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Vladimir Poutine : contrôler le rap à défaut de l’interdire

Par
François Lemay

Depuis octobre dernier, ce sont au moins sept rappeurs russes qui ont vu leur concert annulé après des interventions policières. Husky, de son vrai nom Dmitry Kuznetsov, a été condamné à 12 jours de prison pour hooliganisme le 22 novembre. La raison? Il avait vu plusieurs de ses spectacles annulés sous différents prétextes au cours de l’automne, mais la tension a culminé alors qu’il devait se produire dans la ville de Krasnodar, dans le sud du pays, le 21 novembre.

La salle où il devait se produire originalement a décidé de retirer son spectacle de l’affiche, à la dernière minute, après avoir subi des pressions d’un procureur local. Selon ce procureur, les paroles de Husky étaient extrémistes et devaient être approuvées avant qu’il puisse monter sur scène. L’entourage du rappeur a décidé tout simplement de déménager le concert dans une autre salle, le Bounce Club, mais quelques minutes avant de monter sur scène, l’électricité a été coupée par les autorités.


Ne voulant pas décevoir la foule qui s’était présentée, Husky est sorti dans la rue, a monté sur une voiture et a commencé à chanter pour les spectateurs qui l’avaient suivi à l’extérieur. Cela n’a pas pris une minute avant que les policiers l’arrêtent.

Le lendemain, il était condamné à 12 jours de prison. Sa peine a été annulée après qu’il en a eu purgé quatre, sous ordre de personnes haut placées au Kremlin.

La position du président Poutine

Vladimir Poutine aime le rap, c’est lui qui le dit, et il a même invité un rappeur populaire à donner une prestation lors de son inauguration présidentielle. Interrogé au sujet des annulations forcées de l’automne dernier lors d’un forum sur les arts et la culture présenté à Saint-Pétersbourg le 15 décembre, Poutine a expliqué que le rap faisait maintenant partie de la culture russe, et slave en général, et que s’il était impossible de bannir un genre musical en entier, ce serait une bonne idée de lui donner un genre de guide de bonne conduite.

(Peut-être Vladimir Poutine préfère-t-il les chansons qui le mettent en valeur?)


Il a aussi dit que le rap reposait sur trois fondements : le sexe, la drogue et les protestations. Et que s’il était capable de vivre avec les thèmes reliés au sexe et à la dissidence, il n’était pas question de laisser en place une musique qui faisait la promotion de la drogue, affirmant que cela était « le chemin qui menait à la dégradation de la nation russe tout entière ».

Soyons honnêtes, cette position est une forme de poudre aux yeux lancée par un président qui ne tolère pas beaucoup la dissidence. En fait, c’est une forme raffinée de contrôle à la limite de la censure, l’histoire ayant enseigné que l’interdiction pure et simple d’un genre musical ne faisait que le rendre plus populaire auprès des jeunes en particulier. Et lorsque le président russe affirme qu’il a invité un rappeur à sa fête d’inauguration, vous ne trouvez pas que ça fait un peu : je ne peux pas être raciste, j’ai un ami noir?

L’effet Streisand

En 2003, le photographe américain Kenneth Adelman a décidé de photographier la côte californienne afin de documenter en photos son érosion. Ce faisant, il a photographié la maison de la chanteuse et actrice Barbra Streisand, située sur le bord de l’océan, à Malibu. Il s’agit d’une seule photo sur un total de 12 000. La chanteuse, pas très contente, a intenté une poursuite de 50 millions de dollars américains en réparation et exigé que l’on retire la photo de la banque d’images. Le problème? Avant le dépôt de la poursuite, la photo n’avait été téléchargée que six fois. Après, plus de 420 000 personnes ont cliqué sur la fameuse photo, curieuses de voir ce qu’il en retournait.

La cause a été rejetée et le juge a ordonné que Streisand paye les frais de justice d’Aldelman, qui s’élevaient à un peu plus de 150 000 $ US.

La morale de cette histoire? Parfois, il vaut mieux juste laisser aller les choses au lieu d’attirer l’attention sur celles-ci. C’est la même chose avec la culture. Au lieu de montrer du doigt le rap comme élément culturel subversif qu’il faut contrôler, il vaut peut-être mieux juste le laisser aller sans attirer l’attention.

La preuve? Vous êtes en train de terminer la lecture d’un texte sur le rap russe…