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Nomad’Stones : briser le tabou de la rancune, une chanson à la fois

Par
Claudia Beaumont

Elles sont rares les chansons qui abordent la rancune découlant de blessures collectives. Celles qui existent font généralement écho à des douleurs personnelles, à des chagrins d’amour ou à de petites trahisons, en s’adressant au « tu » plutôt qu’au « vous ». C’est sur ce terrain peu exploité que s’amène le groupe Nomad’Stones, qui s’est donné le devoir de défricher les histoires de rancune entre les peuples, une chanson à la fois.

Voici un extrait :

Prestation : Nomad'Stones - Sans rancune

La nature selon Boucar

Audio


Nouvel album, nouvelles thématiques

Le 16 novembre prochain, notre Révélation en musique du monde sera du spectacle de clôture de Mundial Montréal présenté au Club Soda, en compagnie de Daby Touré et Ayrad. Il s’agit d’un événement important pour Nomad’Stones, car non seulement ce sera sa dernière présence sur scène avant d’entrer en période d’écriture et d’enregistrer un minialbum intitulé Sans rancune, qui sortira à l’automne 2019, mais parce qu’il aura alors l’occasion de « casser » les chansons qui y figureront.

Intriguée par le titre de l’album, et sachant que le choix de celui-ci avait dûment été réfléchi, j’ai appelé Elsa et Chakib, les deux leaders de Nomad’Stones, pour comprendre leur rapport à la rancune. D’emblée, ils me diront que ce sentiment amer est vécu sensiblement de la même façon chez tous les humains. En effet, ni la langue, ni la religion, ni la gauche ou la droite ne peuvent empêcher la rancune de gangréner les esprits. Telle est leur principale observation.

Un appel à la réconciliation

Sans rancune est un titre qui renvoie au passé de Chakib tout en faisant l’esquisse d’un futur meilleur où les vieilles rancunes, tels des carcans au cou des peuples blessés, tomberaient aux pieds de leurs nouvelles amitiés.

À l’origine de la démarche de Chakib et d’Elsa, il y a la rancune entre les peuples français et algérien. Celle qui provoquait des discussions animées à la maison, dont se souvient encore Chakib. Ces histoires appartenant à un lourd passé de violences, de blessures, de chagrins et de remords sont transmises d’une génération à l’autre aussi fidèlement que le patrimoine génétique.

« Il faut mettre fin aux rancunes de colonisés », dénonce le musicien qui affirme avoir été profondément touché de les détecter ici, chez les Premiers Peuples du Canada. « Depuis notre arrivée à Montréal, nous avons eu plusieurs rencontres avec la communauté autochtone, poursuit-il. Rapidement, nous nous sommes rendu compte que leur histoire rejoignait celles d'autres peuples, tels les Berbères d'Afrique du Nord ou les Kurdes du Moyen-Orient. Ces vieilles civilisations ont toujours résisté à la modernité qui, par ailleurs, ne veut pas toujours d'elles. Le fait que ces histoires se répètent d'un bout à l'autre du monde nous a beaucoup inspirés. »

On se pardonne et on fête?

Le modus operandi de Nomad’Stones est à la fois simple et ambitieux : traiter de sujets sociaux importants sur une musique qui donne le goût de danser avec son voisin. C’est dans cet esprit que le groupe envisage le prochain album, que Chakib résume ainsi : « C’est la fête, mais avant, on règle certaines choses. » Il dit s’inspirer des musiques traditionnelles africaines, qui permettent la transmission du savoir tout en nourrissant les corps de rythmes et de joie.

En discutant avec Elsa et Chakib, on ne peut qu’admirer la sensibilité avec laquelle ils observent la société, comme une petite porte qu’ils ouvrent de temps à autre pour approcher ses travers refoulés. C’est ça, être socialement engagé, Nomad’Stones?

« Disons qu’avec notre musique, on souhaite plutôt faire évoluer les choses à notre échelle » explique Elsa, signifiant par là que leur groupe espère apporter un peu de lumière là où il n’y en a pas. « C’est bien Leonard Cohen qui a dit que c’est par les brèches qu'entre la lumière, n’est-ce pas? » me demandent Elsa et Chakib.

Comme quoi l’art est souvent la première terre d’accueil du monde.