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Musique classique et nouvelles technologies : il ne faut pas avoir peur du progrès!

Par
François Lemay

Si l’on prend le temps d’y penser, qu’est-ce qui a vraiment changé depuis l’époque de Beethoven dans la présentation des concerts classiques? Parce que si les concerts rock se sont adaptés aux différentes époques et aux changements technologiques en intégrant ceux-ci dans leur mise en scène, on peut difficilement en dire autant du milieu classique, qui peine à gérer ces bouleversements dont il pourrait se servir pour transformer l’expérience du spectateur lors d’un concert. Pourtant, certaines initiatives intéressantes sont déjà en place.

Les applications s’invitent au concert

Le Boston Symphonic Orchestra (BOS) offre, depuis le printemps dernier, l’application ConcertCue qui propose en temps réel des informations relatives à la prestation de l’orchestre à des spectateurs assis dans une zone particulière de la salle, appelée Concert Cam. Dans cette zone, il est aussi possible de voir, sur écran, le concert du point de vue des musiciens et de mieux comprendre le travail du chef, qui est alors présenté de face et non de dos, comme on a l’habitude de le voir travailler. Le but avoué du BSO est de permettre à un auditoire un peu moins habitué aux concerts classiques de mieux apprécier et d’avoir une meilleure compréhension de la musique qui lui est ainsi présentée. Selon des spectateurs qui ont essayé cette technologie, le simple fait de voir le chef d’orchestre Andris Nelson sous un angle différent, comme le voient les musiciens, est assez pour ne même plus avoir envie de regarder les notes présentées par l’application et permettrait, surtout, d’avoir un meilleur ressenti de la musique.

Parlant de relation entre le chef d’orchestre et l’auditoire, l’Orchestre symphonique de Montréal et le maestro Nagano, en collaboration avec Moment Factory, ont réussi à créer une œuvre unique en utilisant, en temps réel, les mouvements du chef d’orchestre comme base à des projections. Les mouvements de Kent Nagano ont servi de ponctuation visuelle, permettant une immersion visuelle du spectateur dans la musique. C’était à l’occasion de la Symphonie du Nouveau Monde, d’Antonín Dvořák, présentée lors du 375e anniversaire de Montréal.

Les hologrammes

On ne s’en sort pas : les hologrammes sont là pour de bon. On la voyait plus ressusciter des icônes de la pop, mais voilà que la prestation holographique envahit aussi la sphère classique. En 2014, le pianiste japonais Yoshiki Hayashi, dont le style évoque un genre de Liberace 2.0, a offert une prestation dans laquelle il a affronté, en duel pianistique, une version de lui-même en hologramme au festival South by Southwest, à Austin, au Texas.

Il est aussi possible d’assister, depuis quelques mois, à un concert de Maria Callas, la soprano morte en 1977. Le spectacle, intitulé Callas in Concert et qui a déjà été présenté à Milan, à New York et à Londres, prendra l’affiche en novembre à Paris et permet de voir une reproduction numérique de la diva interpréter ses plus grands succès, sur scène.

C’est au metteur en scène d’opéra Stephen Wadsworth, qui est aussi directeur du programme consacré à l’opéra de la prestigieuse Julliard School, à New York, que l’on a confié la direction artistique de ce spectacle. La commande est difficile à remplir : Callas jouit, toujours, d’une popularité immense et sa présence scénique était légendaire. Wadsworth a dû travailler d’arrache-pied pour créer une reproduction numérique totalement originale (non, l’hologramme n’est pas basé sur des films d’archive) qui soit à la hauteur du souvenir de millions d’admirateurs.

L’autre défi était de réussir à isoler la voix de Maria Callas, puisque la majorité des enregistrements sur lesquels on l’entend sont réalisés avec orchestre. Comme le spectacle est présenté avec des musiciens qui accompagnent réellement, sur scène, l’hologramme, il fallait créer une bande-son dénuée d’instrumentation. Une technologie particulière, à base des technologies utilisées pour les images de synthèse, a dû être utilisée et le résultat sonore est assez convaincant.

Par contre, ce n’est pas tout le monde qui est tout à fait à l’aise avec le procédé, puisque Anthony Tommasini, du New York Times, a qualifié le concert d’« incroyable et absurde, étrangement captivant, tout en étant kitsch et ridicule ».

Jouer et s’exercer en étant dans des villes différentes

Si les technologies peuvent servir au public, elles peuvent aussi rendre plus facile la vie des musiciens. C’est le cas du système LoLa (pour low latency, faible latence en français), développé au Conservatoire de musique de Trieste, en Italie. Il permet à des musiciens de s’exercer et de jouer en étant situés à plusieurs kilomètres les uns des autres.
Mais en quoi un tel système peut-il être révolutionnaire à une époque où l’on peut regarder en continu un film en haute définition? La réponse est, comme le nom du système l’indique, dans la gestion de la latence, qui définit le délai que met une information à voyager du point A au point B via un réseau numérique. Afin de rendre possible le travail des musiciens, il ne doit pas y avoir un temps plus long que 30 millisecondes. À titre comparatif, une conversation sur Skype, par exemple, est possible avec une latence de 500 millisecondes.

Or, en plus de permettre de s’exercer à distance, LoLa peut aussi être utilisé afin de créer des prestations uniques, en utilisant des musiciens situés partout dans le monde.

La réalité virtuelle et les orchestres symphoniques

La réalité virtuelle est une technologie qui pourrait effectivement contribuer à sauver le marché de la musique, y compris la musique classique. De plus en plus d’orchestres s’intéressent à cette technologie, qui permettrait de sortir le concert de sa traditionnelle salle, en plus de faire vivre au spectateur l’expérience particulière d’une symphonie au cœur de l’orchestre.

Bien entendu, il n’existe pas de solution miraculeuse et il ne se produira pas un moment d’épiphanie collective alors qu’on se dira, tous en même temps, qu’on devrait donc aller au concert classique, parce que c’est donc rendu cool. Par contre, comme les technologies numériques font partie des préoccupations relatives à notre époque, ne pas en tenir compte relève de l’aveuglement volontaire. C’est comme si les orchestres avaient décidé, en 1910, de faire semblant que le disque n’existait pas…