Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

Il y a 50 ans, le monde découvrait Placido Domingo au Metropolitan Opera

Par
Nathan LeLièvre

Près de 700 prestations en tant qu’interprète, plus de 150 autres en tant que chef d’orchestre... Et ça, ce n’est qu’au Metropolitan Opera (Met) de New York. En carrière, les engagements de Placido Domingo se comptent par milliers. Le moins qu’on puisse dire c‘est que le ténor, devenu baryton, est prolifique. Le coup de foudre initial entre le Domingo et les mélomanes a eu lieu le 28 septembre 1968, soit quatre jours plus tôt que prévu alors qu’il remplaçait Franco Corelli. Un point tournant dans sa carrière.

C’est dans Adriana Lecouvreur, un opéra de Francesco Cilea, qu’il a fait ses débuts au Met, dans le rôle de Maurizio. Il nous a été impossible de trouver sur Internet des images de sa prestation. Heureusement, la même année, il a enregistré un disque sur lequel on retrouve un air de cet opéra, O dolcissima effigie, où on entend sa voix de jeune ténor de 27 ans.

Placido Domingo naît en Espagne le 21 janvier 1941 de parents chanteurs qui donnent dans la zarzuela (la forme espagnole de l’opérette). Lorsqu’il est très jeune, sa famille déménage au Mexique. Dès l’âge de 14 ans, il se met à l’étude de la musique, du chant et de l’interprétation. Rapidement, on constate l’ampleur de son talent. En 1965, il n’a que 24 ans, mais il cumule déjà les contrats aux États-Unis, notamment dans la production du New York City Opera de Madama Butterfly. Puis les villes du monde entier lui ouvrent les portes la décennie suivante : Vérone, Hambourg, Vienne, Berlin, Houston, Baltimore, Lima, Santiago, Chicago, Los Angeles, et Madrid, sa ville natale, pour ne nommer que celles-là.

Au cours de sa carrière, il reprend de nombreux grands rôles de l’opéra, dont Pagliacci de Leoncavallo. Au Met seulement, il l’a chanté une vingtaine de fois sur trois décennies.

Pendant qu’il continue d’interpréter de nombreux rôles au Met, il fait aussi ses débuts comme chef d’orchestre au New York City Opera. En 1982, il joue dans la version cinématographique de La Traviata de Verdi, sous la direction de Franco Zeffirelli et Newsweek le sacre « roi de l’opéra ».

Le rôle de Calaf, dans Turandot de Puccini l’aura suivi une grande partie de sa carrière. Il l’a d’abord joué à Vérone en 1969 aux côtés de Birgit Nilsson. C’est d’ailleurs de Turandot que nous vient le célèbre air Nessun Dorma, très associé à Luciano Pavarotti qui l’a souvent chanté en concert. Domingo, quant à lui, aimait moins l’interpréter en récital en raison de sa teneur dramatique, a-t-il déjà confié au New York Times. Son intensité dans cette prestation de 1987 en fait foi.

Dans les années 90, la réputation de Placido Domingo n’est plus à faire. Il devient directeur artistique des opéras de Washington et de Los Angeles au milieu de la décennie. Côté performances, c’est le feu roulant. Parmi les œuvres au programme : Simon Boccanegra de Verdi. Cet opéra est significatif dans la carrière de Domingo, parce qu’en 2009, c’est avec Simon Boccanegra qu’il choisit, audacieux, de faire ses nouveaux débuts, « converti » en baryton.

En 2016, il est hospitalisé pour une embolie pulmonaire. Ça ne l’empêche guère de poursuivre son chemin quelques semaines plus tard. En 2018, il campe son 149e rôle en carrière au Metropolitan – celui du père de Luisa Miller (de Verdi, compositeur fétiche de Domingo) – 50 ans après y avoir fait ses premiers pas.

D’ailleurs, pour les curieux qui se demandent s’il a franchi le cap des 150 personnages, la réponse est : oui, Dans Les pêcheurs de perles de Bizet à Salzbourg en août dernier !

Dans les années 80, il avait pourtant dit qu’il cesserait de chanter à l’âge de 50 ans. Le voici maintenant rendu à 77 ans et la passion est toujours au rendez-vous. Certains critiques disent que la voix, elle, l’est un peu moins. Néanmoins, Placido Domingo est toujours aimé du grand public et cet amour est visiblement réciproque. On peut donc présumer sans trop se tromper qu’on n’a pas encore entendu sa cadence finale.