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Le jazz et la bonté d’Oscar Peterson

Par
Ariane Cipriani

Déjà 10 ans que cette étoile du jazz canadien s’est éteinte (le 23 décembre pour être exact), sans pour autant perdre sa luminosité, puisqu’il brille encore sur tous les enregistrements gravés sur plus de 200 disques. 

Le premier enregistrement date de 1945 : I Got Rhythm (en français, « j’ai du rythme »). C’est exactement ce qu’il nous affirmera sur chaque disque, à titre de leader comme d’accompagnateur. Et comme cette maîtrise du rythme en fera, des heureux! De Fred Astaire à Ella Fitzgerald, en passant par Benny Goodman, Benny Carter, Buddy Rich, Herb Ellis, Coleman Hawkins, Joe Pass et tant d’autres… Chacun des collaborateurs estime grandement cet homme généreux, leur égal, leur camarade de jeu.

Heureusement que l’imprésario Norman Granz a repéré ce Montréalais en 1949 et l’a emmené avec lui à New York pour jouer avec son légendaire orchestre de la série Jazz at the Philharmonic. On pourrait détailler la longue suite de cette brillante trajectoire, les duos, les trios et les quartets, qu’on pourrait qualifier de tourbillon quand on pense aux nombreuses tournées qui se sont enchaînées, suivant la courbe de la Terre jusqu’à Tokyo. Mais on en aurait pour des pages et des pages... Internet permet de fouiller tout ce parcours.

Des qualités musicales, le maharaja du clavier en possédait tout plein. Son jeu virtuose et si vigoureux en témoigne plus que les nombreux adjectifs qu’on pourrait lui apposer. Passons plutôt aux qualités de cœur : Oscar Peterson irradiait de bonté. Il ne jouait pas pour lui, le nez collé sur son piano. Il offrait la musique aux autres, avec générosité. Pour lui, s’asseoir à son instrument signifiait s’installer carrément dans le bonheur. Celui d’un jazz meilleur quand il est partagé. Et sa générosité, elle valait pour tout le monde : les Noirs comme les Blancs, même s’il a vécu le racisme prégnant de l’époque. Une de ses plus importantes compositions, Hymn to Freedom (1962), porte d’ailleurs sur le mouvement des droits civiques dans les années 1960. S’il fallait n’en nommer qu’une autre, ce serait Canadiana Suite (1963), une traversée du territoire canadien découpée en huit horizons, avec un arrêt dans son quartier de naissance, Saint-Henri (Place St. Henri).

La mélancolie faisait aussi partie de lui. Cependant, il laissait rarement paraître cette part d’ombre. On se souvient davantage de la joie qui éclairait son visage. En août dernier, sa première professeure, l’admirable Daisy Sweeny, décédait à 97 ans. Les temps ont changé depuis l’époque où elle aidait, à coups de leçons de piano à 25 cents seulement, de jeunes musiciens noirs à se préparer pour des auditions prestigieuses. Pour cette génération qui a bossé fort et qui nous laisse en héritage des œuvres encore si savoureuses, le jazz fut une telle quête de beauté et de dignité. Aux États-Unis, bien sûr, mais ici aussi.