Chargement en cours

avec   ·   par
avec   ·   par
En chargement...
Erreur de chargement.

Nomad’Stones à Granby : bâtir des ponts solides grâce à la chanson

Par
Claudia Beaumont

Cette année en est une spéciale pour le Festival international de la chanson de Granby (FICG), qui célèbre son 50e anniversaire. Plusieurs événements animeront les lieux du 15 au 26 août, dont Musique de notre monde, un spectacle mettant à l’honneur la diversité musicale du Québec. La Révélation Radio-Canada en musique du monde Nomad’Stones fait partie des 20 artistes d’ici ou d’ailleurs qui y revisiteront de grands succès québécois, à leur manière. Le groupe interprétera un succès de Jean Leloup, qui lui était presque prédestiné : Alger.

Jeter des ponts, une expression à la fois

Elsa et Chakib, les deux têtes de Nomad’Stones, affirment que le groupe est emballé de participer à ce spectacle qui se déclinera en une série de ponts entre la chanson francophone d’ici – celle qui est mise en valeur au FICG – et celle venant d’autres pays, en d’autres langues et jouée avec divers autres instruments. « Nous avons capoté sur le titre : Musique de notre monde et non pas “musique du monde” », affirme Elsa, en ajoutant que le déterminant possessif « notre » illustre bien l’idée d’une musique qui rassemble.

Le spectacle aura lieu le 24 août à 20 h, sur la scène Desjardins, et réunira Daniel Bélanger, Pierre Flynn, Paul Piché, Marc Hervieux, Hubert Lenoir (notre Révélation Radio-Canada en chanson), Martine St-Clair, Marc Déry, Martin Léon, Matiu et Jorane, qui seront jumelés aux talentueux Zal Idrissa Sissokho (Afrique de l’Ouest), Dear Denizen (Congo), Flávia Nascimento (Brésil), Malika Tirolien, Afrikana Soul Sister (origines multiples), Nomad’Stones (Algérie) et quatre ex-Révélations Radio-Canada en musique du monde : Mamselle Ruiz (Mexique), ILAM (Sénégal), Wesli (Haïti) et King Abid (Tunisie).

Le FICG a-t-il un petit frère en Algérie?

Puisqu’on parle de ponts, nous avons demandé à notre Révélation de nous parler d’une autre vitrine semblable à celle du FICG : le concours Ali Maâchi, le seul à s’adresser aux artistes algériens. Chakib l’a remporté en 2015 et il nous raconte à quel point cette récompense a été déterminante dans la poursuite de sa carrière.

Est-ce qu'on peut dire qu’en matière de concours musicaux visant à développer et à faire découvrir les jeunes talents, Ali Maâchi est le pendant du FICG?

Au Canada, il y a de belles et nombreuses vitrines pour aider les jeunes talents à émerger, et ce, dans différents genres musicaux. Ce n'est malheureusement pas la même chose en Algérie. Le concours Ali Maâchi est le seul concours officiel pour les artistes algériens, qu'ils soient émergents ou établis, et il récompense aussi bien des musiciens que des danseurs, des écrivains ou des dramaturges.

La plupart des tremplins canadiens offrent un suivi ou un accompagnement aux artistes émergents. Ce n’est pas le cas lorsqu’on remporte le prix Ali Maâchi : on donne de l'argent en signe de reconnaissance, mais c'est à l'artiste de gérer la suite.

C’est le ministère de la Culture d’Algérie qui vous a remis ce prix. Ce n’est pas rien! Comment avez-vous été sélectionné? Avez-vous eu à passer une audition?

Les sélections pour le prix Ali Maâchi se font à partir d’un dossier de candidature. L'artiste soumet une œuvre et le prix récompense celle-ci. J'avais proposé la chanson Mayou, ma toute première composition. C’est une chanson engagée qui parle de la souffrance du peuple africain sous un système corrompu. C'était un pari risqué de proposer une telle chanson à une institution gouvernementale. Mais j'avais envie de tester cette option, même si je n’avais pas du tout l’ambition de gagner le prix. J’ai été très surpris d'apprendre que Mayou avait été sélectionnée!

Vidéo : Mayou – Chakib Koudri / Nomad’Stones


Quel effet le prix Ali Maâchi a-t-il sur la carrière d’un artiste algérien?

En Algérie, il est très difficile d’obtenir le statut d’artiste. Il faut avoir joué dans plusieurs concerts et enregistré ses chansons pour obtenir la « carte d’artiste », qui donne un statut juridique. C’est compliqué de se produire si on n’a pas cette carte. Autant dire qu’il est très difficile d’émerger pour ceux qui commencent leur carrière.

Avec le prix Ali Maâchi, le ministère de la Culture donne automatiquement cette carte. Cela donne donc un réel élan à la carrière d’un artiste.

D’autre part, la somme d’argent octroyée au gagnant du concours lui permet d'enregistrer un album au complet. D'ailleurs, pour ce qui est de ce point, on peut facilement faire le parallèle avec les subventions canadiennes. En tant qu’artistes émergents, ici, on a découvert qu’il est aussi difficile de commencer sans cet appui financier.

Pouvez-vous nous présenter un musicien qui a remporté ce prix?

J’ai connu ce concours grâce à des amis qui avaient remporté le prix en 2011. Leur groupe s’appelle Cameleon, et ils ont réalisé un très bel album grâce à cette récompense.

Vidéo : Wallah – Cameleon

Que retenez-vous de votre passage à ce concours en 2015?

En 2015, je venais d’arriver au Canada, sans ma guitare. Je n’avais pas l’intention de poursuivre en musique. Or, un mois après avoir atterri, j’ai reçu un coup de fil de ma sœur, à Alger, qui m’annonçait que j’avais remporté le prix Ali Maâchi. Tout a basculé à ce moment-là. J’avais laissé tout ça derrière moi, dans une autre vie, et j’étais prêt à entreprendre autre chose. Mais l’idée de faire de la musique est revenue en force et j’ai décidé de recommencer mon projet musical, à Montréal, avec cette fois la conviction que j’avais la légitimité d’exprimer ce qui devait sortir de moi.

En terminant, pouvez-vous nous dire quelques mots sur la chanson Alger, que vous interpréterez au spectacle Musique de notre monde?

J’ai découvert Alger quelques mois après mon arrivée à Montréal. À ce moment-là, il m’était difficile de faire des liens entre la culture d’ici et celle de mon pays d’origine. La culture québécoise me semblait très loin de ce que j’étais.

Alger a été pour moi un souffle d’espoir. Ç’a été un de ces moments de la vie où la musique t’envoie le message que tu as besoin d’entendre. Oui, des liens étaient possibles entre les deux cultures, et c’est la musique qui m’a aidé à faire ce pont.

Vous aimerez également :

- Le site des Révélations Radio-Canada 2018-2019

- Webradios Farniente ou Party tropical : du hamac à la piste de danse