, la maison de disques pouvait se servir de cette dette afin de forcer un artiste à signer un nouveau contrat qui tient compte de ce manque à gagner. Ce deuxième album sert donc à rembourser la dette du premier, en plus des dépenses encourues par celui-ci.

Pour ce qui est d’un contrat bon pour plusieurs albums, on transfère cette dette d’un album à l’autre, jusqu’à la fin du contrat. Et si la dette n’est pas effacée à la fin de ce contrat, on peut encore une fois forcer l’artiste à en signer un nouveau ou à rembourser ce qu’il doit. C’est pourquoi, à une certaine époque, on entendait parler plus souvent de chicanes contractuelles, alors que les artistes arguaient qu’il était pratiquement impossible de sortir d’une mauvaise entente. Cela donne des situations comme celle de la chanteuse Linda Ronstadt qui, au début des années 70, a dû organiser des tournées de spectacles sans avoir de nouvel album à proposer afin de payer sa dette à Capitol.

Aujourd’hui, les artistes négocient des clauses échappatoires qui leur sont un peu plus favorables, et c’est pourquoi, aspirants musiciens, vous ne devez jamais signer un contrat avant de le faire lire par un avocat!

Le système Fast Forward

Malheureusement, le principe de l’avance sert en général ceux qui semblent en avoir moins besoin. Ce sont des artistes pour la plupart établis et qui ont déjà accès à des revenus. Je pense que Madonna est capable de payer son épicerie et de travailler sur un nouvel album sans ça.

Par contre, plusieurs groupes ou artistes indépendants bénéficieraient grandement de cet argent. Ne serait-ce que pour se payer une tournée de spectacles ou du temps de travail sur de nouvelles chansons. Et c’est ce qui est proposé par l’entreprise suédoise Amuse, un distributeur d’albums indépendants qui offre ses services en échange d’une partie des droits générés par les ventes par l’entremise de son nouveau service Fast Forward.

L’entreprise affirme avoir mis au point un algorithme de calcul capable d’analyser 27 milliards de données différentes afin de déterminer combien d’albums ou de chansons un artiste vendra au cours des prochains moins.

Une fois le calcul exécuté, l’artiste a accès à une application qui lui permet de se verser une avance comme bon lui semble. Un genre de marge de crédit dont la garantie est le produit musical.

Ce qui est intéressant, c’est que c’est l’artiste qui contrôle le ou les paiements, et il peut décider de l’utiliser, ou non, en fonction de ses besoins. Un système intelligent, mais qui repose sur la confiance des investisseurs dans un algorithme. Je leur souhaite sincèrement que celui-ci soit à la hauteur et qu’il ne commette pas trop d’erreurs, parce que Fast Foward pourrait rapidement devenir une fausse bonne idée. Ou changer complètement la donne en ce qui a trait à la gestion des contrats de disques.

Nous aurons un début de réponse au printemps, lors du lancement officiel de l’application.