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30 ans depuis le succès de Don’t Worry, Be Happy : hommage au chant a cappella

Par
Nathan LeLièvre

C’est un exploit qui demeure encore aujourd’hui une rareté. Il y a 30 ans, Don’t Worry, Be Happy devenait la première chanson a cappella à occuper le sommet du palmarès Billboard. Cette ode à l’optimisme et au lâcher prise a beau n’être restée que deux semaines en première position (celles du 24 septembre et du 1 octobre 1988), elle reste encore aujourd’hui dans nos oreilles et dans nos têtes dès l’instant qu’on l’entend fredonner. Pour souligner ce succès hors du commun, ICI Musique vous propose une célébration en musique de la voix humaine.

Parfois, la voix, c’est tout ce qu’il faut pour nous donner la chair de poule. C’est tellement brut, rempli d’émotion. Ça vient nous chercher comme une supplication, ou une prière. D’ailleurs « a cappella », de l’italien « alla cappella », désignait d’abord le répertoire musical religieux exécuté « comme à la chapelle ». Avec le temps, c’est venu désigner toute musique vocale sans instrument.

En 2013, la chanteuse française Camille ne s’est peut-être pas hissée au sommet du palmarès Billboard, mais son cri de ralliement, Allez allez allez a tout de même obtenu le Victoire de la chanson de l’année.

C’est un a cappella ironique que Bonne journée de Philippe Brach, un texte qu’il a voulu dénué d’artifices pour aborder le fait qu’on vit parfois dans le déni.

Le tube de Stromae, Papaoutai, a été repris non pas une, mais au moins deux fois par des formations a cappella. D’abord par le groupe américain Pentatonix, qui s’est fait connaître dans une émission de téléréalité. Il en avait offert une reprise qui témoignait très bien de la popularité de la chanson et de son interprète dans le monde, mais où l’accent gênait un peu la compréhension du texte. Le quatuor québécois de voix masculines, QW4RTZ tire bien mieux son épingle du jeu.

Voici Les Gerry’s, une rencontre improbable mais réussie entre le barbershop et monsieur Boulet. Le groupe a beau être né d’une idée un peu loufoque catalysée par quelques verres (c’est ce qu’avaient confié à La Presse des membres du groupe), lorsque ces sept voix s’unissent, on constate que l’hommage est fort respectueux et respectable et que l’âme de l’homme fort d’Offenbach est Toujours vivant.

Et s’il existe des Gerry’s, il est tout naturel et même obligatoire qu’il existe aussi des Marjo’s! Vous reconnaîtrez d’ailleurs la comédienne Ève Landry dans les rangs de cette formation a cappella québécoise qui transforme les chansons de la rockeuse en véritables bijoux. Les chanteuses reprennent Chats sauvages avec humour. Ici, les « shoubidou » cèdent leurs places aux « minou, minou » qui font bien rigoler.

Quand on pense au hip-hop, on pense au sampling, on pense à une instrumentation tonitruante, où la ligne de basse et de batterie prennent énormément de place. Alaclair Ensemble a toutefois fait la preuve que, comme la musique pop, le hip-hop peut aussi avoir ses versions acoustiques (et dans ce cas-ci, a cappella) en reprenant Moi chu down, en plein centre-ville de Montréal, avec le beatbox pour seul soutien.

En musique traditionnelle, il n’est pas rare d’entendre des prestations sans instruments. De la vieille complainte à la bonne chanson à répondre, on se contente souvent d’une seule paire de pieds pour s’accompagner. Les Charbonniers de l’enfer ont eu la bonne idée d’offrir ce traitement au succès de Noir Désir, Le vent nous portera. Le résultat est génial.

À deux coins de rue du trad, on trouve le son folk/bluegrass de cette chanson de David Myles. Le néo-brunswickois à qui tout semble réussir a immortalisé une brève pièce à trois voix d’homme, Dreaming, sur son album Real Love. De quoi transporter nos oreilles à l’âge d’or du Grand Ole Opry.

La musique chorale est depuis longtemps un terreau fertile pour la musique a cappella. C’est un plaisir indescriptible mais indéniable que d’entendre de multiples voix s’unir en harmonies. Le célèbre air du répertoire choral qu’on connaît désormais comme L’hymne à la nuit ou La nuit de Rameau a d’abord été composé pour l’opéra Hippolyte et Aricie. Joseph Doyon en a fait l’harmonisation sur des paroles qui auraient été écrites par Édouard Sciortino. On a notamment pu l’apprécier dans le film Les choristes.

Dans la musique a cappella, on traite la voix comme un instrument à part entière. Il est donc logique (et si ludique!) qu’on s’amuse aussi à reproduire ce que ferait normalement un orchestre, comme l’ont fait les King’s Singers. Les voici qui reprennent avec beaucoup d’humour l’ouverture du célèbre opéra de Rossini, Il Barbiere di Seviglia (Le barbier de Séville).

Ce qu’il faut savoir de Don’t Worry, Be Happy, c’est que McFerrin ne pensait pas avoir un succès entre les mains. Il avait d’abord composé le refrain pour se rappeler la phrase d’un gourou indien qu’il trouvait inspirante, puis il a complété la chanson à la sauvette en studio. Aux dernières nouvelles, il ne l’a pas interprétée sur scène depuis 1988, même si on la lui demande fréquemment. Il faut reconnaître qu’il a interprété de nombreuses autres chansons où il exhibe si bien ses talents d’homme-orchestre à la voix d’or et au charisme inégalé. La preuve : le voici qui improvise une chanson pendant 7 minutes tout en dirigeant un stade bondé.