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Félix Leclerc (1914-1988) : c'était un grand bonheur

Par
Ariane Cipriani

Pour souligner le 30e anniversaire du décès de ce patriarche, survenu le 8 août 1988, promenons-nous sur le sentier de son œuvre, à la rencontre de la nature, de mondes fabuleux et de la beauté de la vie. Vous êtes prêts?

Félix Leclerc a bercé enfants et adultes, et on s’émeut toujours autant de ses chansons. On se ravit encore de ses contes imaginatifs et fantastiques. Avec son « regard bleu qui monte la garde », celui que les Québécois ont affectueusement nommé « le patriarche » a vu loin, a contemplé, a rêvé et a transmis la fierté. Trente ans après son décès, je vous propose une promenade sur le sentier de son œuvre pleine de candeur.

Poète, chansonnier et conteur, sans oublier amoureux des arbres, des cours d’eau et des humains, Félix a chanté la nature et la beauté de la vie. Avec sa belle voix grave et chaude, fluide comme l’eau, il a bercé tout autant les enfants que les adultes.

Né le 2 août 1914 à La Tuque, Félix Leclerc connaît une enfance heureuse. Il se trouvera une deuxième famille – celle-là artistique, mais tout aussi nombreuse – à Vaudreuil, avec son grand ami Guy Mauffette et Les Compagnons de Saint-Laurent. Viendra ensuite l’Île d’Orléans, à jamais associée à son nom parce qu’elle sera son lieu d’enracinement.

La France charmée avant le Québec

« Il y a des maisons où les chansons aiment entrer. »

La France tombe sous le charme de Félix Leclerc avant le Québec. Le public français s’éprend de Moi, mes souliers, Notre sentier et Le p’tit bonheur. L’impresario Jacques Canetti le prend sous son aile en 1950, et son séjour de quelques semaines durera trois ans.

Django Reinhardt lui montre un piqué de guitare, qui déteint sur le sien et qui s’apparente à celui de Georges Brassens. D’ailleurs, la simplicité avec laquelle Félix se présente sur scène influence Brassens. Celui-ci devient un bon ami, tout comme Raymond Devos.

Cependant, au Québec, à la télévision et dans les élites, on porte des cols empesés et on ne veut pas montrer que l’on est un peuple de bûcherons. Félix Leclerc sera presque méprisé. Sa chemise en laine du pays empêche-t-elle les gens d’apprécier sa poésie?

Notre premier troubadour monte sur scène timidement dans des salles de collèges, posant le pied sur une chaise en bois avec sa guitare sur la cuisse. Il utilise habilement l’humour pour séduire le public : Attends-moé ti-gars, Le pharmacien, Le pain et l’assassin, Le tour de reins… Des chansons courtes comme de petits entractes. C’est la gaieté qui charme, avant le triste sort des personnages. Les Québécois finiront par tendre l’oreille à sa poésie et ne s’en lasseront plus, au point de nommer le prix remis chaque année par l’ADISQ le Félix.

Les copains et les admirateurs

Ses pairs l’adorent. Monique Leyrac, son amie, le chante avec aisance et plaisir. Avec Diane Dufresne, l’admiration est mutuelle. Gilles Vigneault partage les mêmes thèmes : l’amour du pays et de la langue. Ils partagent aussi la scène ensemble (avec Robert Charlebois) lors du spectacle légendaire de la Superfrancofête, en 1974, sur les plaines d’Abraham, devant 150 000 personnes. Ils y chantent leur espoir de voir naître un pays. On titrera cette réunion J’ai vu le loup, le renard, le lion.

Félix Leclerc ne chantera que quelques chansons qui ne viennent pas de sa main, dont La complainte du phoque en Alaska, de Beau Dommage, et Ton visage, de Jean-Pierre Ferland. Quelle fierté pour ces musiciens, alors tout jeunes! Dans les années 70, François Dompierre, lui, aura le bonheur de signer plusieurs orchestrations de ses chansons.

Le souverainiste en colère

« J’ai un fils qui, demain, sera un assassin. »

On le sait souverainiste sans qu’il ait besoin, durant ses premières années de carrière, de le marteler explicitement. Cependant, au lendemain du référendum de 1980 naît un coup de tonnerre intitulé L’alouette en colère, symbolisant la douleur d’une bataille perdue. En 1987, on lui demande de rédiger l’épitaphe de René Lévesque, dont il dira qu’il « fait partie de la courte liste des libérateurs de peuple ». Peu de temps après, quand Félix part à son tour, le 8 août 1988, le Québec tout entier est en deuil et se sent orphelin.

L’auteur, le romancier, le dramaturge

« Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je fais de vieilles pommes. »

C’est avec la musique que Félix a apporté la poésie à nos oreilles, car sa substance première réside dans les mots. À ses débuts, il écrit quelques pièces et s’inscrit dramaturge, avec le radio-théâtre Dialogue d’hommes et de bêtes, diffusé en 1946 sur les ondes de Radio-Canada, puis Le p’tit bonheur, présenté au Gesù en 1948.

Peut-être avez-vous, comme moi, dans votre bibliothèque, Pieds nus dans l’aube, roman dans lequel Félix raconte ses 12 ans? Ou Le fou de l’île, inspiré par ses voisins? Ses pensées, Félix les a aussi regroupées dans des recueils de poésie, tels Le calepin d’un flâneur et Le petit livre bleu. C’est ce qui est formidable avec ces petites maximes : qu’on puisse piger dans la sagesse de Félix comme on choisit un fruit mûr dans le panier.

L’œuvre de l’artisan est vaste : chansons, contes, poèmes, scénarios et pièces de théâtre. Un mélange de tendresse, de magie, de gravité et d’humour. Félix Leclerc, un aimant de la vie et de la nature, pose un regard attendri sur les gens simples.