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Gala de l’ADISQ 2018 : une année sombre pour les femmes en musique

Par
Olivier Robillard Laveaux

Mercredi soir, lors du Premier Gala de l’ADISQ, un seul des 20 Félix a été remis à une femme : celui de l’album de l’année - classique / orchestre et grand ensemble, décerné à Angèle Dubeau et sa Pietà.

Les autres lauréats? Que des hommes, à l’exception de ceux du Félix de l’album de l’année - réinterprétation, remis aux artistes derrière les reprises sur le disque Desjardins. Le trophée du meilleur album anglophone a été remporté par Arcade Fire, qui compte Régine Chassagne dans ses rangs. Autrement, que des garçons… Même les solistes de l’Orchestre symphonique de Montréal, lauréat du Félix de l’album de l’année - classique / soliste et petit ensemble, forment un boys club.

Maintenant, soyons honnêtes, il se peut fort bien que le même scénario se produise dimanche, et que seul le prix de l’interprète féminine de l’année soit remis à une femme. La majorité des prédictions pointent vers des gagnants masculins : Hubert Lenoir, Loud, Pierre Lapointe, Philippe Brach, Marc Dupré, Patrice Michaud, 2FrèresIsabelle Boulay semble être la seule qui a vraiment des chances dans la catégorie spectacle de l'année - interprète.

Si seulement trois des 31 Félix remis à la télévision par l’Association québécoise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) sont attribués à des artistes féminines, on parlerait de moins de 10% des trophées, une statistique gênante pour une industrie pointée du doigt depuis plusieurs mois pour son manque d’ouverture vis-à-vis des femmes.

Le constat fait mal, mais ce n’est pas la faute de l’ADISQ. Les membres des différents jurys ne se sont évidemment pas concertés pour couronner des hommes. L’association ne peut pas non plus intervenir pour changer un gagnant et favoriser une femme.

Heureusement, cette statistique ne revient pas chaque année. D’ailleurs, 2019 risque d’être une meilleure cuvée sur le plan de la représentation féminine puisque Salomé Leclerc, Safia Nolin, Ariane Moffatt, Stéphanie Boulay et Marie-Mai lancent toutes un album cet automne. Il n’en demeure pas moins que la situation illustre un problème systémique.

Est-ce que l’ADISQ peut en faire davantage pour aider la cause des femmes en musique? Assurément. Le 20 octobre dernier, Philippe Papineau du Devoir dressait une liste de défis auxquels l’industrie fait face pour assurer sa survie. Celui de la représentation des femmes a été évoqué. La présidente de l’ADISQ, Solange Drouin, a mentionné que l’association était « sensible à cette réalité », mais qu’elle était « trop au bout de la chaîne pour agir efficacement ».

Oui, l’ADISQ récompense les artistes qui ont lancé des albums et donné des concerts. En ce sens, elle se situe à la fin de la chaîne. Le problème arriverait bien avant, soit sur le plan de l’accessibilité à l’industrie musicale. Les femmes doivent avoir les mêmes possibilités que les hommes lorsque vient le temps d’amorcer une carrière. Toutefois, ce discours de « fin de chaîne » n’est pas une excuse. Si l’ADISQ représente la ligne d'arrivée que tous souhaitent franchir, l'association a intérêt à ce que tous aient les mêmes chances de s’y rendre.

Au printemps dernier, à l’émission On dira ce qu’on voudra, Rebecca Makonnen et moi demandions la création du prix Bolduc, un trophée remis à une femme, un homme ou un organisme qui, par une réalisation ou une action, aurait favorisé l’avancement de la place des femmes en musique. Un de nos souhaits était que l’ADISQ le crée. On nous avait sorti le même argument : « L’ADISQ est au bout de la chaîne, tandis que le problème se trouve en amont ». Dommage.

Il faudra bien un jour que l’industrie prenne ce combat à deux mains, parce que non, ça ne se réglera pas tout seul.

En attendant, je réfléchis déjà à la réponse que je donnerai dimanche à ma fille lorsqu’elle me demandera pourquoi ce sont presque juste des garçons qui gagnent des Félix…

Écoutez notre webradio :

Les chansons des artistes en nominations au 40e Gala de l'ADISQ :  Klô Pelgag, Les soeurs Boulay, Émile Bilodeau, Patrice Michaud, Émile Proulx-Cloutier, Isabelle Boulay, Vincent Vallières, ...