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Pourquoi la musique était-elle meilleure dans mon temps?

Par
François Lemay

Nous savons intuitivement que la musique que nous aimons à l’adolescence façonnera une grande partie de nos goûts musicaux pour le restant de nos vies, pour le meilleur et pour le pire. La vraie question est pourquoi?

Seth Stephens-Davidowitz, éditorialiste pour le New York Times, s’est demandé pour sa part, dans un texte paru le 10 février dernier, pourquoi il se chicanait toujours avec son jeune frère à propos de la musique. Au cœur de leurs disputes, la chanson Born to Run, de Springsteen, que l’auteur adore autant que son frère la déteste.

Stephens-Davidowitz a vérifié comment notre année de naissance influençait nos goûts musicaux, ce qui expliquerait ces fameuses chicanes intergénérationnelles à propos de la qualité de la musique selon une époque donnée. Autrement dit, ce serait pourquoi les jeunes d’aujourd’hui ont des goûts musicaux de chnoute, alors que la musique était bien meilleure dans mon temps!

Pour valider, ou non, son hypothèse, il est allé fouiller dans les données offertes par Spotify, qui permettent de voir à quelle fréquence des chansons sont écoutées par les utilisateurs, selon leur âge. Stephens-Davidowitz a, par la suite, pris toutes les chansons qui ont atteint la première position au Billboard de 1960 à 2000 et a recoupé le nombre de fois qu’elles ont été écoutées selon l’âge des utilisateurs de Spotify.

Ses conclusions? Les chansons étudiées étaient très populaires aujourd’hui chez les utilisatrices qui avaient 13 ans lors de la parution originale de ces musiques. Quant aux utilisateurs, ils avaient plutôt de 11 à 14 ans.

Évidemment, ces conclusions sont relativement grossières, parce qu’elles ne tiennent pas compte d’un nombre important de facteurs tel le milieu socioéconomique ou culturel de ces utilisateurs. Cela ne fait que démontrer que, généralement, on a tendance à écouter plus souvent la même musique que lorsqu’on était adolescents. Cela n’explique toujours pas pourquoi.

(Cette chanson, qui a marqué mes 14 ans, fait effectivement partie de mes chansons préférées. Et si vous êtes malins, vous pourrez déterminer mon âge!)

Alors, la grande question : pourquoi avons-nous tendance à aimer, à l’âge adulte, la même musique que nous écoutions à l'adolescence?

La réponse simple serait parce que nous sommes de grands nostalgiques et que la nostalgie est une maîtresse inassouvie, comme le chantait Rivard. Toutefois, vous vous en doutez, c’est à peine un peu plus compliqué!

Ce comportement, comme plusieurs autres, est lié à la dopamine (on y revient toujours). À l’adolescence, le cerveau est en processus d’apprentissage en ce qui a trait à bien des choses, mais particulièrement en ce qui concerne la gestion des émotions. Tout est amplifié et grossi : les peines, les joies, les peurs, etc. C’est pourquoi notre première peine d’amour est la pire de toutes les peines d’amour.

Or, il est démontré que notre cerveau a aussi tendance à se remémorer plus facilement des souvenirs lorsque ceux-ci sont liés à des émotions particulières. Donc, deux phénomènes complémentaires se produisent au même stade de développement : nous nous forgeons une identité musicale pendant que notre cerveau est en train d’apprendre à gérer des émotions, en amplifiant celles-ci. Et plus nous aimons une chanson, plus notre cerveau libère de la dopamine, de la sérotonine et de l’ocytocine, ce qui nous rend très heureux. Ce bonheur amplifié fait en sorte de graver bien comme il faut les chansons que nous aimons, à ce stade de notre vie, dans notre cerveau.

C’est le serpent qui se mord la queue, mais c’est ce qui explique pour nous avons tendance à revenir souvent à la musique que nous aimions à l’adolescence ou, du moins, à essayer de retrouver la même sensation, comme pour les relations amoureuses, parce que, selon notre cerveau, rien n’est meilleur que lorsque c’est la première fois. Et même si ce n’est pas vrai, nous le croyons quand même, un peu…