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Les réunions de vieux groupes musicaux, est-ce nécessaire?

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François Lemay

La nouvelle est venue il y a de cela quelques jours, quand Billy Corgan a annoncé le retour de son groupe, Smashing Pumpkins, pour une tournée cet été. Presque tous les membres originaux, sauf la bassiste D'arcy Wretzky, seront présents.

Il y a eu aussi cette rumeur qui a circulé, et qui a été démentie, comme quoi les Spice Girls pourraient également se reformer.

Mais, pour paraphraser Yvon Deschamps, les retours, « kossa donne »?

Et surtout, à qui cela profite-t-il?

Évidemment, le phénomène n’est pas nouveau. On se souvient du retour, disons, pas très pertinent des Beatles en 1995, le temps de deux chansons construites à même de vieilles cassettes enregistrées tout croche par John Lennon. Ce qui a quand même donné un excellent vidéoclip, soit dit en passant.

Et veut-on vraiment se souvenir des Doors of the 21st Century, qui tenait plus du groupe hommage qu’autre chose, ou encore de Nirvana qui s’est reformé, le temps d’une très courte prestation, avec Paul McCartney?

En fait, c’est surtout une question de mise en marché et d’image de marque (de branding, comme disent les Chinois). Parce que la vente de la musique passe indubitablement par la reconnaissance de la marque. Il ne faut pas oublier que les mélomanes ne représentent qu’une partie infime des consommateurs de musique. C’est pourquoi il est important que le nom d’un groupe soit immédiatement reconnaissable, comme une marque. Ce n’est pas pour rien que plusieurs artistes qui démarrent des carrières solos après avoir fait partie d’un groupe connu tentent, par tous les moyens, d’intégrer le nom de leur ancienne formation dans leur mise en marché.

Cela a été, d’ailleurs, l’objet de la poursuite qu’a déposée en 1985 le bassiste et chanteur Roger Waters contre son ex-coéquipier, le guitariste David Gilmour, à savoir qui aurait le droit d’utiliser le nom Pink Floyd. D’un côté, Waters affirmait que le groupe, sans lui, n’était plus le même et que d’utiliser le nom du groupe était frauduleux, en plus de revendiquer le droit de vendre ses spectacles en tant que « Roger Waters of Pink Floyd ».

De l’autre, Gilmour affirmait que ce n’est pas parce qu’un des membres du groupe décidait de le quitter que ce dernier devenait, légalement, inopérant. Gilmour, de plus, n’était pas fou : il avait essayé, l’année précédente, de faire une tournée sous son nom et cela n’avait pas si bien fonctionné. Quand tu programmes des spectacles de ta tournée mondiale à Rimouski et à Chicoutimi, et que tu es obligé de les annuler parce que tu ne vends pas assez de billets

Au final, Gilmour a gagné sa poursuite et a conservé le droit d’utiliser le nom de Pink Floyd, et la tournée suivante du groupe, en 1987-1988, lui a donné raison. Pink Floyd a généré 135 millions de dollars aux guichets.

Bref, le nom du groupe a une valeur marchande importante et permet de vendre des albums et des billets de concert.

ABBA et l’offre à 1 milliard

Une autre formation dont le nom vaut énormément d’argent, littéralement au moins 1 milliard de dollars, est ABBA. Le groupe suédois, qui a vendu plus de 380 millions d’albums dans le monde, a reçu une proposition de ce calibre en 2000.

C’est un consortium américano-britannique qui a déposé cette offre lucrative pour une tournée de 100 spectacles. Chacun des membres du quatuor aurait touché 250 millions de dollars américains. Or, selon Benny Anderson et Bjorn Ulvaeus, les deux gars d’ABBA, une des raisons qui font que les disques ont continué de se vendre aussi bien après la séparation officielle du groupe en 1982 réside justement dans le fait qu’ils ne se sont jamais réunis. C’est la rareté de l’offre qui a fait augmenter la demande.

Cela n’empêchera pas le groupe, remarquez, de se reformer sous forme holographique, probablement en 2019. Le quatuor s’est aussi brièvement réuni, le temps d’une courte prestation secrète, à l’occasion d’un spectacle privé en Suède, en 2016.

Il s’agit donc pour le groupe principalement d’une décision d’affaires. Est-ce qu’il vaut plus dans la rareté de l’offre que dans l’abondance?

Mais tu es donc bien cynique, François!

Oui et non. Il faut comprendre que les musiciens ont travaillé fort pour rendre le nom de leur formation reconnaissable et ils ont bien le droit d’en profiter. Faire de l’argent en vendant des billets de spectacle n’est pas un crime. Par contre, il s’agit d’un pari très dangereux dont le résultat serait de peut-être briser, à tout jamais, l’héritage musical d’un groupe. Au fond, le mieux est de faire comme les Rolling Stones : ne jamais arrêter!