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Audio : Claude Saucier raconte ses débuts à la radio en 1970

Par
Claudia Beaumont

Saviez-vous que l’animateur de C’est si bon aura bientôt 50 ans de micro derrière la cravate? Inutile de vous dire que la radio d’ici, il la connaît comme s’il l’avait tricotée, et l’écouter nous raconter ses débuts suscite un sentiment mêlé d’admiration et de respect.

Inspiré du slogan de l’émission C’est si bon, « les plus belles musiques de nos souvenirs », voici le récit des débuts à la radio de Claude Saucier, en version audio et texte. L’écoute de la chanson Travelin Band, de Creedence Clearwater Revival (CCR), le ramène presque instantanément à cette époque.

1970 : les débuts à la radio de Claude Saucier

Les plus belles musiques de nos souvenirs

Audio

Résumé

En 1970, Claude Saucier entame des études en enseignement de l’histoire à la toute nouvelle Université du Québec à Montréal (UQAM). Or, il met rapidement un terme à celles-ci, car, dit-il, « je m'emmerdais et je voulais faire de la radio ». C’est ainsi qu’il se rend à Ottawa pour obtenir la liste des stations de radio au pays, puis entame un périple vers les stations régionales de l’est du Québec, qui selon lui, sont plus susceptibles de lui offrir sa première chance. C’est à Sept-Îles qu’il obtient son premier poste d’animateur, mais non sans difficultés…


Tenter sa chance le plus loin possible

« La chanson qui me ramène à un souvenir très fort, lié à mes débuts à la radio, c’est Travelin Band, de CCR. Ça aurait pu être Let It Be, des Beatles, War, d’Edwin Starr, et même Ray Stevens avec Everything Is Beautiful – je trouvais ça tellement beau! Mais la plus significative pour moi est de CCR, un groupe qui a connu un grand succès à la fin des années 1960; ils ont vendu des millions de disques, et ça jouait partout. CCR faisait un mariage magnifique entre le country, le rock, la ballade, et le chanteur John Fogerty était incroyable!

« Cette musique m’amène en 1970, l’année où je suis à l’UQAM, en enseignement de l’histoire, car je voulais devenir professeur d’histoire. Mais je m’emmerdais pas mal…

« Cette année-là, ça grouillait très fort partout. Il y avait toutes sortes d’activités sociales et politiques, deux domaines qui me passionnaient énormément, mais pas autant que la radio. Or, en 1970, il n’y avait pas d’écoles pour animer à la radio, et le jeune homme [que j’étais] voulait désespérément apprendre ce métier. Je me suis dit qu’il fallait peut-être juste y aller et demander d’être embauché!

« Le problème, c’est que je n’avais absolument pas confiance en moi, car je pensais que j’étais mauvais – et je l’étais à l’époque! Il me fallait un plan.

« L’été suivant, j’ai décroché un bon boulot en Ontario, sur le site historique national du Fort-Wellington. J’ai profité de l’occasion pour me rendre au CRTC, à Ottawa, afin d’obtenir la liste de toutes les stations de radio. Mon but était de choisir les stations les plus éloignées possible, car je me disais que les villes loin de Montréal devaient manquer de personnel et qu’elles m’embaucheraient! C’était mon raisonnement.

« J’étais tenté par l’Abitibi, la Gaspésie, puis, à un moment donné, j’ai eu vent qu’une connaissance qui travaillait pour Hydro-Québec partait pour la Côte-Nord. Les stations de Baie-Comeau et de Sept-Îles figurant sur ma liste, j’ai décidé d’embarquer avec lui.

« Une fois arrivé à Baie-Comeau, je suis allé directement à la station pour rencontrer le directeur, qui visiblement n’avait pas de temps à perdre avec les auditions. Il n’avait besoin de personne. J’étais déçu, je lui ai dit que j’avais fait une longue route pour me rendre jusque-là, lui demandant du même souffle s’il connaissait d’autres stations, dans le Bas-Saint-Laurent ou en Gaspésie, qui auraient besoin de personnel. ‘‘Je pense qu’ils cherchent quelqu’un à Sept-Îles’’, m’a-t-il dit. J’ai fait du pouce.

« J’ai eu un peu plus de chance à Sept-Îles. Le directeur a accepté de me passer en audition, puis il m’a dit : ‘‘Écoute, tu fais l’affaire. Tu n’as jamais fait ça, on va te le montrer, mais je paye 1,65 $ de l’heure et je t’offre les nuits du vendredi et du samedi. Tu ne vivras pas avec ça, mais trouve-toi un autre travail à Sept-Îles et reviens me voir.’’

