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Ticketmaster, billets trop chers et marché secondaire : mais où va l’argent?

Par
François Lemay

Vous avez probablement souri si vous avez vu passer la nouvelle comme quoi le Bureau de la concurrence venait de déposer une poursuite contre Ticketmaster et sa société mère, Live Nation, pour publicité trompeuse à propos du prix de leurs billets. Enfin, on dit que le prix des billets de spectacle devrait descendre. Je n’en suis pas si certain, moi, et voici pourquoi!

Il faut comprendre que cette poursuite n’a pas pour objectif de faire descendre ou de contrôler le prix des billets de spectacle. Le Bureau en a plutôt contre une pratique appelée « affichage de prix partiels », qui consiste à offrir de prime abord un prix beaucoup moins élevé que celui qui est payé lorsque la transaction est finalisée. Par exemple, on affiche des billets pour le spectacle du François Lemay Super Rock Band à 45,00 $. Yé! Comme ce n’est pas cher pour un concert d’une si grande qualité, on s’empresse d’acheter un billet et, lorsque vient le temps de payer, on nous le vend à 195 $, parce qu’il y a des frais d’impression, des frais de papier, des frais d’électricité, d’Internet, de lavage de fenêtres, etc.

J’exagère, mais à peine.

C’est exactement ce qui s’est produit, il y a de cela quelques années, avec le prix des billets d’avion, alors que l’Office des transports du Canada a mis un frein, en 2014, au même genre de pratique. Vous vous souvenez? On affichait un billet d’avion pour Paris à 125 $ et, finalement, une fois tous les frais et les différentes taxes ajoutés, on se retrouvait avec un billet à 865 $. C’est le même principe.

Pourquoi ne pas afficher le prix total du billet dès le départ?

C’est de l’hypocrisie pure et simple. En fait, les compagnies de vente de billets acceptent de servir de tampons entre le consommateur et l’artiste, qui ne veut pas avoir l’air de vendre ses billets trop chers. Sinon, les journalistes et le public parlent beaucoup plus du prix des billets que des spectacles en tant que tels.

On se souvient, par exemple, de la tournée de 2012 de Barbra Streisand, dont le prix des billets les plus chers atteignait 1 500 $. Et c’est de ça qu’on a parlé, pas du spectacle.

Alors, voici comment, grosso modo, on établit le prix d’un billet de spectacle (ce sont des estimations, bien entendu, parce que personne ne veut vraiment donner accès à ses livres comptables) : 85 % du prix avant les frais vont à l’artiste et 15 % sont versés au promoteur. Tout le reste des dépenses est payé par les fameux frais ajoutés par Tickemaster, par exemple, qui accepte de jouer le jeu. Sa fonction est de servir de paratonnerre et de recevoir la colère des admirateurs.

Au fond, tout ce que fait ce genre d’entreprises, c’est gérer un site web qui sert à vendre des billets. Ce n’est pas très sorcier!

Alors, si le Bureau de la concurrence gagne sa poursuite, le prix des billets ne va quand même pas descendre?

Malheureusement, tout ce qui risque de changer, c’est que le prix final soit affiché dès le début de processus de mise en vente. En fait, et c’est un constat qui fait quand même mal, le prix total du billet n’est pas un problème pour le marché.

Pourquoi?

Parce que si l’on se fie aux prix demandés sur les sites de revente (dont certains appartiennent aux mêmes entreprises qui vendent les billets en première ligne), le marché est capable d’absorber des prix beaucoup plus élevés que ceux demandés. On sait, maintenant, que c’est une infime partie des billets qui est vendue au prix originalement demandé. Et quand j’écris infime, ce n’est pas une blague : de 70 à 92 % des places offertes pour un concert ne sont pas disponibles lors de la mise en vente.

Comment, alors, se procurer des billets?

Qui passe en premier? Tout le monde, sauf nous. Il y a la prévente pour le fan-club et pour les détenteurs de certaines cartes de crédit, certains billets sont réservés pour des concours, d’autres pour le promoteur, etc. En fait, la meilleure façon d’obtenir des sièges pour un concert est de faire une recherche sur Google, quelques jours avant la mise en vente officielle, afin de trouver les mots de passe remis aux membres des fan-clubs, entre autres. (Si l’on veut des billets pour Arcade Fire à Montréal, par exemple, on cherche les mots-clés : Arcade Fire, Show, Montréal, Fan Club Presale.)

Bref, si seulement de 30 à 8 % des billets sont bel et bien mis en vente au prix régulier, et que la majorité des autres sont achetés généralement beaucoup plus cher via le circuit de la revente, c’est que le marché est capable de payer ce prix. Ne demeure qu’un argument pour continuer de maintenir l’illusion de la disponibilité des billets à un prix relativement bas : le sentiment d’exclusivité. Si l’acheteur a dû « travailler » fort (faire des recherches, ramasser des sous, trouver un revendeur) pour assister à un spectacle, il a l’impression d’avoir fait partie d’un événement particulier. Il y était! Et ça, ça n’a pas de prix…