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10 airs parmi les plus difficiles à chanter

Par
Nathan LeLièvre

Le chant classique est une discipline exigeante. Qui plus est, on demande aux interprètes de nous donner l’impression que c’est la chose la plus facile au monde. Le répertoire classique regorge de bijoux dont le degré de difficulté varie. Prenons un moment pour nous pencher sur quelques airs particulièrement corsés. La prochaine fois que vous les entendrez, vous risquez d’admirer encore davantage les interprètes.

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LES ÉVIDENCES IMPRESSIONNANTES

Si un air nous semble difficile à chanter, c’est que c’est probablement le cas. Cela dit, certaines voix se prêtent mieux à certains répertoires que d’autres. Une voix aiguë et agile (comme celle d’une soprano colorature) s’acquittera facilement de hautes envolées rapides. Une voix plus grave et plus large (comme celle d’une mezzo-soprano dramatique), moins. Nonobstant le talent naturel, certains faits relèvent de l’exploit.

Passons rapidement sur l’air de la Reine de la nuit dans La flûte enchantée de Mozart. Il est très (trop) souvent cité comme exemple d’air difficile, et avec raison. Mais il est loin d’être seul. Le voici interprété par la soprano québécoise d’origine arménienne, Aline Kutan.

Edita Gruberova l’aura souvent chantée, ce fameux Der Hölle Rache. Par ailleurs, la soprano colorature slovaque exécute avec autant de facilité Großmächtige Prinzessin (grande et haute princesse), d'Ariadne auf Naxos de Strauss. L’air dure 12 minutes. Il ne compte pratiquement aucune répétition mélodique. Et l’orchestre abandonne la soliste pendant plus de 30 de secondes (de 7:14 à 7:57) en pleine vocalise. Bravo.

La rapidité d’exécution impressionne toujours. Cecilia Bartoli est une mezzo-soprano colorature italienne qui jouit d’une renommée à cause de sa facilité avec les vocalises véloces. Elle donne beaucoup dans le Rossini et le Vivaldi, qui traitent souvent la voix comme n’importe quel autre instrument (on ne tient pas toujours compte du fait qu’il faut parfois respirer ou que la voix humaine a des limites, par exemple). Ici, Cecilia Bartoli, en vraie marathonienne, interprète Agitata da due venti de l’opéra Griselda de Vivaldi.

Justement, parlant de Rossini… Il aura exigé des acrobaties de chanteurs d’à peu près tous les registres. Il a même déjà utilisé un même air pour « torturer » à la fois mezzos et ténors. Pour en faire la démonstration, retrouvons Cecilia Bartoli, cette fois dans Non più mesta, l’air final de La cenerentola de Rossini. La mélodie se retrouve presque intégralement dans Le barbier de Séville (oui, oui, de l’autoplagiat!), destinée cette fois au ténor, chantée ici par le Péruvien Juan Diego Florez.

Il n’y a pas que les voix aiguës qui doivent relever le défi de l’agilité. Haendel a notamment composé des airs pour les voix graves d’hommes qui ne manquent pas de vocalises. Exemple : Why Do the Nations, du Messie, qui donne souvent du fil à retordre aux barytons et aux basses. Le baryton-basse canadien Philippe Sly, lui, ne semble pas s’en formaliser.

« PRENEZ UNE GRANDE RESPIRATION »

La voix de la contralto française Nathalie Stutzmann est comme du velours. En plus, elle dirige souvent l’orchestre en même temps qu’elle chante! Ici, on est loin des envolées rapides. La mélodie est faite de longues lignes. Ça force l’interprète à respirer stratégiquement. D’abord pour pouvoir se rendre au bout des phrases, et ensuite pour ne pas scinder de mots avec une inspiration inopportune. Si calme, si méditatif, mais si exigeant, Erbarme Dich, cet air de la Passion selon Saint Matthieu de Bach.

INTERVALLES CRUELS

On a aussi demandé à quelques virtuoses de chez-nous quelles œuvres les intimidaient. La basse François Dubé (QU4RTZ) attire notre attention sur Fra l’ombre e gl’orrori de la cantate Aci, Galatea e Polifemo de Haendel (interprété ici par Jared Schwartz). La partition compte des notes nettement plus aiguës que ce que chante normalement une basse. On demande aussi au chanteur d’effectuer d’énormes sauts (dont un de deux octaves et une quinte, pour les initiés… à peu près le quart d’un clavier de piano d’un seul coup, pour donner une idée aux autres). Un saut particulièrement vertigineux se trouve à 2:25.

TENEUR DRAMATIQUE

Selon la soprano québécoise Caroline Bleau, l’un des plus grands défis pour les sopranos dramatiques (dont les voix sont souvent plus puissantes qu'agiles), est le rôle titre dans l’opéra Turandot, de Puccini. Elle fait remarquer qu’In Questa Reggia est la première apparition sur scène de l’interprète qui doit, d’entrée de jeu, tout en s'évertuant, asseoir l’austérité et la cruauté du personnage et le public l’attend de pied ferme. Caroline Bleau dit toutefois commencer à « l’apprivoiser tranquillement ». La verra-t-on bientôt camper le rôle? On ose l’espérer!

Le défi est double pour toute soprano qui s’attaque à Lucia de Lammermoor de Donizetti. Sa technique doit être impeccable, et son jeu théâtral aussi. Vers la fin de l’opéra, Lucia vient tout juste de tuer l’homme qu’elle a marié contre son gré pour sauver sa famille. Elle meurt ensuite elle-même de peine et de douleur. La soprano colorature française, l’émouvante Natalie Dessay, a réussi le pari avec brio.

Dans la même veine, pleins feux à nouveau sur Edita Gruberova (qui commence à peine à songer à la retraite malgré ses 72 ans; elle a d’ailleurs des engagements jusqu’en 2019). La voici qui interprète l’air final de Roberto Devereux de Donizetti (inspiré du complot de ce comte d’Essex contre Élisabeth 1re), où elle incarne une reine trahie au cœur brisée, qui voit son univers s’effondrer.

CE N’EST PAS UN OPÉRA, MAIS...

Clin d’œil à tous les cinéphiles que j’entends dire : « Oui, mais la chanson de la Diva dans Le cinquième élément? » En effet, il faut reconnaître que, bien qu’il ne s’agisse pas d’une chanson du répertoire classique, il faut une technique et un registre des plus développés pour réussir la portion plus pop de la pièce (du film signé Luc Besson). Chapeau à Jane Zhang et à son étendue vocale, particulièrement aux environs de la quatrième minute de la vidéo.