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Salut, Chantal!

Par
Monique Giroux

Toute la journée et sur toutes les tribunes j’étais parvenue à contenir mes émotions et à parler de toi, et de ton influence sans trop fléchir. Ce n’est pas facile de jouer les pros quand tu n’as qu’une envie, c’est de pleurer ton amie.

Bon, je sais, je ne suis pas très joyeuse. Chez moi comme chez toi, le sourire finit  toujours par revenir.

Si je t’écris aujourd’hui, c’est à la demande de la bande d’ICI Musique – oui, on a changé de nom - qui souhaitait souligner ton apport à la radio musicale de Radio-Canada, qui fête ses 10 ans. En réalité, on m’a demandé un texte qui ferait ton éloge. Et puis, comme toujours, je me suis questionnée sur le ton et sur la forme. L’envie de te parler m’est souvent venue depuis que tu t’en es allée. Je me suis dit que l’occasion était inespérée. Aussi, quand la rumeur s’est répandue que je te rendrais hommage, plusieurs collègues m’ont dit leur contentement que tu sois de la fête. Je sais que tu t’en réjouis. Ta maison, c’était ici, tes amis étaient d’ici et les auditeurs, qui t’étaient si chers, étaient de ta famille aussi. Je vais m’adresser à eux un peu.

À son arrivée, pour trois semaines, en 1980, Chantal Jolis avait des lunettes rouges en forme de cœur, une voix qui claquait comme une voile au vent, un accent venu d’ailleurs, du soleil, probablement. Dynamique, passionnée rieuse, provocatrice, chaleureuse, Chantal a brassé notre radio, secoué artistes et auditeurs. Bouchées doubles, C’est du Jolis, L’oreille musclée, Bachibouzouk, Un p’tit air du samedi soir sont autant d’émissions qui ont marqué CBF-690, la Première Chaîne et ICI Musique, à laquelle Chantal a grandement contribué. On lui doit d’y avoir présenté des émissions-spectacles aussi riches que décapantes, d’y avoir diffusé et fait connaître les musiques du monde, d’avoir favorisé le mélange des genres et d’avoir encouragé les auditeurs à une plus grande ouverture.

Chantal aimait ses auditeurs. Elle avait besoin d’eux. Je me souviens d’un lundi soir plus dur que les autres. Chantal venait d’apprendre qu’elle souffrait de la maladie de Parkinson, qu’elle ne pourrait plus continuer de communiquer avec vous et c’était là, sans doute, la source de sa plus grande peine. Comment vous dire adieu?

Si on me demande aujourd’hui de parler de toi, chère Chantal, mon amie, un peu mon maître, c’est bien que tu ne nous as pas dit adieu, et nous non plus. (Je m’arrête d’écrire à l’instant. Ben oui, tu es toujours dans mon iPhone, tes numéros de téléphone et tes adresses courriel.)

Y’a un bout de gâteau pour toi.

Je t’appelle ce soir en rentrant à la maison.