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Décès d'Aretha Franklin : réécoutez ses plus grands succès

Par
Ariane Cipriani

La plus grande voix n'est plus. La reine s'est tue. Une voix à faire dresser l’oreille de n’importe quelle créature vivante, à faire vibrer une pierre. Réécoutez ici les plus grands succès de la « Queen of Soul », décédée le 16 août 2018, à l'âge de 76 ans.

On la savait malade, cependant, Aretha Franklin était remontée sur scène en novembre dernier lors d’un concert bénéfice organisé par Elton John, dont la fondation lutte contre le sida. Même si elle fait partie de ces artistes plus grands que nature, charismatiques, ce n’était plus la même : la voix et le corps amaigris de la reine laissaient entrevoir la fragilité de son état.

Les plus grands succès d'Aretha Franklin :

Née en 1942 dans le Mississippi, elle grandit à Détroit et y restera attachée toute sa vie. À elle seule, Aretha Franklin reflète l’émancipation des Afro-Américains autant qu’une part fondatrice de leur musique. Ce timbre forgé dans la foi, dans le gospel baptiste qu’elle chante, toute petite, à l’église de son père, l’amène à séduire la planète entière et à enregistrer des œuvres phares qui vont époustoufler le public autant que la critique. Avec sa fibre gospel et ses quatre octaves, elle amène la musique soul à son apogée. À titre d’exemple : la sublime et emblématique Natural Woman, une composition hors pair de Carole King, Gerry Goffin et Jerry Wexler.

Son gospel, on l’entend partout, jusque dans ses nombreuses ballades mélancoliques. Le rythme enivrant et sautillant de cette musique d’église autant que celui du R’n’B émanent d’elle. Ajoutez à ça l’envie de la pop, qu’elle incorpore tôt dans une grande partie de son répertoire. En plus de posséder cette voix exceptionnelle, si vibrante, l’autodidacte Aretha Franklin excelle au piano. Rarement a-t-on vu une décrocheuse recevoir autant de doctorats honorifiques!

Les années 60 et 70 : sa plus belle période

La chanteuse commence à parcourir les routes dans son pays ségrégué et sort un premier disque de chants gospel, Songs of Faith, à l’âge de 14 ans seulement. En 1961, elle voit sa première chanson au palmarès Billboard, Won’t Be Long. La voilà lancée!

Les années 60 et 70 constituent la plus belle période de sa carrière, celle qui verra naître ses interprétations de Day Dreaming, de Rock Steady et de Spirit in the Dark, ainsi que l’album Amazing Grace, puissant et spirituel. On considère Lady Soul, quatorzième disque paru en 1968, comme un des meilleurs de la décennie. Il se retrouve sur la liste des 500 meilleurs disques de tous les temps du magazine Rolling Stones. Mais l’éclectisme de son répertoire sera, par la suite, parfois perçu comme un manque de direction artistique.

Du respect svp : l'émancipation des femmes et de la communauté noire

Aretha Franklin se plaît à porter des coiffures très volumineuses, des tuniques africaines, de gros bijoux et des robes de soirée extravagantes. Mais jamais son image ne fait ombre à ses convictions ou à ses indignations. La diva devient le symbole d’une fierté nouvelle afro-américaine. Et la musique devient son outil pour appeler à une meilleure justice.

Les vétérans de la guerre du Vietnam adoptent Chain of Fools, et sa reprise de Respect, d’Otis Redding, devient un hymne féministe. Elle dévoile la chanson en 1967, le jour de la Saint-Valentin. Si la chanteuse s’insurge contre le racisme, elle constate aussi les conséquences d’une société machiste sur les conditions de vie des femmes noires. En martelant et en scandant le mot respect, appuyée par les chœurs féminins, elle donne une toute nouvelle signification à la chanson. Féministe. oui, mais à l’époque du mouvement pour les droits civiques, la chanson reflète aussi les demandes légitimes de la communauté noire. La version d’Aretha éclipse celle d’Otis Redding; il finira par l’accepter.

Rarement a-t-on vu une artiste s’approprier et personnaliser autant ses relectures : Eleonor Rigby, The House that Jack Built, Son of a Preacher Man et Bridge Over Troubled Water... En plus de l’originalité de ses arrangements, sa majesté vocale lui vaut le titre incontestable de « reine de la soul ».

Lorsqu’elle interprète My Country, ‘Tis of Thee, à l’inauguration du président Barack Obama en 2009, elle déclame plus qu’un hymne patriotique qui fait l’éloge du territoire, elle chante aussi un appel à la justice et à la liberté.

La puissance de cet instrument à la tessiture étendue, qui semblait être rien de moins que le canal de Dieu pour y faire vibrer l’espoir, la beauté, la passion, reste inégalée. Merci pour la grandeur d’âme, Aretha Franklin.