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L’album Les fourmis, de Jean Leloup, a 20 ans : était-ce un grand cru?

Par
Olivier Robillard Laveaux

Avec le recul, quelle place occupe Les fourmis dans la discographie de Jean Leloup? On analyse l’album, témoin d’une période faste dans la carrière du musicien, 20 ans après sa parution.

Nous sommes dans la deuxième moitié des années 90. Après avoir vécu des années de vache maigre et flirté avec la folie, la vraie, Jean Leloup revient au sommet de sa forme grâce à l’un des meilleurs disques québécois de la décennie, Le dôme.

Les concerts d’envergure s'enchaînent : FrancoFolies de Montréal, Francofolies de Larochelle, Woodstock en Beauce, Festival d’été de Québec. En l’espace de trois ans, Leloup remplit neuf fois le Spectrum, neuf fois le Métropolis, cinq fois le d’Auteuil et trois fois le Capitole. S’ajoutent des dizaines de concerts donnés aux quatre coins du Québec et de nombreuses prestations à titre d’artiste du mois à la radio et à la télévision.

Leloup et ses musiciens deviennent alors des mercenaires de la scène. Alexis Cochard tient la basse; Mark Lamb seconde Jean à la guitare; Alain Bergé frappe sa batterie avec autorité; Jean Massicotte s’occupe des claviers; Monica Hynes et Ève Cournoyer (celle qui lancera sa carrière solo quelques années plus tard) ajoutent leur voix à l’ensemble. Ils forment l’une des plus belles machines de rock que compte la Belle Province.

Après une pause au Togo, où il achèvera et composera de nouvelles pièces, Leloup souhaite capter cette énergie avec un album concert : Les fourmis. Sur les 11 chansons du disque, qui célèbre ses 20 ans le 24 novembre, sept proviennent d’un spectacle présenté le 5 août 1998 au d’Auteuil, à Québec. Les quatre autres ont été enregistrées en studio, mais en direct, comme si le groupe était en représentation.

Les critiques

À sa sortie, l’album reçoit des critiques mitigées. « Les fourmis donne cette curieuse impression d'être un pas de côté, plus qu'un véritable pas en avant; cette curieuse impression d'avoir entre les deux oreilles les miettes non utilisées du Dôme, mises de côté faute d'avoir fait le club, puis récupérées avant de passer à la prochaine étape », écrit Jean-Christophe Laurence dans La Presse.

Éric Langevin, du Nouvelliste, affirme que le disque répond aux attentes, mais que « la musique, parfois cacophonique, laisse bien peu de place aux textes, ce qui est, à [son] avis, bien dommage ».

Michel Defoy est plus élogieux dans Le Droit et parle d’un « disque très chouette qui grouille de bonnes idées ».

On lui donne raison. Les fourmis sont peut-être dans les deux fourmilières de la pochette, une magnifique photo prise par Leloup au Togo, mais elles sont aussi dans la tête du chanteur qui croise le folk, le rock et le ska dans un délire dont lui seul a le secret.

Vingt ans plus tard, avec le recul, où se situe Les fourmis dans la discographie de Leloup? Est-ce un grand cru?

Entendons-nous, chaque album de Leloup demeure un objet précieux, un objet à chérir, à l’exception, peut-être, du plus anecdotique Mexico, mais celui-là, le musicien l’a lancé sous le nom de Jean Leclerc... Autrement, chacun de ses albums a marqué son époque. Même Mille excuses Milady, qui arrive, selon moi, en fin de peloton. Au fond, chaque disque de Leloup est le préféré de quelqu’un, tout dépend de votre rapport à la bête.

Pas le seul album en concert

Bien qu’il comprenne des versions en spectacle de classiques comme Cookie, Faire des enfants ou La chambre, Les fourmis n’est pas le principal disque en concert de Leloup. Ici, l’album double Exit, qui annonçait la mort du chanteur en 2004, passe devant avec ses 23 titres enregistrés lors de sa tournée en 2003. Par contre, ces versions s’étirent parfois en longueur, tout comme les interventions entre les titres. Les fourmis a l’avantage d’avoir été nettoyé : aucun monologue entre les chansons, très peu d’applaudissements. On sent que Leloup et ses musiciens aiment improviser, mais le résultat retient seulement le meilleur, soit l’énergie des impros collectives, leur envie d’explorer, mais aussi ce désir d’être précis, étant donné qu’on y enregistre de nouvelles pièces. Avec ses huit titres inédits, Les fourmis est donc plus qu’un simple gravé en concert.

Le succès de La vie est laide

Premier extrait du disque, La vie est laide, propulse Les fourmis au sommet des palmarès. Seulement deux semaines après sa sortie, 50 000 exemplaires se sont écoulés. Leloup n’avait jamais atteint ce chiffre aussi rapidement. Le vidéoclip de la chanson demeure une pièce d’anthologie. Dans un décor rétrofuturiste, une employée jalouse ses collègues pour leur rapport de proximité avec le patron, joué avec beaucoup de swag par Winston McQuade. La chanson figure aujourd'hui parmi les grands succès de Leloup.

Je joue de la guitare : un classique

Sur les huit compositions inédites des Fourmis, trois ont été jouées lors de la dernière tournée de Leloup pour Paradis City : Les fourmis, Voyager et Je joue de la guitare. Si les deux premières sont devenues des incontournables en concert en raison de leur énergie, Je joue de la guitare est assurément la pièce de résistance des Fourmis. Sa captation est l’un des plus grands moments dans la carrière de Leloup, 7 minutes 32 secondes de grâce lors desquelles le chanteur touche au ciel. On le retrouve dans toute sa folie créatrice, mais aussi dans un rare instant de vulnérabilité. « J’ai peur de l’héro / Et j’ai peur de partir comme un fou vers la mort / Et j’ai des grands instants de lucididididididité » La chanson se classe parmi les dix plus grandes compositions de Leloup. Peut-être même dans les cinq premières.

Au final, seules La pluie, dernière composition du disque, et la trop courte Satyre (0:46) paraissent plus faibles, 20 ans après leur sortie. Une excellente moyenne pour l’album qui ne figure peut-être pas parmi les trois meilleurs (L’amour est sans pitié, Le dôme, Paradis City), mais qui suit pas loin derrière avec La vallée des réputations et Menteur.

Mais ne serait-ce que pour Je joue de la guitare, Les fourmis m'apparaît comme indispensable.

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