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Fermeture du Divan Orange : de l’importance des petites salles
Par
François Lemay

Date de publication

01 déc. 2017

L’annonce de la fermeture prochaine du Divan Orange, une petite salle de spectacle du boulevard Saint-Laurent à Montréal, n’a pris personne par surprise. Gérée par une coopérative, la salle avait fait la manchette il y a de cela quelques années alors que la locataire qui habitait à l’étage supérieur multipliait les plaintes de bruit. De plus, elle n’a jamais vraiment été rentable. Cette fermeture vient-elle renforcer une tendance existante, la disparition imminente de ce genre de salles, ou est-elle une exception? Et, de toute façon, ça sert à qui et à quoi, ce genre d’endroit?

Les petites salles, c’est important

Contrairement à ce que l’on pourrait penser à force de regarder des émissions de télé-réalité dans lesquelles les artistes sont instantanément propulsés dans les hautes strates du marché musical, celui-ci n’échappe pas à cette loi universelle : avant d’être bon, il faut être poche. Et pour ça, il faut jouer et travailler.

N’oubliez jamais que certains membres de Karkwa, avant de devenir ce qu’ils sont, sont passés par le groupe Kalembourg. (Et j’écris ça sans manquer de respect à l’époque Kalembourg de Louis-Jean Cormier et ses amis. Fallait passer par là!)


Comme on ne peut commencer directement au Centre Bell ou à la Place des Arts, cela prend des scènes pour essayer, pour se casser la gueule et pour tester des chansons. Pour les Beatles, ce fût le Cavern Club de Liverpool.

Et il y a, bien sûr, les Ramones qui se sont fait les dents au CBGB de New York.

En fait, nommez-moi un groupe ou un artiste important et il y a de fortes chances que l’on trouve, dans son parcours, une tonne de concerts moyens et tout croches, joués dans des petites salles qui ont pris la chance de les mettre à l’horaire un mardi soir tranquille de novembre.

Et à Montréal, comment ça se passe?

La fermeture du Divan Orange, aussi triste soit-elle, représente-t-elle la fin d’une époque? Est-ce une alarme qui sonne ou simplement le marché musical normal qui suit son cours?

Une salle de spectacle qui ferme, c’est toujours triste. Ouvert il y a de cela 12 ans, le Divan a présenté plus de 10 000 prestations et a permis à des artistes comme Cœur de pirate, Patrick Watson et plusieurs musiciens et groupes émergents de jouer sur scène et de « casser » leur musique. Et ce genre de salles ne sert pas juste à venir tester du matériel. On peut aussi y présenter des productions spéciales ou des concerts qui ne sont pas adéquats pour des salles de plus grande envergure.

En fait, ce qui a tué le Divan Orange, c’est son modèle économique qui tombe dans les craques des programmes d’aide et de subvention pour les salles de spectacle. Sa source de revenus première n’étant pas la vente de billets (la salle étant louée aux promoteurs qui récoltaient l’argent généré au guichet), mais la vente d’alcool, le Divan est considéré comme étant un débit de boisson. Or, déjà que faire vivre un bar est pénible, s’il faut ajouter à ça tous les aléas que comporte l’organisation de spectacles, la rentabilisation devient encore plus difficile. La cause a beau être noble, il faut quand même payer le loyer.

Selon une entrevue accordée à Alain Brunet de La Presse, Julien Senez-Gagnon, responsable des communications et barman au Divan Orange, affirme qu’il n’y a pas eu de baisse d’achalandage et que les problèmes économiques ressentis par les petites salles sont plutôt dus à un manque de reconnaissance.

Quelques pistes de solution

Il n’y a pas qu’à Montréal où les petites salles vivent dans une situation économique précaire. On se pose aussi la question depuis plusieurs années en Angleterre. Dans cet article de la BBC publié en 2012, on fait état de l’essoufflement ressenti par les propriétaires de petites salles de spectacles. Et dans ce cas, on montre plutôt du doigt Facebook et les réseaux sociaux, qui auraient, semble-t-il, rendu les artistes un peu paresseux lorsque vient le temps de promouvoir leurs spectacles.

On s’interroge aussi sur les effets d’une déréglementation qui avait pour objectif, à l’origine, de rendre la vie plus facile aux petites salles. Depuis octobre 2012, il n’est plus nécessaire, au Royaume-Uni, d’obtenir un permis pour présenter des spectacles dans les salles pouvant accueillir moins de 200 spectateurs.

Or, cette déréglementation, au lieu d’aider les salles déjà existantes, a contribué à augmenter le nombre d’endroits pouvant présenter des concerts, alors que plusieurs pubs se sont ajoutés à l’offre. La compétition est donc plus grande. Au point où, entre 2007 et 2015, c’est 33 % des salles qui ont dû fermer leurs portes.

En fait, la situation est rendue tellement problématique, au Royaume-Uni, que même Sony s’est mis de la partie en lançant, il y a quelques semaines, un programme de financement des petites salles. Le raisonnement derrière cet investissement est assez simple : s’il y a moins de salles, il y a moins d’artistes qui peuvent se développer et qui peuvent être recrutés par des étiquettes majeures. Par contre, Sony n’a toujours pas dévoilé combien d’argent, et de quelle manière, elle allait investir.

Mais, cela ne règle pas le problème de reconnaissance des petites salles à Montréal. Si la ville n’a pas hésité à investir dans le Quartier des spectacles et à réaménager le parc Jean-Drapeau pour permettre à des promoteurs privés, comme evenko, de bénéficier d’endroits où présenter leurs événements, elle devrait peut-être se pencher sur la situation des petites salles de spectacles, qui contribuent au développement culturel de la ville. Ne serait-ce qu’en reconnaissant leur existence et leur statut particulier, pour débuter.

Ça serait déjà un bon commencement!

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