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Ode au Ghetto Blaster : une révolution au temps des cassettes

Par
Ariane Cipriani

Il est si massif, le radiocassette, quand on le compare aux cellulaires tout minces sur lesquels on stocke maintenant nos chansons. Et il était un poids lourd de l'industrie musicale des années 80. Retour sur ce véritable studio portable qui permettait à tous de se produire, de reproduire et de diffuser la musique, en plus de contribuer fortement à l'essor du hip-hop et de la culture de rue.

Communément appelée Boombox ou Ghetto Blaster, la radio portable voit le jour dans les années 70. Cette grosse machine à l’allure industrielle dérange, car ses adeptes l’utilisent pour se faire remarquer dans les milieux urbains nord-américains, particulièrement la jeunesse afro-américaine et hispano-américaine.

Dans la rue et dans ta face

Le radiocassette symbolise aussi une certaine dissidence sociale, une manière désobéissante de se faire remarquer. On veut faire du bruit avec les basses puissantes et montrer son talent de DJ, de MC ou de danseur lors de compétitions improvisées à même les trottoirs. En Europe aussi, l’appareil gagne la jeunesse rapidement. Qui n’a pas concocté son mix de l’année personnalisé, pour ensuite en faire des exemplaires à ses amis grâce au double lecteur?

LL Cool J et sa déclaration d’amour au radiocassette :

Les amateurs de plusieurs genres musicaux utilisent l’appareil, mais c’est le hip-hop, alors émergent, qui en bénéficie le plus. Les DJ l’utilisent pour enregistrer le mix de leurs soirées sans avoir à débourser de gros montants, et pour pouvoir ensuite le trimballer avec eux et le répandre.

Développé dans les années 60

Après le bon temps des vinyles vient la révolution de la cassette audio, avec son miniruban magnétique. Le premier radiocassette voit le jour à la compagnie néerlandaise Philips, dans les années 60, sous le nom de Radio Recorder. Il fait son apparition sur le marché américain dans les années 70 et devient un symbole de la jeunesse et de la modernité.

Contrairement à certains appareils que l’on associe d’emblée à une seule compagnie, comme l’iPod avec Apple, des tonnes de marques proposent leurs modèles : Panasonic, Sony, Fisher, Sanyo, JVC, Philips, Toshiba, Sharp, etc. Pendant plusieurs années, ils font de très bons profits avec ce véritable studio portable. Dans le film culte Do The Right ThingSpike Lee présente un personnage du non de Radio Raheem, qui trimballe son radiocassette partout en écoutant Public Enemy.

Oui, cela exige de la patience pour passer à la prochaine chanson ou reculer à la précédente, mais ses nombreuses fonctionnalités font du radiocassette bien plus qu’un appareil pour écouter de la musique. On peut calibrer le son comme on veut : les basses et hautes fréquences, un égaliseur de son, des enceintes larges et puissantes. La qualité du son est aussi au rendez-vous. Les gens peuvent donc, pour une première fois, s’enregistrer eux-mêmes grâce à ce moyen pas cher.

Décliner sans disparaître

Le baladeur fait ensuite son apparition, et sa popularité est, elle aussi, mondiale. Celle du radiocassette décline dans les années 90 mais il est encore présent dans la culture hip-hop. Puis, le disque compact (et le plastique) vient dominer le marché.

On ne voit plus de radiocassette dans la rue, mais le plaisir de la musique portable demeure, et cet appareil y a fortement contribué. S’il dérangeait, il était aussi un symbole de rassemblement, de communauté. Aujourd’hui, chacun dans notre bulle, nous regardons nos écrans de téléphones portables. Le radiocassette ne nous retranchait pas du monde physique réel. Peut-être devrions-nous oser cette rébellion rassembleuse une fois ou deux, question de nous regarder les uns les autres à nouveau? Quoi qu’il en soit, la nostalgie le ramène de temps en temps sous nos yeux, prouvant qu’il n’a rien perdu de son caractère cool.