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Apprendre la musique permet d’être meilleur à l’école

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François Lemay

C’était, mardi dernier, la présentation du budget provincial pour l’année 2018-2019. Après des années de coupes massives, particulièrement en éducation, qui est le sujet qui nous préoccupe ici, le gouvernement a décidé de réinvestir dans ce secteur. Évidemment, le fait que l’on soit en année électorale aide à délier les cordons de la bourse, diront certains avec une certaine dose de cynisme.

Québec va donc réinvestir 1 milliard de dollars sur cinq ans, dont 55 millions dès cette année, pour accélérer le virage numérique dans les écoles. On prévoit aussi engager 7700 professionnels supplémentaires dans les écoles primaires et secondaires, au terme d’un plan quinquennal, afin d’offrir du soutien bien mérité au personnel enseignant. Par contre, en analysant rapidement ces chiffres, on se rend compte que rien n’est prévu directement pour l’amélioration de l’enseignement des arts et de la musique.

Et pourtant

Comme le hasard fait bien les choses, une étude, publiée le 26 mars dernier (la veille du budget), démontre clairement que l’enseignement de la musique à l’école améliore grandement les qualités cognitives et les performances académiques des élèves. Assez, en tout cas, pour faire une différence importante dans le cheminement scolaire.

En fait, on sait maintenant que l’apprentissage de la musique a des effets directs sur la plasticité du cerveau, particulièrement celui des enfants.

Apprendre la musique aide, entre autres, l’apprentissage de la lecture et de la communication ainsi que la mémoire

Il fallait donc mesurer comment l’apprentissage de la musique pouvait avoir des répercussions dans différentes matières scolaires. C’est ce qu’ont fait trois chercheurs de l’Université d’Amsterdam, située aux Pays-Bas. Pendant deux ans et demi, ils ont suivi 147 élèves répartis dans différentes écoles qui suivent toutes le programme pédagogique de base. Par contre, certaines de ces écoles offraient des cours supplémentaires de musique et d’arts visuels.

Les élèves, âgés de 6 ans au début de l’étude, ont été séparés en 4 groupes : deux qui suivaient des cours de musique, un qui suivait un cours d’arts plastiques et un dernier qui ne suivait aucune formation supplémentaire.

Les cours de musique étaient donnés hebdomadairement, duraient une ou deux heures et étaient intégrés à la journée normale de l’élève. Il y avait une partie théorique et une partie pratique. Tous les participants étaient ensuite rencontrés tous les six mois afin de subir des tests d’évaluation de leur développement intellectuel. On cherchait à mesurer leur mémoire, leur capacité à planifier et leur capacité à modérer leur impulsivité. Aussi, on leur posait des questions sur le vocabulaire et sur leur compréhension conceptuelle (leur capacité d’abstraction).

Les résultats de cette recherche, publiés dans un article intitulé Les cours de musique améliorent les performances académiques et les compétences cognitives chez les enfants (Music lessons improve children's cognitive skills and academic performance) sont assez probants.

Les élèves qui ont eu accès à des cours de musique ont réussi beaucoup plus facilement les tâches liées à l’expression orale, à la planification et à la gestion de l’inhibition. Les chercheurs ont aussi remarqué de meilleures connexions entre les différentes parties du cerveau.

Notons que les élèves qui ont suivi les cours d’arts plastiques, plutôt que de musique, ont démontré quant à eux des améliorations marquées de leur mémoire spatiale, mais n’ont pas obtenu les mêmes résultats que leurs pairs qui ont suivi des cours de musique, dans les autres tests.

Ce qui est intéressant aussi avec cette approche est que l’apprentissage de la musique, dans le contexte de cette étude, n’avait pas pour objectif de former des musiciens, mais plutôt de laisser les élèves apprendre à leur rythme. On les a donc sortis d’un contexte un peu plus compétitif, étant donné que l’objectif était de mesurer comment un processus d’apprentissage particulier pouvait avoir des effets sur le général.

D’ailleurs, une recherche similaire est en cours, au Québec. C’est le maestro Kent Nagano en personne qui a eu l’idée de mener cette recherche. Il a contacté des chercheurs de l’Université de Montréal qui ont lancé le même type d’étude que celle menée à Amsterdam. Elle a été lancée en 2016 et s’étale sur 3 ans, à l’école Saint-Rémi, située à Montréal Nord.

Mais, me semble qu’on s’en serait rendu compte avant?

Ce n’est effectivement pas la première fois que l’on tente de comprendre et de mesurer les effets de l’apprentissage de la musique sur la réussite scolaire. Surtout dans un contexte où le budget réservé aux cours de musique dans les écoles rétrécit comme peau de chagrin depuis plusieurs années. Ça coûte cher : cela prend des locaux insonorisés et, bien entendu, des instruments, qu’il faut entretenir.

La recherche la plus intéressante et récente menée en ce sens est parue en 2017 et s’intitule Quand le concert est terminé. Est-ce que les compétences acquises par les enfants et les jeunes adolescents, lors des cours de musique, se transfèrent à d’autres matières – Une méta-analyse (When the music's over. Does music skill transfer to children's and young adolescents' cognitive and academic skills? A meta-analysis). Il s’agit d’une méta-analyse, c’est-à-dire une combinaison des résultats d’une série d’études indépendantes les unes des autres. Autrement dit, on prend toutes les études pertinentes menées sur un sujet et on essaie de comprendre si on peut en tirer des conclusions.

Dans ce cas-ci, on n’avait pas été en mesure de trouver de lien entre la qualité des performances académiques et l’enseignement de la musique. Par contre, dans la conclusion, on faisait état du fait que, comme aucune étude n’avait été faite spécifiquement sur le sujet, les protocoles permettant d’établir des comparatifs n’avaient pas été suivis (établir un groupe de contrôle neutre ou choisir les différents membres des groupes au hasard, par exemple).

Dans le cas de l’étude parue cette semaine, ces protocoles semblent avoir été suivis, ce qui en fait la première qui démontre qu’effectivement, l’enseignement de la musique a des effets positifs sur l’apprentissage général. Par contre, ce n’est là que le début d’un semblant de compréhension du phénomène, qui devra être examiné plus en profondeur.

Mais, au moins, les premiers résultats sont intéressants et encourageants!