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Piratage musical : ce n’est pas parce qu’on n'en parle plus que ça n’existe plus

Par
François Lemay

On avait l’impression, depuis l’avènement des plateformes d’écoute de musique en continu, que le téléchargement illégal de la musique était en chute libre. Au point où ce qui a été un sujet chaud pendant une dizaine d’années a tout simplement disparu des écrans radars. Si l’on peut s’abonner à ces plateformes de diffusion à coût raisonnable et écouter de la musique n’importe où, pourquoi faire l’effort de pirater de la musique?

En fait, si je vous parle de ça ici et maintenant, c’est que la Fédération internationale de l'industrie phonographique, un organisme qui représente les intérêts de l’industrie musicale dans le monde, vient de faire paraître son rapport annuel sur les habitudes de consommation de la musique (l'étude est en anglais).

Dans ce rapport, une statistique surprend : 38 % des consommateurs de musique obtiennent encore leur musique par des moyens illégaux.

(L’album Nothing Was the Same, par Drake, fait partie de la liste des albums les plus piratés de l’histoire)

Remarquez que, si on compare ces chiffres à ceux de 2009, c’est 63 % des consommateurs qui téléchargeaient illégalement leur musique.

Mais à cette époque, on avait l’impression que les compagnies de disque étaient en guerre contre leurs propres clients et n’avaient pas encore compris qu’il fallait récompenser ceux qui payaient pour leur musique au lieu de les punir en essayant d’empêcher, par exemple, la copie d’un disque légalement acheté sur un disque dur pour ceux qui voulaient numériser leur discothèque. C’était d’un ridicule…

Or, depuis, l’écoute en continu est apparue et, si le modèle a encore quelques gros défauts (pensons à la maigre rétribution des artistes), on ne peut pas dire qu’il rend la tâche difficile aux consommateurs. Surtout depuis qu’il est possible de télécharger des albums complets au moyen de certaines applications pour une écoute hors-ligne lorsque l’on paie pour un abonnement.

Or, c’est justement cette dernière fonction qui semble poser problème aux pirates actuels. Parce que s’il est possible d’écouter gratuitement et facilement de la musique sur Internet, en se faisant une liste de lecture sur YouTube, par exemple, la raison évoquée dans le rapport de la Fédération pour justifier le piratage est l’envie d'écouter de la musique hors-ligne sans avoir à payer.

Une autre des raisons alléguées est que, dans plusieurs pays comme la Chine et le Brésil, par exemple, il est difficile d’avoir accès à une carte de crédit pour se payer un abonnement. L’écoute en continu est un modèle qui ne fonctionne pas également pour tout le monde, malheureusement.

Pirate-t-on de la même façon qu’avant?

Pas tout à fait. Si, avant l’écoute en continu, le téléchargement illégal se faisait principalement en utilisant des réseaux P2P (les fameux torrents que vous téléchargez à même les ordinateurs d’individus qui acceptent de partager des fichiers), c’est principalement l’extraction en ligne (stream ripping) qui constitue la façon la plus populaire de se procurer gratuitement de la musique.

Et c’est très simple à faire. Il suffit de trouver, via un moteur de recherche, un site qui offre de convertir des vidéos trouvées sur YouTube, par exemple, en fichiers MP3 que l’on peut ensuite télécharger. Pour ce qui est des torrents, ils sont encore utilisés, même si cette méthode se classe maintenant deuxième, derrière l’extraction en ligne.

Une autre forme de piratage, dont on parle beaucoup moins, mais dont il est fait mention dans le rapport, est l’utilisation illégale des sites d’écoute en continu dans des lieux publics. Des cafés, des restaurants ou des boutiques, par exemple, se branchent directement sur Spotify ou Apple Music et diffusent de la musique dans leur espace. Cette façon de faire est illégale, parce qu’il faut payer pour obtenir une licence permettant de diffuser de la musique dans des lieux publics, que celle-ci vienne d’une application d’écoute en continue, d’un disque ou d’une vieille cassette trouvée dans le fond de sa voiture.

Au Canada, c’est la SOCAN qui gère ces licences, et les établissements doivent la payer annuellement, la facture étant calculée selon le nombre de pieds carrés. Par exemple, un restaurant de 800 pieds carrés paie environ 95 $ (plus taxes) par année. Selon la Fédération, cela représente un manque à gagner global de 2,6 milliards de dollars américains par année, puisque seulement 17 % des entreprises paieraient pour leur licence. C’est beaucoup d’argent!

Que faire?

Dans le texte de présentation du rapport, Frances Moore, la directrice de la Fédération, mentionne que le marché mondial de la musique va mieux. Mais le piratage rogne encore assez dans les revenus globaux pour qu’il fasse partie des priorités de l’industrie. Une solution envisagée par l’Union européenne, qui est en train de réviser ses lois sur le droit d’auteur à l’ère du numérique, inquiète énormément les utilisateurs et les plateformes de partage de contenu. L’article 13 de cette nouvelle loi rend les sites Internet responsables du partage de matériel protégé par des droits d’auteurs par ses utilisateurs.

Par exemple, YouTube est maintenant responsable de déterminer, avant de le rendre disponible, si la vidéo que vous êtes en train de mettre en ligne est conforme à la loi. Sinon, c’est YouTube qui devra payer une amende.

Reste à voir si cette loi sera bel et bien mise en place en 2019 et à quel point elle sera applicable, ce dont doutent plusieurs observateurs.

Mais, une chose est certaine : certains irréductibles refusent encore et toujours de payer pour leur musique, et si ça ne fonctionne plus via des sites comme YouTube, ils vont aller ailleurs. Et les artistes, eux, continuent de ne pas être rétribués correctement lorsque leur musique est diffusée sur les plateformes d’écoute en continu.

Comme quoi le problème reste toujours et encore le même : on ne veut malheureusement pas payer pour la création. Et cette envie de reconnaître l’apport de la culture dans nos vies passe par l’éducation. On n’est pas sortis de l’auberge…

Sinon, nous vous proposons sur le site ICI Musique plein de magnifiques webradios musicales. Je dis ça passant!