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Découvrez Rachmaninov en 7 points

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Frédéric Cardin

Le début du printemps est inévitablement placé sous le signe du compositeur russe Sergueï Rachmaninov. En effet, peu importe si l’on souhaite fêter son anniversaire de naissance (le 1er avril) ou commémorer sa mort (le 28 mars), la même semaine conviendra toujours pour le faire. Afin, donc, de rendre hommage à ce génial artiste (pianiste et compositeur), qui n’a pas toujours eu l'existence facile, voici un résumé des points les plus importants à retenir de sa vie et sa carrière.

1- Babouchka à la rescousse

Le petit Sergueï grandit dans une famille où le papa, pourtant aimant, dilapide la fortune familiale au jeu. Il finit par être élevé par sa mère et sa grand-mère maternelle, sa « babouchka » bien-aimée, de qui il est le favori.

2- Digne de la NBA

Il devient vite un virtuose du piano, grâce à un talent spectaculaire, mais aussi grâce à une physionomie avantageuse : ses mains sont immenses, faisant plus de 30 cm (12 pouces) de large une fois les doigts écartés.

Encore aujourd’hui, ces appendices physiques sont source de fascination et de légende. Imaginez : dans la National Basketball Association (NBA), pourtant pas avare d’athlètes surdimensionnés, un seul joueur connu a eu cette longueur digitale. Un seul. Rachmaninov aurait-il pu être aussi habile au slam donk qu’aux arpèges?

3- Dépression postsymphonie

En 1897, Rachmaninov croit pouvoir connaître la consécration en composant sa première symphonie. C’est sans considérer l’ivrognerie d’Alexander Glazounov, compositeur lui aussi, mais surtout chef d’orchestre, qui doit donner la première audition de l’œuvre. Glazounov a de toute évidence picolé à grande dose avant le concert et arrive à peine à se tenir debout devant l’orchestre. Résultat : la performance est carrément catastrophique, la symphonie, de ce fait, mal reçue, et Rachmaninov en est si déçu qu’il tombe dans une profonde dépression qui allait l’empêcher de composer pendant quatre ans!

4- Le Deuxième concerto pour piano… chanté par Céline Dion!

C’est sur les conseils de son soigneur (neurologue et hypnotiseur!) que Rachmaninov se fait violence pour accepter la commande de la Société philharmonique de Londres et créer un concerto pour piano en 1901. Le succès de cette œuvre hyper séduisante est foudroyant. Rachmaninov revit et reprend confiance. Encore aujourd’hui, ce chef-d’œuvre est adoré du grand public, et parfois sans le savoir! La mélodie de son mouvement lent a été reprise dans la chanson pop All by Myself (reprise par des dizaines d’artistes pop, dont Céline Dion) et est à la base de Life on Mars?,de David Bowie. Le concerto est aussi l’âme vibrante de quelques films, tels Brief Encounter, de David Lean (1945), et Partir, revenir, de Claude Lelouch (1985).

5- Un autre tour de force : le Troisième concerto pour piano

C’est lors d'une tournée américaine d’envergure que le Troisième concerto pour piano est créé à New York en 1909. Il s’agit d’une œuvre monstrueusement difficile, bien sûr écrite par Rachmaninov en toute connaissance de cause : avec ses gigantesques mains, il a tout un avantage! De nos jours, il demeure un redoutable défi d’interprétation pour n’importe quel pianiste, qui plus est ceux qui n’ont pas les mains du compositeur (c’est-à-dire, à peu près tout le monde)! Ce concerto (on l’appelle le Rach 3) est, lui aussi, le sujet central d’un film primé, Shine (Le prodige), de David Hicks, en 1996, qui s’inspire de la vie d’un pianiste souffrant de troubles mentaux, David Helfgott (joué par Geoffrey Rush), relançant sa carrière après un long hiatus, grâce entre autres à l’interprétation de ce concerto.

6- Révolution et exil

Tout semble aller pour le mieux : Rachmaninov est engagé, recherché et apprécié. Toutefois, la révolution russe survient en 1917. Il doit quitter la Russie avec sa famille, se refaire une vie, un réseau et une légitimité. Dire que ce bouleversement l’affecte en tant que compositeur serait un euphémisme : de 1917 à sa mort, en 1943, Rachmaninov n’écrit que six autres œuvres. Ce sont des bijoux, cela dit, dont les Variations sur un thème de Paganini, la Symphonie no 3 et les Danses symphoniques.

7- Héritier avant d’être pionnier, dénigré avant d’être réhabilité

La musique de Rachmaninov est avant tout la continuation de l’héritage musical des grands compositeurs romantiques très mélodiques du 19e siècle, comme Chopin et Tchaïkovsky. On le considère souvent comme le tout dernier compositeur de ce style, puisqu’il a perpétué cette esthétique en plein 20e siècle. C’est peut-être cette expression artistique (un brin rétro à l’époque), qui a incité certains musicologues à regarder de haut la musique de Rachmaninov.

En 1954, l’article qui lui était consacré dans le dictionnaire musical Grove (la bible de la musique classique) parlait de « textures monotones » et de « mélodies artificielles » pour qualifier sa musique. On prévoyait doctement que « son succès ne [durerait] pas ». Le Grove actuel parle plutôt, lui, de « qualité lyrique prononcée », de « souffle expressif », « d’ingéniosité structurelle » et « d’une riche palette de couleurs orchestrales originales ». Celui qui avait écrit cet article en 1954, quel était son nom déjà? Aucune idée! De toute façon on s’en balance, et on retourne écouter du Rachmaninov, comme des millions de personnes partout dans le monde à tous les jours, en pensant à ce piètre devin, un sourire en coin et de la bonne musique plein les oreilles.

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