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La saison des festivals arrive : parlons drogue!

Par
François Lemay

On ne va pas se mentir. Si plusieurs spectateurs assistent à des festivals de musique, c’est pour le plaisir d’écouter de la musique en groupe par une belle journée ou soirée d’été, en plein air, avec des amis. Par contre, pour d’autres, c’est l’occasion de pousser la fête un peu plus loin en consommant de l’alcool ou des drogues. Faire semblant que cela n’arrive pas, c’est se couvrir les oreilles avec les mains en chantant : « Na na na, je ne veux rien entendre! » Cela pourrait toutefois représenter un problème de santé publique.

L’année dernière, ce sont 30 personnes qui ont dû être transportées à l’hôpital pour surdose lors du Festival de musique Veld, de Toronto. En fait, les surdoses sont tellement communes à ce festival qu’on a encouragé les spectateurs, l’année dernière, à apporter une trousse de naxolone afin de contrer les effets d’une surdose causée par la prise d’opioïdes.

En 2014, deux personnes sont mortes des suites d’une surdose à ce même festival.

Bref, cela vient avec le territoire, comme on dit.

Mais avant, qu’est-ce qui est consommé?

C’est déjà une partie du problème. Quel genre de drogue est consommé durant un festival et, surtout, comment est-elle acquise?
Évidemment, ce qui vient en tête lorsque l’on pense spectacle et usage de drogue, c’est le cannabis. Le problème, ou l’absence de problème, avec celui-ci est que les risques de faire une surdose sont… nuls. Le problème n’est donc pas là.

C’est plutôt la consommation de MDMA qui inquiète les autorités et les organisateurs de festivals. Il s’agit d’une drogue synthétique, dont les effets s’accordent bien avec la musique. Elle agit principalement sur trois composés chimiques du cerveau :

  1. La dopamine, ce qui augmente l’effet euphorisant de la musique en plus de donner de l’énergie;
  2. La norepinephrine, ce qui augmente la fréquence cardiaque et la pression artérielle;
  3. La sérotonine, ce qui affecte l’humeur, l’appétit et le sommeil, en plus d’augmenter le désir sexuel et de réduire le sentiment de méfiance envers les autres.

Pour ce qui est des effets de cette drogue potentiellement dangereux pour la santé, on note la déshydratation et les dommages au cerveau. De plus, elle peut empêcher le corps de bien réguler sa température et mener à des problèmes de foie, de rein ou même cardiaques, au point d’entraîner la mort.

Le taux de consommation de cette drogue, chez les jeunes en particulier, est assez élevé. Selon une recherche menée aux États-Unis par la National Institute on Drug Abuse, 13 % des jeunes de 17 ans ont avoué avoir déjà essayé la MDMA.

Toutefois, le principal problème vient du fait que cette drogue est généralement achetée sur place et qu’il est pratiquement impossible de contrôler la quantité réelle de la dose, ou la pureté du produit.

Interdire les festivals?

Évidemment, ce n’est pas solution. On ne va pas priver des millions de personnes du plaisir d’assister à un festival et, du coup, se priver de retombées économiques extrêmement importantes. Pour vous donner une idée, le Festival international de jazz de Montréal génère plus de retombées que le Grand Prix du Canada.

La coercition semble aussi un peu utopique. Il est impossible de contrôler des milliers de personnes, constamment, afin de s’assurer qu’elles ne consomment aucune drogue. Et imaginez un peu la queue, à l’entrée, si on devait fouiller tout le monde afin de s’assurer que les gens n’entrent pas sur le terrain du festival avec des drogues qu’ils ont l’intention de consommer.

Non, la meilleure façon est, peut-être, de s’assurer que ceux et celles qui décident de prendre de la drogue aient au moins des façons de s’assurer qu’ils consomment ce qu’ils croient consommer, et la quantité qu’ils pensent avoir achetée.

En avril 2017, Vice a demandé aux gens, dans un questionnaire anonyme, de parler de leurs habitudes consommation de drogue dans les concerts et les festivals. Sur les 4600 personnes qui y ont répondu, 66 % ont dit être inquiets que leur drogue soit contaminée, alors que 81 % ont demandé un accès à un moyen simple de pouvoir tester leur drogue, sur les lieux du festival.

L’expérience australienne

Quelques festivals dans le monde ont donc commencé à offrir un service de testage et les résultats sont, somme toute, assez intéressants. Le dernier en lice est le Groovin the Moo, un festival musical qui voyage dans plusieurs villes australiennes. Celui qui s’est tenu à Canberra, en avril dernier, offrait un service de testage, alors que le plus récent, qui a eu lieu à Bendigo la première fin de semaine de mai, ne l’offrait pas.

Ce que l’on a découvert? Ceux qui ont accepté de faire tester leur drogue ont pu découvrir, dans certains cas, qu’elle avait été coupée avec une substance mortelle, l’éphylone. Pour s’assurer de départager ceux qui ont accepté de faire tester leur drogue de ceux qui ont refusé, on avait remis aux premiers un brassard qu’ils devaient porter afin que l’on puisse les reconnaître. Sur les 86 personnes qui ont reçu des premiers soins, aucun ne portait le brassard…

Oui, mais, cela encourage les jeunes à prendre de la drogue!

Du côté des autorités de l’État de Victoria, où se tient Groovin the Moo, on a décidé de ne pas encourager les tests sous prétexte que, de toute façon, la consommation de drogues est illégale et que cela ne devrait pas se produire. Les aspects légaux sont aussi à prendre en compte. Par exemple, si le gouvernement et la police acceptent que des drogues illégales soient testées et, donc, consommées, il faut que les appareils servant aux tests, et ceux et celles qui les utilisent, répondent à certaines normes. Imaginez, par exemple, qu’un adolescent meure après avoir consommé une capsule de MDMA qui aurait été mal testée par un employé…

Bref, ce n’est pas si simple à régler, mais, une chose est sûre, garder la tête dans le sable et faire semblant que ça n’existe pas n’aidera personne…