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Grands compositeurs, étonnants échecs

Par
Nathan LeLièvre

De nos jours, on va à l’opéra ou écouter une symphonie et la question ne se pose pas : on applaudit. On reconnaît que les pièces qui y sonts interprétées sont de grandes œuvres. Elles ont résisté à l’épreuve du temps et savent encore nous émouvoir. On les aime comme elles sont, avec leurs imperfections qui témoignent d’une autre époque. Il est difficile pour nous d’imaginer qu’elles ont pu être autrefois honnies. Pourtant, en tant que public, nous ne nous empêchons pas de critiquer ce qui se fait aujourd’hui. Heureusement, il arrive parfois aux critiques d’avoir tort! Voici cinq compositeurs qui ne l’ont pas toujours eu facile.

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Carmen, scandaleuse comme Madonna à son époque

Le public a trouvé Carmen de Bizet beaucoup trop osée à sa première et a quitté la salle. La bourgeoisie parisienne qui a osé demeurer dans ses sièges s’est glacée en cours de représentation. La presse n’a pas été tendre avec Bizet, mais ne lui en déplaise, l’opéra reste parmi les plus joués au monde à ce jour. En voici d’ailleurs un extrait d’une production canadienne mettant en vedette la mezzo-soprano canadienne Allyson McHardy :

Madama Butterfly a dû être revue et corrigée

Puccini a été un enfant et un adolescent quelque peu incorrigible. Jeune organiste, il volait et revendait des tuyaux de l’orgue de son église pour s’acheter des cigarettes. Adulte, il a toutefois acquis la maturité nécessaire pour reconnaître que Madama Butterfly avait besoin de correctifs. Le soir de la première à la Scala de Milan, le public raillait et sifflait dès la levée du rideau malgré les succès de Tosca et de Bohème. Quatre mois plus tard, le public avait droit à une version revue de la tragédie japonaise.

Wagner, le souffre-douleur des critiques

On a beau reconnaître que les musiques de Wagner sont parmi les plus majestueuses et exigeantes du répertoire, ses contemporains ne reconnaissaient guère son talent. Mark Twain en a dit : « On me dit que la musique de Wagner est meilleure qu’elle ne sonne ». Rossini avait dit qu’on ne pouvait juger l’opéra Lohengrin à la première écoute et qu’il n’avait pas l’intention de l’écouter une seconde fois. Baudelaire, quant à lui, en pensait ceci : « J’aime Wagner, mais je lui préfère de loin la musique d’un chat suspendu par la queue en dehors d’une fenêtre qui tente de griffer la vitre ». Et pourtant, qui peut nier le caractère magnifique de la célèbre Chevauchée des Walkyries?

Des applaudissements peu nourris pour Brahms

Brahms a connu du succès, cela ne fait aucun doute, mais nul n’est à l’abri de l’échec. Lors de la première du Concerto en Ré mineur à Leipzig, à l’époque où l’on applaudissait d’ordinaire à la fin de chaque mouvement, c’est l’horreur : silence radio dans la salle. Idem après le deuxième mouvement. À la fin du dernier mouvement, Brahms tremblait, assis au piano. Rien. Puis quelques applaudissements nonchalants (au mieux). Brahms s’est levé, a salué et est sorti de scène. Mais pourquoi tant de haine pour une si belle œuvre?

Stravinsky, provocateur d’émeutes

L’ambiance était très tendue le soir de la première du ballet Le sacre du printemps dont la musique était signée Igor Stravinsky. On le connaissait déjà pour ses succès L’oiseau de feu et Petrushka, mais le public n’était clairement pas prêt pour les accords dissonants qu’il allait entendre. Il s’est donc mis à huer, à crier, puis à se bagarrer. L’émeute a fini par éclater et la police a dû être appelée sur les lieux. Il semblerait que le tout s’est calmé au fil des représentations, mais il faut avouer que cette musique a quelque chose de primitivement agressif.