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Monter le son, une question de survie!
Par
François Lemay

Date de publication

27 oct. 2017

Le Montréalais Taoufik Moalla a eu la surprise de sa vie quand il a été arrêté par la police, il y a de cela quelques semaines, près de chez lui, à Saint-Laurent. Après avoir immobilisé son véhicule, Moalla a vu quatre policiers se diriger vers lui pour lui demander ce qui se passait et pourquoi ils l’avaient entendu crier.

Non, il n’y avait pas un enfant kidnappé, ligoté sur le siège arrière, qui hurlait au meurtre. C’est plutôt Moalla qui chantait, à tue-tête dans sa voiture, sa chanson préférée : Gonna Make You Sweat (Everybody Dance Now), de C+C Music Factory.

C’est ce qu’il a expliqué aux policiers, qui lui ont par la suite remis un constat d’infraction de 149 $, pour avoir crié sur la place publique. Évidemment, on ne sait pas si Moalla ne faisait que chanter, un peu fort et faux, peut-être, comme il nous est arrivé à tous de le faire, ou s’il exagérait vraiment, au point de devenir une nuisance.

Même si ce n’est pas au point d’avoir l’air aussi intense que les deux rigolos dans la vidéo précédente, cela peut effectivement être désagréable pour ceux qui se trouvent dans l’environnement d’une telle disco mobile. Oui, ça me tape sur les nerfs quand vous attendez votre gang de chums dans votre char en blastant du Kanye West à 250 dB en face de chez nous, c’est-y clair?

Alors que, pendant ce temps, en France…

… des artistes, et même un ancien ministre de la Culture, signent une pétition contre un décret qui limite le niveau sonore lors de festivals de musique, dans les discothèques et dans les salles de spectacle. Le décret a pour objectif de protéger l’audition du public en imposant une limite de 102 dB, alors que le seuil précédent était de 105 dB. Les musiciens craignent que tous les amateurs de spectacles décident de demeurer à la maison parce que, tout le monde le sait, en bas de 105 dB, c’est impossible d’apprécier la musique!

Or, 105 dB, c’est l’équivalent, en force, d’un son émis par un banc de scie, et il est recommandé de ne pas exposer son ouïe à un tel niveau sonore plus de 1 minute et 20 secondes. Sinon, on peut endommager son audition, et une exposition prolongée au bruit peut provoquer une atteinte des cellules ciliées, au point de générer des acouphènes.

Mais diantre, pourquoi cette obsession de la musique forte?

Ça serait la faute du saccule! Non, ce n’est pas une maladie dont vous ne connaissiez pas l’existence encore, c’est plutôt une petite partie de l’oreille interne dont on a découvert la fonction au début des années 2000 – merci à Neil Todd et à son équipe de chercheurs de l’Université de Manchester. Cette petite vésicule nous vient de très loin, un vestige de l’époque où l’on n’était pas encore sortis de l’océan, et est connectée directement à la partie de notre cerveau responsable de la gestion de l’appétit, du plaisir sexuel et du désir d’avoir du plaisir. Et cette petite poche du bonheur primitif commence à être stimulée par des sons plus forts que 90 dB.

Ben tiens.

L’hypothèse émise serait que certains poissons produisent des œufs et du sperme lorsqu’ils ressentent la vibration d’amour d’un autre poisson avec qui ils ont connecté sur Tinder, vibration qui fait frétiller le saccule et qui leur donne envie de se reproduire dans le confort de l’eau salée.

Neil Todd va jusqu’à dire que les concerts rock sont conçus, intuitivement, pour stimuler les saccules des spectateurs. Cela veut donc dire que nos grands-parents avaient raison : les concerts sont une manifestation de notre lubricité et de notre désir de se reproduire comme des animaux dont l’instinct est stimulé par la grosse basse bien forte qui vient de la scène.

Pas que ça soit si grave, remarquez!

Et si l'on nous excitait le saccule pour mieux consommer?

Si vous êtes entrés dans une boutique, récemment, vous avez peut-être remarqué à quel point le volume de la musique a augmenté dans certains commerces. Et si ça vous tape sur les nerfs, cela veut dire que vous n’êtes probablement pas la clientèle cible et que vous êtes trop vieux, ou pas assez, pour ce que l’on y vend.

On sait, depuis quelques années, que le style, le tempo et la puissance de la musique qui joue dans une boutique influent sur le comportement de la clientèle.

Par exemple, une musique lente fait en sorte que les clients restent plus longtemps dans une boutique, ou dans un restaurant, et qu’ils dépensent un peu plus d’argent. Une musique au rythme plus rapide fait en sorte que la clientèle achète moins cher et plus rapidement. Or, l’un n’est pas nécessairement mieux que l’autre, cela dépend de ce que le commerce a à offrir. Par exemple, une boutique qui vend des vêtements très chers, et qui offre un service personnalisé, doit se laisser le temps de convaincre un client potentiel. Comme le profit est, à la base, plus élevé, le commerçant dispose de cette marge de manœuvre. Dans une boutique qui vend des vêtements au rabais, le principe est plutôt d’en vendre le plus, le plus vite possible. Le prix est l’argument de base. C’est pourquoi on y entend de la musique au rythme rapide. Ce qui joue vous indique donc, en tant que client, ce que l’on attend de vous.

Si le rythme influe sur la durée de la visite, le volume et le genre servent de filtres en ce qui a trait à l’âge de la clientèle visée. Si vous n’aimez pas Taylor Swift jouée à tue-tête, vous allez vous sentir mal à l’aise et aurez l’impression que les vêtements ne sont pas faits pour vous.

Si l’on revient à la stimulation du saccule, il est plus juste d’en parler lorsqu’il est question de consommation d’alcool dans un bar, par exemple. Cette pratique étant associée presque strictement au plaisir (on ne boit pas un cocktail à 12,75 $ parce que notre médecin nous a conseillé de bien nous hydrater), le volume de la musique vient stimuler directement notre envie d’avoir du plaisir. De plus, la musique forte oblige à parler fort, ce qui assèche la gorge et donne soif. Dans ces conditions, il est difficile de faire un choix rationnel.

Mais, il est clair que l’amour de la musique, et ses effets psychologiques, qu’ils soient dus au saccule ou pas, sont utilisés afin d’offrir un environnement propice à la consommation, en relation avec un certain profil de consommateur.

Alors, la prochaine fois qu’on vous demandera de baisser le son, vous n’aurez qu’à répondre que vous contribuez à la survie de l’espèce humaine, et de l’économie.

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