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Audio : Elvis après la messe, par Claude Saucier

Qui n’a pas un souvenir rattaché à Elvis Presley? Même les plus jeunes, qui n’ont pas connu le King de son vivant, sont parfois pris d’un frisson de nostalgie en entendant sa voix. Pour plusieurs, elle leur rappelle l’époque où ils flânaient les samedis après-midi devant la télévision, en regardant ses films d’amour légers.

Or, pour Claude Saucier, Elvis Presley évoque la révolution culturelle des années 1950, dont il a saisi très tôt les effets dans sa famille. Comme il le raconte ici, c’était la fin d’une époque qui sonnait le glas des institutions religieuses et le début d’une ère nouvelle, moderne et libérale, qui tranchait définitivement avec celle de ses parents. Inspiré du slogan de l’émission C’est si bon, « les plus belles musiques de nos souvenirs », voici Elvis après la messe, par Claude Saucier :

Elvis après la messe, par Claude Saucier

Les plus belles musiques de nos souvenirs

Audio

N'hésitez pas à nous faire part de vos souvenirs sur la page Facebook de Claude Saucier.

« Ah! Don’t Be Cruel d’Elvis Presley! Un grand classique, qui nous ramène au milieu des années 1950. Je suis convaincu que des millions, voire des milliards, de personnes ont des souvenirs rattachés à Don’t Be Cruel.

Le mien est celui d’un événement qui avait lieu le dimanche matin à la maison familiale. Comme pour les autres fois où je vous ai fait part de mes souvenirs musicaux, je reviens toujours à mon enfance à la campagne, dans une famille de 10 enfants qui n’était ni pauvre ni riche et qui allait à la messe tous les dimanches. Dans ce temps-là, on ne pouvait pas ne pas aller à la messe, c’était impensable. Malgré tous les travaux de la ferme, il fallait que tout le monde mette ses souliers propres le dimanche matin!

Quand nous revenions de l’église, il y avait une sorte de cérémonie, qui était menée par Yves, le plus vieux de mes frères. Yves avait un tourne-disque personnel. Pas les tourne-disques qu’on voit aujourd’hui; le sien avait une grosse base en bois et il lisait des 78 tours. On pouvait aussi brancher une radio sur le tourne-disque, ce qui nous permettait d’écouter nos émissions dans une belle sonorité.

Le dimanche, après la messe, Yves descendait souvent son tourne-disque au salon. Il mettait ses disques, dont Elvis Presley qui chantait Don’t Be Cruel. Nous vivions alors une révolution dans tous les sens!

D’abord, parce qu’il était maintenant possible de transporter la musique d’une pièce à l’autre dans la maison. Nous nous mettions tout autour de la machine, et comme nous étions nombreux, certains se mettaient à danser! Puis, dans ce souvenir-là, il y avait Elvis Presley, qu’on voyait de plus en plus à la télévision; les célèbres apparitions du chanteur au Ed Sullivan Show ont marqué l’univers des jeunes comme nous, car nous le trouvions tellement osé! D’ailleurs, on le cadrait en haut de la ceinture lorsqu’il chantait, pour ne pas montrer ses hanches.

Elvis était le symbole d’une révolution, et en même temps, il représentait pour moi une cérémonie réconfortante en famille, le dimanche, quand nous sortions le fameux tourne-disque. Comme j’étais le plus jeune, Yves me faisait la faveur de faire jouer le disque en déposant doucement l’aiguille sur le 78 tours. Je me rappelle que l’époque marquait aussi l’arrivée des vinyles, que les gens ont recommencé à acheter aujourd’hui. Nous nous retrouvions tout d’un coup avec deux types de support à musique, et comme les disques 78 tours étaient cassants, le vinyle a gagné des adeptes, et les a gardés très longtemps.

Quand j’y repense, il est clair que nous assistions à de grandes transformations qui allaient changer la société entière. Évidemment, nous n’étions que peu conscients de ce qu’elles allaient engendrer. On n’a qu’à penser à la radio; ç’a commencé tranquillement au début du 20e siècle, jusqu’au jour où elle est devenue accessible et que toutes les petites villes ont pu avoir leur poste de radio. Le médecin du village, qui avait un peu d’argent, pouvait demander un permis et installer une station de radio en engageant des gens du coin. Les stations se sont évidemment multipliées au fil des ans, et elles nous ont offert la musique, que nous pouvions écouter partout, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde…

Les années 1950 ont été le théâtre d’une véritable révolution culturelle et musicale qui s’est déroulée sous nos yeux. Mais moi, aujourd’hui, je revois la petite réunion du dimanche. Ces retrouvailles étaient un symbole familial fort. C’était le moment de la semaine qui rassemblait tout le monde; nous dansions, nous nous parlions, nous mangions ensemble ou nous nous disputions (dans une grosse famille, ça arrive souvent)! Donc, oui, nous vivions la révolution à fond, mais nous étions une famille tissée serrée, pour qui la tradition du dimanche après la messe valait de l’or, car nous pouvions arrêter le temps et nous retrouver. »