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La musique de drag queens ou le divertissement militant qui fait cheminer

Par
Nathan LeLièvre

À l’occasion des célébrations de Fierté Montréal (qui se déroulent du 9 au 19 août) ICI Musique vous propose de plonger dans un univers musical unique et fascinant : celui des drag queens, dont certaines sont devenues des vedettes de calibre mondial. Osez découvrir des personnages et des chansons ayant pour objectif à la fois de divertir et de faire réfléchir à tous les possibles qui existent en-dehors du cadre jugé « normal », qu’on peut appeler hétéronormatif. Soyez averti : vous voudrez écouter la plupart de cette liste d’écoute You Tube dans un espace propice à la danse! (Eh oui, la musique est en anglais, mais il nous a été impossible de trouver des drag queens qui chantent en français et ayant produit des vidéoclips!)

Voici notre liste d'écoute You Tube d'une cinquantaine de vidéoclips de drag queens :

Je me permets une note plus personnelle dans les circonstances. Je l’avoue : il m’en a fallu, du temps, pour comprendre entièrement ce qu’était qu’une drag queen. Encore plus pour saisir sa raison d’être. Dans ma jeunesse insouciante, je n’ai pas eu l’ouverture d’esprit qu’il m’aurait fallu pour saisir leur juste valeur. J’y voyais une tristesse indescriptible : « C’est le summum du wanna-be. Elles n’ont aucun réel talent : n’importe qui peut se mettre une robe et faire du lipsync. Elles ont simplement soif d’attention », me disais-je. J’étais loin de me douter à quel point j’avais tort. Clairement, je vivais un mal-être sans en être le moindrement conscient.

L’été dernier, des amis me parlaient de RuPaul’s Drag Race. Ils étaient accros à ce jeu de téléréalité où des drag queens plus flamboyantes les unes que les autres se disputent une cagnotte de 100 000 $ à travers une multitude d'épreuves. J’ai regardé un premier épisode, presque de reculons, puis c’en était fait : j’ai dévoré la série. C’est là que j’ai découvert à quel point ces artistes mènent des carrières exigeantes. Les mythes que j’entretenais dans mon esprit se sont déboulonnés les uns après les autres. J’ai rapidement compris le métier et le mode d’expression de la drag queen : elle se doit d’être à la fois designer, couturière, maquilleuse, perruquière, coiffeuse et styliste de tous les instants… et ça exige maints talents, idéalement en danse, en animation, en humour, en impro et en chant. Points supplémentaires si tu sais passer de la grande roue au grand écart à la vitesse grand V.

C’est aussi à travers les concurrentes de cette téléréalité que j’ai compris à quel point la drag queen a été pertinente dans l’histoire de la lutte pour les droits LGBTQ+ et à quel point elles continuent de l’être sur les plans social et politique. On compte de nombreuses drag queens dans les rangs des premiers mouvements militants gais. Je pense entre autres à Marsha P. Johnson et à Sylvia Rivera, qui se sont rencontrées aux émeutes de 1969 qui ont suivi le raid policier au Stonewall Inn. Ce soulèvement a essentiellement donné naissance aux célébrations de la fierté.

Vous le constatez dans les vidéos : il arrive aux drag queens de proposer des contenus hypersexualisés. Autrefois, je m’en serais arrêté là pour justifier le fait que je ne m’y intéressais pas, puisqu’à mon sens, ça ne faisait rien avancer sur le plan politique, social ou législatif. Aujourd’hui, j’ai compris que toutes ces extravagances que se permettent les drag queens révèlent un besoin de libération. L’histoire des minorités sexuelles est marquée par la misère sous toutes ses formes : discrimination, agressions, rejets, stigmatisation, maladie mentale, intimidation et j’en passe. Tout ça pour des questions d’identité sexuelle. Voilà donc l’utilité de cette forme d’art : le drag offre à celles qui en font, comme à leur public, un espoir auquel s’accrocher. Et c’est cet espoir qui peut changer les choses.

J’ai saisi (trop tard, mais il vaut mieux que jamais) : sous la couche de maquillage épaisse et parfois clownesque des drag queens, comme dans leurs chansons — qui à première vue peuvent sembler sans profondeur — se trouve l’urgence d’offrir à tous les marginalisés de ce monde le courage qu’il leur faut pour vivre leur unicité et leur vérité. Pendant cette fierté (et toute l'année durant), je nous invite à célébrer l’expression et l’affirmation de soi au moyen de cet hommage musical à celles qui ont été (et qui demeurent) à l’avant garde d’une lutte à finir.