« Avec les 200 $ que j’avais en poche, je me suis pris une petite chambre dans le sous-sol d’un hôtel, et j’ai appris à vivre avec pas grand-chose, c’est-à-dire quelques grosses bières, du pain et du beurre d’arachides. Grâce à des connaissances, j’ai trouvé un boulot à temps plein au magasin MusicaTV, où l’on vendait des meubles, des téléviseurs, des disques – des choses qui tombaient dans mes cordes. Je suis retourné voir le directeur de la station et j’ai fait mon entrée dans le monde de la radio.

« Il fallait tout apprendre : la console, pour équilibrer le son et faire du montage, créer des commerciaux, etc. Pendant des heures et des heures, je regardais travailler les autres animateurs. L’enchaînement des quarts de travail au magasin et à la radio a duré presque un an. »


Parce qu’on apprend tous quelque part

« Je me rappelle mon premier samedi soir. Ça devait être à la fin septembre, j’étais seul en studio. Heureusement que j’avais étudié le travail des autres animateurs! J’écoutais aussi les pros de Radio-Canada, comme Henri Bergeron, Michel Desrochers et Joël Le Bigot. Je dois dire que j'étais un peu gêné de ma langue, de mon accent; j’admirais la langue de Radio-Canada, je la trouvais tellement belle, comme une musique. J’essayais de penser qu’un jour, j’arriverais aussi à parler cette langue.

« J’ai donc appris sur le tas, et de certaines gaffes, dont une que je me rappelle très bien. Un jour, il y avait des bateaux ancrés au large, à Sept-Îles, et je reçois un appel de quelqu’un qui me dit qu’il y a une urgence concernant un marin sur l’un des bateaux. On tentait par tous les moyens de le rejoindre pour lui annoncer la mort de son père, et on a pensé à la radio, qu’il écoutait certainement. Je devais alors l’aviser, seulement en lui disant d’appeler chez lui, que c’était urgent. Juste ça. Mais voilà que j’ai ajouté bêtement la raison de l’appel, en disant : ‘‘Appelez chez vous, votre père est décédé!’’ Quelle erreur!

« Mon premier grand moment de radio s’est déroulé durant la crise d’Octobre. Je rappelle que c’est surtout à Montréal que ça se passait, car on n’a pas vu beaucoup de soldats à Sept-Îles. Le soir où l’on a découvert le corps de Pierre Laporte, c’était un samedi [17 octobre 1970] et j’étais en ondes. Le directeur m’a appelé aussitôt qu’il l’a appris pour me dire : ‘‘Tu ne dis pas un mot en ondes, je m’en viens.’’ C’est le directeur qui est venu lui-même faire une portion de la nuit, en nous branchant sur les infos de Radio-Canada. C’était assez troublant de se trouver presque en ondes lors d’un événement aussi fort. On apprend beaucoup dans ce temps-là.

« Petite anecdote : mes débuts à Sept-Îles auront aussi été mon premier contact avec le syndicalisme. J’ignorais tout de ce domaine, ainsi que les conflits de travail à la station, car j’étais seul les week-ends. Alors, à un moment donné, je me suis pointé au party de Noël et j’ai eu la surprise d’être seul avec le patron et quelques employées de bureau. Le patron est venu me trouver et il m’a dit : ‘‘Tu aimes ça, faire de la radio?" J’ai dit oui. ‘‘Ça te tentes d’en faire beaucoup?’’ Bien sûr, j’ai dit! J’apprenais, sans qu’il me le dise, qu’il y avait un lock-out. Quelques jours plus tard, en sortant de la station, des employés m’attendaient. Ils m’ont dit : ‘‘Claude, vient prendre une bière.’’ J’ai alors eu droit à un cours 101 de syndicalisme, puis ils m’ont dit : ‘‘Tu vas continuer, tu vas travailler, et tu vas nous raconter ce qu’il se passe en dedans.’’ J’étais devenu l’espion du syndicat! J’ai dit oui, et j’ai dit oui à toutes sortes d’affaires… Que voulez-vous, j’avais 20 ans!

« Ensuite, je me suis retrouvé dans une autre radio, à CKJL Saint-Jérôme, pendant cinq ans. Elle appartenait à Jean Lalonde, le père de Pierre Lalonde. Et plus tard, comme j’aimais les sports, j’ai envoyé une démo à Claude Mailhot, de CKAC, qui m’a engagé. Je ne suis pas resté longtemps dans ce poste, car je voulais retourner à l’animation. »

Où est-il allé ensuite?

Il a animé l'émission Le Grand Express (CKAC), jusqu'en 1980, puis il est allé à la télévision de Radio-Québec (devenue Télé-Québec en 1996), pour animer ce qui allait devenir la référence des émissions de services, Téléservices.